Al-Ahram Hebdo, Economie | Le repli sur le Soudan
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 16 au 22 avril 2008, numéro 710

 

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Economie

Agriculture. L’Egypte veut profiter de la bonne qualité des terres arables du Soudan. Le projet arrange les deux parties et permettrait de diminuer sa facture d’importations, notamment de blé. 

Le repli sur le Soudan 

« Le Soudan est l’unique solution pour l’Egypte. Seule une complémentarité avec le Soudan dans le domaine agricole pourra assurer la sécurité alimentaire du pays », assure Fawzi Naïm Mahrous, coordinateur de la sécurité alimentaire auprès du Comité supérieur commun égypto-soudanais et ancien président du Centre des études agricoles. Ces propos viennent en réaction aux récentes démarches égyptiennes pour cultiver du blé ainsi que d’autres denrées au Soudan. D’autres pays comme la Corée, la Chine, ou encore l’armée jordanienne, ont déjà pris ce pas grâce à l’obtention d’un droit d’usage de long terme des terres agricoles soudanaises.

Mais mieux vaut tard que jamais. Des mesures concrètes n’ont pas encore été entreprises, mais des négociations ont eu lieu la semaine dernière au Soudan. Galal Al-Douker, ministre soudanais de l’Industrie a déclaré que l’Egypte, le Qatar et les Emirats arabes unis ont présenté des demandes pour cultiver 6 millions de feddans (1 feddan=0,42 hectare) de blé. Mahmoud Mohieddine, le ministre égyptien de l’Investissement, a discuté lors de sa récente visite au Soudan certains projets concernant la culture de terrains au Soudan et sur les frontières égypto-soudanaises. Il s’agit du projet « Arqine » dont le but est la culture de 1,8 million de feddans sur les frontières, dont 1,2 million au Soudan et le reste en Egypte. Alors que certains investisseurs égyptiens ont déjà créé des entreprises au Soudan, d’autres ont manifesté leur volonté de participer au projet. Mohamad Adel Al-Ghandour, un des investisseurs qui a créé une entreprise au Soudan, explique que la culture du blé dans ce pays sera considérablement moins coûteuse qu’en Egypte, car la bonification des terrains y est plus facile. « Le coût de la bonification de 150 000 feddans en Egypte équivaut au coût de bonification d’un million de feddans au Soudan. En plus, les terrains sont trop fertiles. Donc nous n’aurons pas recours aux quantités d’engrais utilisées ici en Egypte », assure-t-il.

 

Pluies abondantes

Car le Soudan possède des terrains parmi les plus fertiles au monde et jouit en outre d’une abondance exceptionnelle en ressources hydrauliques. En plus du Nil, les pluies y sont abondantes et les terrains cultivables dépassent les 200 millions de feddans, dont seulement 70 millions sont cultivés. Alors que la superficie cultivée en Egypte est à peine de 8,5 millions de feddans. De plus, le Soudan ne compte que 40 millions d’habitants contre près de 75 millions chez son voisin du nord. Des potentiels qui pourront facilement faire du Soudan le grenier de la région.

La raison principale qui fait que ces superficies restent non cultivées, comme l’explique Mohamad Hassan Abou-Zeid, conseiller économique de l’ambassade du Soudan en Egypte, est le manque de financement surtout pour les projets d’infrastructures ou de technologie. Cela a mené à une baisse de la productivité du feddan qui se limite au tiers de la productivité pour la même superficie en Egypte. « Avec l’expertise égyptienne dans le domaine de l’agriculture et l’argent des pays du Golfe, cette situation pourra changer. Mais nous étions jusque-là aveugles », avoue un responsable qui a requis l’anonymat.

