Parcours.
Affligée par la mort de sa fille à la suite d’un cancer du
cerveau, Nadine a transformé son chagrin en énergie
positive. Au lieu de broyer du noir, elle aide les familles
confrontées à cette dure expérience.
Sarah devient un cadeau
«
Je suis venue ici affligée par la mort de ma fille, j’avais
besoin que l’on m’aide, mais j’ai réalisé que le meilleur
remède pour une âme aussi meurtrie que la mienne était
d’aider les autres », dit Nadine. Ce dont elle parle ici,
c’est l’hôpital des enfants cancéreux 57357. Cela fait un an
qu’elle s’y consacre corps et âme en aidant les enfants
atteints du cancer et leurs parents à s’adapter à cette
maladie impitoyable. Pour la remercier, les enfants malades,
leurs parents et toute l’équipe médicale de l’hôpital se
sont rassemblés pour honorer Nadine Abdel-Hamid, la maman
idéale de cette année.
« Ma peine est indescriptible. Perdre son enfant est la pire
des choses qui peut arriver à une maman. Et pourquoi ne pas
profiter de cette expérience pour aider les autres ? ».
Nadine a décidé alors de se consacrer aux malades atteints
du cancer. Chaque mercredi, elle se rend à l’hôpital pour
rencontrer les parents, entendre leurs questions, organiser
des classes, trouver des solutions à leurs problèmes ou
rester avec les enfants malades et leur donner du courage.
Elle se rappelle comment elle était perdue et démunie
lorsqu’elle a appris la maladie de sa fille de 3 ans,
atteinte d’un cancer du cerveau. Tout a commencé vers la fin
de l’année 2002, lorsque Sarah a pris un coup de froid.
C’était au moment de la prière annonçant la fête du grand
Baïram qu’une simple grippe accompagnée de vomissements a
bouleversé la vie de cette maman qui venait juste de
divorcer. Lorsque le pédiatre lui a demandé une IRM (Image
par Résonance Magnétique), Nadine s’est inquiétée, mais elle
n’a pas pensé au pire. « Un cancer avait attaqué le cerveau
de ma petite fille et sans explications scientifiques.
Personne dans la famille n’avait contracté cette maladie et
elle n’a jamais été exposée à des matières cancérigènes ou
ingurgité des aliments pollués. Et donc, aucune raison
logique qui aurait pu provoquer ce cancer, c’est juste la
volonté de Dieu », dit la jeune maman qui, malgré le choc,
pensait que sa petite allait se remettre et qu’ensemble
elles allaient surmonter ce cauchemar. Au début, la maman ne
comprenait pas grand-chose à la maladie. Elle n’admettait
pas surtout qu’elle puisse s’attaquer à des petits enfants.
Selon
Nadine, l’hôpital déploie un effort considérable pour aider
les malades, mais elle, elle peut ajouter un petit plus.
Elle a eu l’occasion de constater que la plupart des gens
qui fréquentent cet hôpital sont pauvres et manquent de
connaissances en matière d’hygiène. « Parfois, on ne
comprend pas l’importance de porter des vêtements ou
sous-vêtements propres. Le manque de propreté peut entraîner
des infections graves. Certaines bactéries peuvent causer
des dégâts importants car il ne faut pas oublier qu’un
malade atteint de cancer est plus fragile et manque
d’immunité ».
Du Caire au Canada
Elle sait de quoi elle parle. Elle a commencé sa lutte
contre le cancer en 2002. Nadine a dû réfléchir durant deux
semaines avant de faire subir à sa fille une intervention
chirurgicale et la faire transporter au Canada pour
continuer le traitement. « Je pense que le Bon Dieu m’a
donné une force extraordinaire pour que je ne sois pas très
consciente de ce qui se passait. Il faut mieux ne pas
chercher à trop comprendre cette maladie », dit-elle en se
rappelant que depuis le premier jour de la crise jusqu’au
décès de sa fille, Nadine ne réfléchissait pas au cancer,
pas même à la guérison car elle était sûre qu’elle allait
arriver un jour. Elle était plutôt braquée sur une chose,
rendre la vie plus facile à son enfant en l’aidant à
s’adapter à la maladie, et surtout alléger les souffrances
qui parcouraient son petit corps, à travers les choses
qu’elle a assimilées durant les classes au Canada tout en
s’aidant de son expérience personnelle. « J’ai compris
toutes les étapes de la maladie, alors j’explique aux
parents quel est le comportement à suivre pour qu’eux-mêmes
et les enfants puissent mener une vie normale le plutôt
possible ».
