Al-Ahram Hebdo, Opinion | Les ennemis du pays
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 Semaine du 16 au 22 avril 2008, numéro 710

 

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Opinion
 

Les ennemis du pays

Salama A. Salama

Le pays vient de traverser des événements critiques. Les grèves du 6 avril qui ont été suivies par une détérioration des conditions à Mahalla Al-Kobra ont créé un état d’inquiétude et de crainte dans les centres de prise de décision. Face à ces événements, l’Etat a eu recours au resserrement et à la frappe de ce qu’il a considéré être une insurrection civile et une atteinte à la loi et au régime. Nous vivons dans un monde qui permet à toutes les classes de la société d’exprimer pacifiquement leurs doléances et leurs plaintes. Or, chez nous, l’Etat a décidé, pour des raisons incompréhensibles, que tous ceux qui s’étaient rassemblés ici ou là ou qui s’étaient abstenus de travailler, devaient être considérés comme des ennemis. C’est ainsi que l’Etat a considéré qu’un certain complot se préparait, fomenté par des éléments appartenant à la Confrérie, des communistes et des Nassériens et visant à provoquer une émeute qui « attirerait le régime vers des combats qui l’épuiseraient politiquement » comme l’a dit un haut responsable.

En observant le mouvement des sociétés modernes dans le monde qui nous entoure, il est facile de constater que tous ceux qui appellent à des politiques de bras de fer comme remède aux problèmes sociaux et économiques graves comme la hausse des prix des produits alimentaires et la baisse des salaires, sont inéluctablement les ennemis d’eux-mêmes et du pays. Ceux qui ont créé ce climat de spéculation et de doute voient un fantôme dans chaque maison, un cadavre dans chaque rue, un ennemi en chaque critique, un adversaire qu’il faut juger dans chaque chaîne télévisée ou journal qui publie des nouvelles qui ne leur plaisent pas. C’est ainsi que ceux-ci appellent à la fermeture des chaînes télévisées, à l’interdiction des plumes audacieuses, à imposer une censure sur Internet et sur les sites qui s’expriment avec liberté ou diffusent les images des queues devant les boulangeries ou des grèves. Or, des événements pareils se déroulent tous les jours dans d’autres pays, sans que leurs gouvernements ne soient atteints de frayeur et qu’ils ne lèvent leurs armes au visage du peuple.

Donc, ces personnes-là, volontairement ou involontairement, dirigent l’Egypte vers une défaite politique qui la ramène au temps du totalitarisme stupide. Si le gouvernement avait bougé comme l’a fait dernièrement le premier ministre en se rendant à Mahalla Al-Kobra, il aurait été possible de sauver l’image du régime gravement ternie. En effet, Ahmad Nazif est parti à la rencontre des ouvriers pour annoncer que l’Etat s’engageait toujours à prendre en considération la dimension sociale et qu’il était sur le point de régler leurs problèmes.

Il nous faut au moins un seul prétexte pour expliquer la nonchalance et le retard de la direction qui n’a plus d’autres solutions que de recourir à la police. Aujourd’hui, personne ne bouge que s’il y a une catastrophe. Le pouvoir a alors recours à l’aide des plumes souillées et des esprits révolus pour corriger les défauts du retard et de lever les tonnes d’ordures politiques et médiatiques qui nuisent à tous.

Malheureusement, il y a des forces qui se sont répandues dans les rangs arrière de l’élite au pouvoir et qui se sont spécialisées dans la fabrication de l’animosité. Leur principe est : « Celui qui n’est pas avec nous est contre nous ». Un principe qui ne comprend rien au sens de la démocratie, au droit d’expression, au droit d’être différent, au droit de protester et au droit de ne pas faire partie du PND. Ce que ces plumes écrivent et qui n’est qu’une réflexion des avis de ceux qui détiennent la prise de décision est vraiment déplorable et appelle au désespoir.

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