Bourse Egyptienne.
Est-elle prête à de nouvelles émissions publiques ? La
réponse est oui, selon la 2e conférence sur les marchés
financiers organisée par le quotidien Al-Mal. Mais le
gouvernement veut temporiser.
La soif de titres attendra
Le
surplus de liquidité sur le marché est à l’affût du
lancement de titres et en attendant, le prix des actions des
petites sociétés grimpe. Mais la Bourse égyptienne est-elle
vraiment prête au lancement de nouveaux titres financiers ?
La question est plus que jamais à l’ordre du jour et a été
soulevée lors de la deuxième conférence des marchés
financiers, organisée les 12 et 13 avril au Caire, par le
quotidien égyptien Al-Mal (l’argent). Même si le
gouvernement ne semble pas prêt à étancher immédiatement la
soif du marché.
Ainsi, la date du lancement du la part publique de la banque
d’Alexandrie (15 %) est remise au troisième trimestre 2008.
« Cette émission, reportée depuis un an, aura lieu après le
lancement de la part publique de la Banque du Caire. Et ce,
à condition que les résultats de la banque lors des 9
premiers mois de l’année soient satisfaisants et se
reflètent sur la valeur de l’action au moment du lancement,
sinon elle sera reportée à la fin de l’année », a annoncé le
président de la Banque d’Alexandrie, Mahmoud Abdel-Latif, à
l’issue de la conférence. La liste des privatisations à
venir comprend aussi l’émission de 10 à 20 % de la société
d’assurances Misr en Bourse, une décision qui devrait être
prise en mai prochain mais le gouvernement l’a reportée sine
die.
Abdel-Latif est un participant parmi d’autres assurant que
la période actuelle est propice au lancement de nouveaux
titres financiers en raison d’abord de la hausse des
liquidités dans le pays. « Aujourd’hui, la valeur
quotidienne des échanges dépasse les 2 milliards de L.E.
contre 30-40 millions de L.E. il y a 4 ans. Le flux de
liquidité sur le marché est énorme et absorbé
malheureusement par les actions des petites sociétés. Les
cours de ces dernières ne cessent de gonfler, alors que
leurs performances restent modestes. Et ce, à cause de
l’absence de nouveaux titres financiers », explique Eloui
Taymour, directeur général de la société de courtage Pharos,
en donnant l’exemple de l’action de la société Al-Arabiya
pour l’égrenage du coton, qui est passée de 12 à 24 L.E. en
15 mois. Opinion partagée par Essam Khalifa, directeur du
fonds d’investissement Al-Ahli, qui assure que « d’habitude,
les sociétés lancent des nouveaux titres quand le marché
chute pour le rafraîchir, mais il est nécessaire de prendre
cette décision maintenant pour absorber les liquidités
présentes », opine-t-il.
En fait, la hausse des liquidités concerne aussi les marchés
arabes. « Les pays du Golfe possèdent d’importants surplus,
provenant de la hausse des cours du pétrole, et cherchent
des opportunités d’investissements », explique Achraf
Salmane, directeur du département d’investissement chez Arab
Africain Bank (AAB). Il estime nécessaire que l’Egypte
exploite ces flux en lançant en Bourse davantage d’actions :
« Le secteur du fret des cargos pourrait par exemple tirer
profit de la situation actuelle », estime-t-il. Achraf
souligne que le marché égyptien compte parmi les meilleures
destinations pour les capitaux : « La profitabilité de
l’action en Egypte est la meilleure par rapport aux autres
marchés émergents. Le ratio cours/bénéfice en Egypte est le
troisième après le Maroc et l’Inde selon l’indice Morgan
Stanley. Ce qui marque la baisse du niveau de risques. De
même, la fluctuation des profits en Egypte est inférieure à
d’autres marchés émergents tels ceux de Dubaï et Bahreïn ».
Eviter les erreurs commises
Les participants à la conférence n’en ont pas moins insisté
sur l’importance du rôle des régulateurs et des banques
d’investissements dans la promotion des nouvelles émissions
pour éviter les erreurs commises lors du lancement d’une
partie du capital de Telecom Egypt, il y a 3 ans. La société
a vu son action fléchir juste après l’offre publique
initiale de 20 % de ses actions, car les petits
investisseurs recherchaient des gains rapides. Ainsi, la
spéculation a entraîné des pertes subites : « L’Organisme du
marché financier doit donc appliquer une législation selon
laquelle l’investisseur doit conserver ses actions pendant
au moins trois mois. Cela mettra fin à la spéculation et à
la chute des cours », dit Hani Tawfiq, le directeur exécutif
de la société de courtage holding Naïm. Et d’avertir que
l’organisme doit de même renforcer son contrôle sur
l’activité des banques d’investissements, en citant
l’exemple de EFG-Hermes « qui a surévalué le prix de
l’action de Telecom Egypt à 14,8 L.E. pour réaliser des
bénéfices entre la valeur nominale de l’action (12 L.E.) et
le prix du lancement ». Bref, avant l’émission de nouveaux
titres, le marché doit faire preuve de plus de discipline.
Gilane Magdi