Bande Dessinée.
Des manifs de Kéfaya aux angoisses d’un jeune informaticien
au chômage sur fond d’intrigue policière effrénée : tout y
est. Avec Métro, Magdi Al-Chaféi offre le premier « roman
dessiné » original en arabe égyptien.
Du neuf dans les bulles
Un
nouveau genre, un nouveau style et une nouvelle découverte
voient le jour sous la plume de Magdi Al-Chaféi, dessinateur
égyptien et tout récemment auteur. Outre le fait que Métro
est la première bande dessinée originale en arabe égyptien,
et pas simplement la version arabe de Mickey ou Tintin,
c’est aussi la première bande dessinée qui n’est pas
adressée aux enfants, ni faite dans un but humoristique. «
C’est un réel roman dessiné », déclare Magdi Al-Chaféi, lors
de la première séance de dédicace du livre dans la librairie
Diwan à Héliopolis. Avec l’idée générale de l’histoire en
tête depuis des années, Chaféi fut conseillé par son
entourage d’être non seulement le dessinateur, mais aussi le
scénariste de la BD. « J’ai vu plusieurs auteurs pour qu’ils
prennent en charge la rédaction de l’histoire, mais ils
m’ont tous dit que l’idée était déjà complète, il n’y a qu’à
la réaliser », ajoute Chaféi.
Le héros de Métro, Chéhab, un jeune informaticien égyptien,
mène une vie difficile après avoir vu son projet
informatique refusé par toutes les compagnies informatiques.
Il doit de l’argent à tout son entourage qui le chasse même
de son appartement. Témoin d’un crime, il se retrouve pris
dans des péripéties qui se terminent en plein milieu des
manifestations de Kéfaya pour un meilleur avenir. Il est le
miroir qui reflète toutes les catégories du peuple, le
cireur de chaussures, la journaliste, le jeune homme du
peuple, la femme au foyer.
«
Chéhab n’est pas le héros classique, ni même le héros, c’est
le jeune homme qui est à la recherche de la vie et de
lui-même. J’ai beaucoup travaillé son physique. Ce n’est pas
le bel homme classique, mais le jeune Egyptien qui a des
traits durs qui donnent l’impression de violence, mais pour
qui le lecteur peut avoir une certaine sympathie », explique
Chaféi. Pharmacien de formation, Chaféi est amateur de BD
depuis son enfance. Francophone, il est beaucoup influencé
par la BD en français. « Tintin m’a appris à dessiner mais
aussi à exprimer mes idées, je lui dois beaucoup »,
raconte-t-il. Il a également participé aux ateliers animés
par le bédeiste Golo, qui a mis en images le roman de
Cossery Mendiants et orgueilleux.
Depuis plus d’un an, Chaféi travaille sur Métro, il y a
transmis ses propres points de vue sur la vie. Rebelle aux
règles strictes et au monde codifié selon une seule vision,
il déteste les étiquettes qu’on colle à une personne depuis
la naissance. « Comment peut-on depuis notre plus jeune âge
être toujours sanctionnés, toujours obligés d’obéir à des
ordres et en même temps être créatifs ? C’est de ça que je
parle dans Métro ».
Publiée depuis un mois seulement, l’on ne peut encore
préjuger du succès de la BD auprès du public, pas encore
habitué à voir une BD en arabe et surtout traitant un sujet
sérieux. Une décision courageuse de la maison d’édition
Malameh. « Environ 30 % des copies distribuées ont été
vendues, ce qui est déjà pas mal », explique Mohamad
Charqawi, directeur exécutif de Malameh. Dans l’attente de
la réaction des lecteurs, Chaféi est confiant : « Les gens
vont s’étonner à quel point la BD est un outil d’expression
simple et efficace.
C’est un
art complet ».
Dina
Abdel-Hakim