Les ennemis du pays
Salama A. Salama
Le
pays vient de traverser des événements critiques. Les grèves
du 6 avril qui ont été suivies par une détérioration des
conditions à Mahalla Al-Kobra ont créé un état d’inquiétude
et de crainte dans les centres de prise de décision. Face à
ces événements, l’Etat a eu recours au resserrement et à la
frappe de ce qu’il a considéré être une insurrection civile
et une atteinte à la loi et au régime. Nous vivons dans un
monde qui permet à toutes les classes de la société
d’exprimer pacifiquement leurs doléances et leurs plaintes.
Or, chez nous, l’Etat a décidé, pour des raisons
incompréhensibles, que tous ceux qui s’étaient rassemblés
ici ou là ou qui s’étaient abstenus de travailler, devaient
être considérés comme des ennemis. C’est ainsi que l’Etat a
considéré qu’un certain complot se préparait, fomenté par
des éléments appartenant à la Confrérie, des communistes et
des Nassériens et visant à provoquer une émeute qui «
attirerait le régime vers des combats qui l’épuiseraient
politiquement » comme l’a dit un haut responsable.
En observant le mouvement des sociétés modernes dans le
monde qui nous entoure, il est facile de constater que tous
ceux qui appellent à des politiques de bras de fer comme
remède aux problèmes sociaux et économiques graves comme la
hausse des prix des produits alimentaires et la baisse des
salaires, sont inéluctablement les ennemis d’eux-mêmes et du
pays. Ceux qui ont créé ce climat de spéculation et de doute
voient un fantôme dans chaque maison, un cadavre dans chaque
rue, un ennemi en chaque critique, un adversaire qu’il faut
juger dans chaque chaîne télévisée ou journal qui publie des
nouvelles qui ne leur plaisent pas. C’est ainsi que ceux-ci
appellent à la fermeture des chaînes télévisées, à
l’interdiction des plumes audacieuses, à imposer une censure
sur Internet et sur les sites qui s’expriment avec liberté
ou diffusent les images des queues devant les boulangeries
ou des grèves. Or, des événements pareils se déroulent tous
les jours dans d’autres pays, sans que leurs gouvernements
ne soient atteints de frayeur et qu’ils ne lèvent leurs
armes au visage du peuple.
Donc, ces personnes-là, volontairement ou involontairement,
dirigent l’Egypte vers une défaite politique qui la ramène
au temps du totalitarisme stupide. Si le gouvernement avait
bougé comme l’a fait dernièrement le premier ministre en se
rendant à Mahalla Al-Kobra, il aurait été possible de sauver
l’image du régime gravement ternie. En effet, Ahmad Nazif
est parti à la rencontre des ouvriers pour annoncer que l’Etat
s’engageait toujours à prendre en considération la dimension
sociale et qu’il était sur le point de régler leurs
problèmes.
Il nous faut au moins un seul prétexte pour expliquer la
nonchalance et le retard de la direction qui n’a plus
d’autres solutions que de recourir à la police. Aujourd’hui,
personne ne bouge que s’il y a une catastrophe. Le pouvoir a
alors recours à l’aide des plumes souillées et des esprits
révolus pour corriger les défauts du retard et de lever les
tonnes d’ordures politiques et médiatiques qui nuisent à
tous.
Malheureusement, il y a des forces qui se sont répandues
dans les rangs arrière de l’élite au pouvoir et qui se sont
spécialisées dans la fabrication de l’animosité. Leur
principe est : « Celui qui n’est pas avec nous est contre
nous ». Un principe qui ne comprend rien au sens de la
démocratie, au droit d’expression, au droit d’être
différent, au droit de protester et au droit de ne pas faire
partie du PND. Ce que ces plumes écrivent et qui n’est
qu’une réflexion des avis de ceux qui détiennent la prise de
décision est vraiment déplorable et appelle au désespoir.