Circulation.
Le gouvernorat du Caire a pris une nouvelle décision afin de
parvenir à une meilleure fluidité du trafic. Les rues de la
capitale sont désormais interdites aux poids lourds
transportant des marchandises.
Lourde de conséquences
Après de nombreuses mesures prises pour résoudre le problème
chronique de la circulation dans la capitale et qui se sont
avérées inefficaces, le gouverneur du Caire Abdel-Azim Wazir
a pris la semaine dernière une nouvelle décision. Il s’agit
d’interdire aux véhicules poids lourds qui transportent des
marchandises de sillonner les rues du Caire entre 7h du
matin et minuit. Une amende qui varie entre 1 000 et 2 000
L.E. sera imposée aux véhicules contrevenants sans compter
le retrait du permis de conduire des chauffeurs. Selon le
gouvernorat, cette décision vise en premier lieu à résoudre
le problème du blocage des rues causé par ces camions qui
s’arrêtent pendant de longues heures devant les magasins
pour livrer leurs marchandises. La décision soulève la
protestation des commerçants qui ont présenté une plainte
auprès de la Chambre du commerce du Caire. Celle-ci a tenu
une réunion urgente avec les commerçants affectés qui
réclament l’annulation de la décision qui touche leur
gagne-pain. « Le gouvernorat n’a même pas tenu à prendre
notre avis pour étudier les conséquences d’une telle mesure
sur le commerce et le marché », annonce Ali Moussa,
président de la Chambre du commerce du Caire.
Les marchands de la rue Abdel-Aziz, de Moski, et de Ataba
sont les plus touchés par cette décision. « Nous sommes des
commerçants détaillants, on reçoit chaque matin nos
marchandises dans des camions envoyés par des grossistes.
Cette décision a influencé nos ventes et a incité certains
marchands à augmenter les prix de certaines marchandises qui
sont épuisées sur le marché. On s’attend à une propagation
du marché noir », explique Hossam, un jeune commerçant à
Ataba. Quant aux gros commerçants, ils critiquent cette
décision qui leur causera de
grandes pertes financières. « Nous avons des engagements
avec de grands hôpitaux et des hôtels pour livrer des
marchandises à des heures précises. Or, cette décision a été
prise sans préavis. L’Etat nous fait assumer la
responsabilité de son échec à trouver des solutions
efficaces au problème de la circulation », lâche un des
commerçants. Outre les petits et les grands commerçants,
cette décision, selon la chambre de commerce, portera
atteinte à l’investissement étranger en Egypte car elle
représente un obstacle pour les investisseurs qui ont besoin
de facilités dans le transport des marchandises et l’accès
aux points de vente.
Pour Moufid William, spécialiste en planification urbaine,
cette décision n’a pas été étudiée. « Le parc des camions ne
représente que 7 % de l’ensemble du parc automobile. C’est
un taux qui n’affecte que très peu les rues cairotes. Le
problème de la circulation est dû à d’autres raisons plus
graves telles que la mauvaise planification des routes »,
explique William. Il ajoute que dans les pays européens, les
rues sont planifiés de façon à consacrer des ruelles aux
camions. Mais en Egypte, les rues manquent de limite claire
entre les ruelles de véhicules, des taxis, de transport en
commun et de transport de poids lourds. « Cette décision est
appliquée depuis dix jours. La circulation a-t-elle connu
une fluidité remarquable ?
Certainement
pas », conclut-il.
Mirande
Youssef