Al-Ahram Hebdo, Egypte | Forcing autour d’une conférence
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 16 au 22 avril 2008, numéro 710

 

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Egypte

Religion. Une poignée de journalistes a annulé vendredi par la force la tenue d’une conférence sur la discrimination confessionnelle qui a fini par choisir pour lieu d’accueil le siège du parti Al-Tagammoe. 

Forcing autour d’une conférence 

À l’entrée du Syndicat des journalistes, une pancarte accueille les visiteurs : un appel au djihad, des « à bas Israël », « à bas les Etats-Unis » et, comme une plante qui pousse sans terre, un croissant entourant une croix est venu se greffer sur les slogans belliqueux.

Ce vendredi 11 avril, le syndicat devait accueillir la première conférence organisée par l’association Egyptiens contre la discrimination confessionnelle.

« J’ai été accueilli par cinq ou six personnes, dont certains en pyjama, qui m’ont interdit d’entrer au syndicat. Ils étaient très vulgaires et nous bousculaient, c’était clair qu’ils cherchaient à provoquer une querelle », raconte Samer Soliman, l’un des organisateurs de la conférence. « Ils étaient menés par un membre du conseil du syndicat, Gamal Abdel-Réhim. Celui-ci m’a demandé si j’étais bahaï, je lui ai dit non, mais que les bahaïs étaient des êtres humains comme lui et moi. C’est alors qu’il a commencé à les insulter les traitant d’athées et d’homosexuels », poursuit Soliman.

« Oui, je suis le premier responsable de ce qui s’est passé », affirme fièrement de son côté Gamal Abdel-Réhim. Se mettant dans la peau du défenseur de l’islam, il ajoute : « Le syndicat ne deviendra jamais une tribune pour les bahaïs considérés comme athées par la majorité des oulémas … C’est une question religieuse avant d’être syndicale ». Quant à la méthode utilisée pour empêcher la conférence, il l’estime « civilisée ». « Un nombre de nos collègues étaient en sit-in au siège du syndicat pour en empêcher l’accès aux bahaïs et aux coptes de la diaspora, voilà ! ».

Appelé en urgence, le président du syndicat, Makram Mohamad Ahmad, s’est rendu sur les lieux pour être accueilli avec les mêmes insultes par la poignée de protestataires. « Les organisateurs de la conférence m’avaient confirmé que celle-ci ne visait qu’à faire respecter le principe de citoyenneté dans un esprit de tolérance. D’après ce que j’ai compris, c’était une chance pour entamer un vrai dialogue et pouvoir communiquer », explique le numéro un du syndicat. « J’ai dit aux journalistes mécontents : si c’est, comme vous le dites, une conférence anti-islam, vous n’avez qu’à y participer pour défendre l’islam … Mais ils ont refusé », ajoute Makram Mohamad Ahmad. « Comment en tant que journaliste puis-je défendre la liberté d’expression, alors que moi-même j’interdis de parole ceux dont le discours ne me plaît pas ? C’est une honte », regrette-t-il.

Lors de la séance inaugurale de la conférence, qui a dû déménager au siège du parti du Rassemblement, le président du syndicat est allé en personne présenter ses excuses aux participants, souhaitant que « les actes de cinq personnes ne soient pas considérés comme une position de l’ensemble des journalistes ».

De son côté, le président d’Egyptiens contre la discrimination confessionnelle, l’éminent scientifique Mohamad Mounir Mégahed, estime que « ces quelques anarchistes voulaient annuler la conférence en diffusant des fausses rumeurs pour faire croire qu’on avait invité la télévision israélienne ou qu’on cherchait à propager la pensée bahaïe ». Pour Mégahed, ils ne voulaient pas de cette conférence, non à cause de la présence de participants bahaïs ou de coptes émigrés, mais parce que c’est une conférence contre la discrimination, alors que « ces gens-là sont pour la discrimination ».

Dès l’annonce de cette conférence, plusieurs membres du Conseil du syndicat ont exprimé leur refus de l’accueillir en son sein, y voyant une « incitation aux troubles confessionnels ». « Dans cet épisode, les intérêts d’une poignée de bandits téléguidés par les services de sécurité ont convergé avec ceux des islamistes. Le thème de la conférence est lui-même ennuyeux pour les deux parties », affirme un membre du conseil qui a préféré garder l’anonymat.

D’habitude, les manifestations organisées au Syndicat des journalistes s’accompagnent du déploiement d’un dispositif sécuritaire impressionnant en face du bâtiment et dans les rues voisines. Mais cette fois-ci, aucune présence policière n’était perceptible dans les parages. « Un grand point d’interrogation plane sur tout ce qui s’est passé », se contente de commenter le rédacteur en chef du quotidien de gauche Al-Badil, Mohamad Al-Sayed Al-Saïd.

Chérif Albert

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Sur une note
de satisfaction
 

Finalement organisée au siège du parti de gauche Al-Tagammoe (Rassemblement), au centre du Caire, la conférence sur la discrimination confessionnelle s’est étendue sur deux jours avec une vingtaine d’intervenants issus de milieux universitaires, politiques ou judiciaires toutes confessions confondues. Largement médiatisée notamment par des chaînes de télévision privées, la conférence a disséqué tous les domaines où se manifeste la discrimination confessionnelle en Egypte, à commencer par les pratiques quotidiennes pour en arriver à la discrimination « institutionnalisée ». Le public, entre une et deux centaines de personnes, était autorisé à intervenir, pour donner des témoignages personnels positifs ou négatifs mais aussi des « propositions » pour lutter contre la discrimination. La conférence s’est achevée sur une note de satisfaction et sur une « promesse » de continuer le débat.

 




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