Nadine n’a pas perdu son temps au Canada. Elle a rejoint les
classes organisées créées pour aider les parents
célibataires à s’adapter à cette étape difficile que
traversent leurs enfants. Quelques mois lui ont suffi pour
comprendre tout sur cette maladie, son traitement, ses
symptômes et bien sûr l’état psychique du malade et des
parents. C’est ainsi que sa fille Sarah comprenait très bien
sa maladie, elle n’avait pas de problème à expliquer son cas
aux étrangers qui jetaient de temps à autre vers elle des
regards insistants. « J’ai un cancer du cerveau et cette
cicatrice, c’est la trace de l’opération. J’ai perdu mes
cheveux à cause de la chimiothérapie, mais ils vont
repousser et ma mère va m’acheter beaucoup d’élastiques ».
Et c’est dans ce cadre de soutien moral et psychologique que
Nadine a commencé à présenter son aide aux autres, surtout
en voyant que l’état de Sarah s’améliorait de jour en jour.
Seule à l’étranger, elle a considéré les gens de l’hôpital
comme sa propre famille. Elle voulait aider, donner et
déployer des efforts pour apaiser ne serait-ce qu’un petit
peu les souffrances d’un enfant.
Mais quelque temps après, il lui fallait aussi apprendre à
affronter la mort.
Après
dix mois, et à la suite des dernières analyses, le médecin
responsable qui suivait le cas de Sarah lui a affirmé que le
corps de sa fille était complètement débarrassé de la
maladie et que ses cellules n’étaient plus atteintes du
cancer. Mais il fallait par mesure de précaution continuer
la chimiothérapie encore deux mois. « Je n’avais plus aucun
doute, ma fille était guérie. Elle ne se rendait à l’hôpital
que pour faire sa séance, et on s’apprêtait à rentrer au
Caire, retrouver tout ce qu’on avait raté et oublier cette
dure épreuve », relate Nadine, qui ajoute que le destin n’a
jamais cessé de la surprendre. Un soir, Sarah a été prise
par une forte fièvre et Nadine a dû la transporter à
l’hôpital. Une dizaine de médecins et d’infirmières se sont
affairés autour de Sarah et Nadine ne comprenait pas ce qui
se passait. Il y avait à côté d’elle l’infirmière de «
Before Death » (avant la mort). Cette dernière avait pour
tâche de lui faire comprendre que l’espoir était très faible
et qu’elle devait s’attendre au pire et à n’importe quel
moment. La maman, qui voyait la détérioration rapide de la
santé de sa fille, refusait de croire que c’était la fin.
Elle l’a prise dans ses bras, lui parlait comme si la petite
l’entendait et lui expliquait qu’elles allaient faire
ensemble le voyage et rentrer en Egypte. Elle n’a cessé de
lui parler que lorsqu’elle a entendu son dernier soupir au
même moment de la prière de l’aube qui annonçait de nouveau
la fête.
Un an après, on la remercie
D’une fête à l’autre, un an exactement s’est écoulé entre le
début de la maladie de Sarah et son décès. « Ce sont les
enfants qui doivent enterrer leurs parents et non pas le
contraire, n’est-ce pas ça la règle ? », Nadine est restée
longtemps à se poser cette question. Mais connue par son
esprit combatif, cette jeune maman ne s’est pas laissée
baigner par le chagrin.
Parents et petits malades apprécient grandement sa présence,
bien qu’elle ne puisse se rendre à l’hôpital qu’une fois par
semaine. « Ce serait très difficile pour moi de les voir
plus souvent. Je mets du temps pour m’en remettre le reste
de la semaine », dit Nadine. Cette dernière n’a pas oublié
sa fille ; au contraire, elle la revoit à travers le visage
de chaque enfant de son âge. Elle a installé ses photos
partout autour d’elle et Sarah est gravée à jamais dans sa
mémoire. Elle a même l’intention de créer une poupée qui
portera le nom de sa fille pour l’offrir aux enfants
malades. Ces derniers pourraient pratiquer sur elle tous les
traitements par lesquels ils sont passés. D’après Nadine,
c’est la meilleure manière d’alléger les souffrances morales
des enfants. Jouer avec une poupée malade comme eux, lui
donner les médicaments, parler avec elle. « Ce sera mon
cadeau pour tous les enfants malades ».
Hanaa Al-Mekkawi