Al-Ahram Hebdo, Opinion | Merci à Bahaa Taher et au prix Booker !
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 Semaine du 16 au 22 avril 2008, numéro 710

 

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Opinion
 

Merci à Bahaa Taher et au prix Booker !

Mohamed Salmawy

 

Que signifie le fait que le dernier roman de Bahaa Taher, grand romancier égyptien, L’oasis du couchant, ait remporté le Booker Price, premier prix international consacré au roman arabe ?

Cet événement est porteur de plusieurs significations importantes. D’abord, cette attribution confirme la place du roman égyptien à l’époque de l’après-Mahfouz. Ce grand prix international est intervenu à un moment où prédominait le stéréotype selon lequel l’obtention du prix Nobel par Naguib Mahfouz était un événement exceptionnel qui n’allait plus se reproduire. Ceux-ci soutenaient que si Mahfouz est certes un géant du roman arabe et qu’il a réalisé de grands pas pour ce genre littéraire, le roman après lui ne pouvait plus atteindre les cimes qu’il a déjà atteintes. Les tenants de cet avis avancent ce prétexte pour dire que les romans arabes ne sont plus qualifiés que pour remporter les prix régionaux arabes, alors que le Nobel et les prix de ce niveau ne seront plus décernés à une personnalité arabe.

Mais voilà qu’un prix international prestigieux décerné par la Grande-Bretagne pour la production littéraire de grande qualité et dont le jury comprend le président du prix Booker britannique lui-même attribue pour la première édition arabe du Booker Price le prix au roman de Bahaa Taher. Ceci pour confirmer que le roman arabe dans l’après-Mahfouz mérite hommage et célébration.

Partant de cette logique, nous pouvons dire que nous avions besoin de ce prix plus que du Nobel.

Le Nobel était le couronnement de faits bien connus selon lesquels les Arabes ont une littérature ancienne dont l’histoire remonte à l’époque anté-islamique et dont le présent compte également des sommités littéraires que l’Occident connaît bien et dont l’authenticité n’est point à démontrer. L’Occident connaissait bien la poésie anté-islamique qui a été traduite en plusieurs langues étrangères, et était averti des quatrains de Khayyam et des Mille et une nuits. Il connaissait également bien sûr Taha Hussein, Tewfik Al-Hakim, voire Naguib Mahfouz qui était effectivement traduit vers l’anglais, le français, l’italien, l’allemand, l’espagnol et le suédois bien avant son obtention du prix Nobel.

Quant au Booker Price arabe, il est venu confirmer qu’il existe une génération d’écrivains importants qui prend la relève après Mahfouz. Il vient affirmer également que la production romanesque de cette génération mérite une estime internationale qui lui vaudrait des prix comme celui de Naguib Mahfouz. Telle est la première signification.

Ensuite, il est important de souligner que le romancier égyptien n’a pas mené des efforts pour l’obtention de ce prix. C’est le Booker décerné pour la première fois au roman arabe qui cherchait à se forger une place sur la carte des prix littéraires mondiaux. Et ceci ne pouvait avoir lieu que s’il était attribué à un écrivain à la renommée solide, afin qu’il acquière sa légitimité dans les milieux littéraires.

Bahaa Taher a toujours été un grand écrivain, même avant d’obtenir le prix et il maintiendra la même réputation même après le prix. La nouveauté ici est la naissance d’un nouveau prix qui n’existait pas auparavant. Ainsi, le nom de Bahaa aura toujours été assimilé à la naissance du prix. Grâce à sa valeur, il lui a accordé son acte de naissance.

Enfin, le fait que le prix soit du lot d’un romancier égyptien confirme que la littérature en Egypte reste pionnière, bien que les intellectuels ne cessent de répéter que le rôle culturel de l’Egypte a régressé et que son leadership littéraire et artistique est révolu à jamais. La nation arabe a connu de grands noms littéraires dans les dernières années appartenant à beaucoup de pays. Et c’est certes chose louable. Nos romanciers sont nombreux. Nous avons Bahaa Taher, Khaïri Chalabi, Fathi Ghanem, Gamal Al-Ghitani, Ibrahim Aslan, Mohamad Mostagab, Ibrahim Abdel-Méguid, Alaa Al-Dib, Mohamad Al-Makhzangui, Sonallah Ibrahim, Abdel-Wahab Al-Aswani, Fouad Qandil, Youssef Al-Qaïd, Sabri Moussa, Alaa Al-Aswani, Soliman Fayad, Youssef Abou-Raya, Radwa Achour, Hala Al-Badri, Mohamad Al-Bossati, Salwa Bakr, Mahmoud Al-Werdani. Sans oublier toute une nouvelle génération dont les noms se côtoient derrière les vitrines les librairies avec tous les apports et toutes les expériences qu’ils présentent.

La richesse littéraire en Egypte, malgré sa régression par rapport à des époques précédentes, devance dans sa totalité la production littéraire dans tous les pays arabes. Ce n’est pas là une manière de minimiser l’importance des pays arabes frères, car la question n’est pas d’ordre numérique. Le nombre d’écrivains, d’intellectuels et d’artistes dans ces pays, en comparaison avec leurs nombres d’habitants, pourrait dépasser le nombre en Egypte. Cependant, nous affirmons uniquement une réalité sur le terrain selon laquelle le rôle pionnier de l’Egypte dans le domaine culturel, même s’il a pris du retard en le comparant à celui des années 1960, n’a pas disparu parce qu’il est lié à des constats historiques, géographiques et culturels qui ne varient pas d’une époque à l’autre. Le Booker Price arabe vient confirmer ces réalités et bénéficie ainsi d’une naissance forte garantissant la reconnaissance et la légitimité du prix dès le départ.

Le prix démontre avant tout, comme n’importe quel autre prix, que celui qui déploie des efforts est certes récompensé. Bien que Bahaa Taher n’aime pas être sous les feux des projecteurs et n’aime pas les hommages, il mérite tout le respect. Il a déployé un effort considérable pour présenter une littérature de haut niveau comportant des significations nobles. Une littérature qui est concernée d’une part par les soucis de la nation et ses causes et d’autre part par la qualité professionnelle. Bahaa Taher a exprimé dans beaucoup de ses romans les grands soucis de la nation depuis l’unité nationale jusqu’à l’identité arabe. Son procédé d’expression était un langage littéraire raffiné et une texture du roman qui lui est caractéristique.

Bahaa Taher avait obtenu, il y a quelques années, le prix d’estime de l’Etat. Il ne s’est jamais mis dans cette course des prix, raison pour laquelle il a obtenu le Booker qui a couronné un long itinéraire méritant un grand hommage. Par ce prix, nous avons regagné confiance en notre production littéraire, après que nous avions commencé à croire qu’elle était en pénurie et que son rôle pionnier dans les domaines littéraire et culturel était révolu à jamais. Merci à Bahaa Taher et merci au Booker Price arabe.

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