En effet, toutes les idées sur la complémentarité égypto-soudanaise et arabo-soudanaise ne sont pas nouvelles. Elles ont été dites, redites et négligées au fil des années. Mais, pourquoi ce soudain changement ? « C’est la crise », résume Fawzi Naïm, en raison de la hausse exceptionnelle des cours internationaux du blé, en particulier et des céréales en général. L’Egypte importe 6 millions de tonnes de blé par an, soit 40 % de sa consommation. La hausse des cours a donc augmenté la facture des importations mais aussi forcé le gouvernement à augmenter les allocations consacrées aux subventions du pain, ce qui a freiné ses tentatives à diminuer le déficit de son budget. Le blé soudanais l’aidera considérablement à échapper à cette situation. Selon le ministre soudanais de l’Industrie, le blé du Soudan coûtera moitié moins cher que sur les marchés internationaux.

Marwa Hussein

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4 questions à
 Jacques Le Cacheux,

professeur agrégé des Universités, Economie, à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. 

« Sur le long terme, la hausse des prix va continuer » 

Al-Ahram Hebdo : Le directeur du FMI estime qu’une guerre en raison du manque de nourriture est probable. Partagez-vous ce pessimisme ?

Jacques Le Cacheux : Au cours des 50 dernières années, la population mondiale a doublé ainsi que la production, grâce au progrès technique dans l’agriculture. On a réussi jusque-là à augmenter la production pour satisfaire les besoins. La grande question dans les décennies à venir c’est : Est-ce qu’on est capable de le refaire. Car en fait, il y a deux grosses incertitudes, dont la première est celle des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM). Est-ce que cela peut améliorer les rendements agricoles ? La deuxième concerne l’eau. Dans beaucoup de régions, la disponibilité de l’eau douce nous amène vers une grande incertitude notamment avec le changement climatique.

Dans ce contexte, quel serait le sort des pays en voie de développement ?

— Je suis content de voir que finalement on se rend compte que c’est un problème important et qu’un rapport de la Banque mondiale met l’accent sur l’importance de l’autosuffisance alimentaire. Avant la haute technologie et les exportations, il faut penser à la question la plus importante qui est de nourrir les gens. On mange du pain, pas des téléphones. Si on n’arrive pas à nourrir les gens, la situation s’aggrave. La question du niveau de vie vient évidemment en premier. Le seul moyen pour les pays en voie de développement est le développement agricole. Prenons à titre d’exemple la France dans les années 1960. La France n’avait pas de moyens modernes dans le secteur agricole. Qu’est-ce qui a permis à la France d’augmenter ses rendements ? C’est un mélange de deux choses. Des investissements : Faciliter les microcrédits pour les agriculteurs. L’autre chose évidente c’est l’éducation des futurs agriculteurs à devenir de vrais entrepreneurs. Les pays en voie de développement n’ont qu’à suivre ce chemin en améliorant la formation et à donner des subventions pour encourager la modernisation. Et c’est ce que l’Europe a fait dans les années 1960. Il faut absolument encourager les pays émergents à développer la production agricole pour l’exportation. Il est préférable aussi de suspendre les subventions des biocarburants puisque ces derniers ne sont pas bons du point de vue écologique. Tout le monde sait qu’en Europe, aux Etats-Unis et au Brésil, une grande part de la production est consacrée au biocarburant. Le 1/4 du maïs américain y est consacré.

Une vague de protestations a eu lieu dans beaucoup de pays, notamment l’Egypte, contre la flambée des prix des produits alimentaires. Pensez-vous que ce soit le début de la catastrophe annoncée ?

— Les prix suivront la hausse jusqu’à l’automne. Mais il est prévu que les prix baissent après la récolte de l’automne 2008 puisque la hausse des prix va inciter à augmenter la production. Or, cette baisse n’est pas durable. Sur le long terme, la hausse va continuer et la situation va s’aggraver.

Cette situation pourrait-elle mener à un changement de la politique de l’UE et des Etats-Unis sur leurs subventions agricoles ?

— L’UE a promis de réduire les subventions et de les supprimer d’ici 2013. Dans les mois qui viennent, avec l’année électorale aux Etats-Unis, je pense qu’il n’y aura pas beaucoup de décisions d’ici 2009. Une des solutions pourrait être d’utiliser une partie des subventions pour encourager le développement agricole dans les pays en voie de développement.

Propos recueillis par Ibtessam Zayed

 




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