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Agriculture.
L’Egypte veut profiter de la bonne qualité des terres
arables du Soudan. Le projet arrange les deux parties et
permettrait de diminuer sa facture d’importations, notamment
de blé.
Le repli sur le Soudan
«
Le Soudan est l’unique solution pour l’Egypte. Seule une
complémentarité avec le Soudan dans le domaine agricole
pourra assurer la sécurité alimentaire du pays », assure
Fawzi Naïm Mahrous, coordinateur de la sécurité alimentaire
auprès du Comité supérieur commun égypto-soudanais et ancien
président du Centre des études agricoles. Ces propos
viennent en réaction aux récentes démarches égyptiennes pour
cultiver du blé ainsi que d’autres denrées au Soudan.
D’autres pays comme la Corée, la Chine, ou encore l’armée
jordanienne, ont déjà pris ce pas grâce à l’obtention d’un
droit d’usage de long terme des terres agricoles
soudanaises.
Mais mieux vaut tard que jamais. Des mesures concrètes n’ont
pas encore été entreprises, mais des négociations ont eu
lieu la semaine dernière au Soudan. Galal Al-Douker,
ministre soudanais de l’Industrie a déclaré que l’Egypte, le
Qatar et les Emirats arabes unis ont présenté des demandes
pour cultiver 6 millions de feddans (1 feddan=0,42 hectare)
de blé. Mahmoud Mohieddine, le ministre égyptien de
l’Investissement, a discuté lors de sa récente visite au
Soudan certains projets concernant la culture de terrains au
Soudan et sur les frontières égypto-soudanaises. Il s’agit
du projet « Arqine » dont le but est la culture de 1,8
million de feddans sur les frontières, dont 1,2 million au
Soudan et le reste en Egypte. Alors que certains
investisseurs égyptiens ont déjà créé des entreprises au
Soudan, d’autres ont manifesté leur volonté de participer au
projet. Mohamad Adel Al-Ghandour, un des investisseurs qui a
créé une entreprise au Soudan, explique que la culture du
blé dans ce pays sera considérablement moins coûteuse qu’en
Egypte, car la bonification des terrains y est plus facile.
« Le coût de la bonification de 150 000 feddans en Egypte
équivaut au coût de bonification d’un million de feddans au
Soudan. En plus, les terrains sont trop fertiles. Donc nous
n’aurons pas recours aux quantités d’engrais utilisées ici
en Egypte », assure-t-il.
Pluies abondantes
Car le Soudan possède des terrains parmi les plus fertiles
au monde et jouit en outre d’une abondance exceptionnelle en
ressources hydrauliques. En plus du Nil, les pluies y sont
abondantes et les terrains cultivables dépassent les 200
millions de feddans, dont seulement 70 millions sont
cultivés. Alors que la superficie cultivée en Egypte est à
peine de 8,5 millions de feddans. De plus, le Soudan ne
compte que 40 millions d’habitants contre près de 75
millions chez son voisin du nord. Des potentiels qui
pourront facilement faire du Soudan le grenier de la région.
La raison principale qui fait que ces superficies restent
non cultivées, comme l’explique Mohamad Hassan Abou-Zeid,
conseiller économique de l’ambassade du Soudan en Egypte,
est le manque de financement surtout pour les projets
d’infrastructures ou de technologie. Cela a mené à une
baisse de la productivité du feddan qui se limite au tiers
de la productivité pour la même superficie en Egypte. « Avec
l’expertise égyptienne dans le domaine de l’agriculture et
l’argent des pays du Golfe, cette situation pourra changer.
Mais nous étions jusque-là aveugles », avoue un responsable
qui a requis l’anonymat.
En effet, toutes les idées sur la complémentarité
égypto-soudanaise et arabo-soudanaise ne sont pas nouvelles.
Elles ont été dites, redites et négligées au fil des années.
Mais, pourquoi ce soudain changement ? « C’est la crise »,
résume Fawzi Naïm, en raison de la hausse exceptionnelle des
cours internationaux du blé, en particulier et des céréales
en général. L’Egypte importe 6 millions de tonnes de blé par
an, soit 40 % de sa consommation. La hausse des cours a donc
augmenté la facture des importations mais aussi forcé le
gouvernement à augmenter les allocations consacrées aux
subventions du pain, ce qui a freiné ses tentatives à
diminuer le déficit de son budget. Le blé soudanais l’aidera
considérablement à échapper à cette situation. Selon le
ministre soudanais de l’Industrie, le blé du Soudan coûtera
moitié moins cher que sur les marchés internationaux.
Marwa
Hussein
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4 questions à
Jacques Le Cacheux,
professeur agrégé des Universités, Economie, à l’Université
de Pau et des Pays de l’Adour.
« Sur le long terme, la hausse des prix va continuer »
Al-Ahram
Hebdo : Le directeur du FMI estime qu’une guerre en raison
du manque de nourriture est probable. Partagez-vous ce
pessimisme ?
Jacques Le Cacheux :
Au cours des 50 dernières années, la population mondiale a
doublé ainsi que la production, grâce au progrès technique
dans l’agriculture. On a réussi jusque-là à augmenter la
production pour satisfaire les besoins. La grande question
dans les décennies à venir c’est : Est-ce qu’on est capable
de le refaire. Car en fait, il y a deux grosses
incertitudes, dont la première est celle des Organismes
Génétiquement Modifiés (OGM). Est-ce que cela peut améliorer
les rendements agricoles ? La deuxième concerne l’eau. Dans
beaucoup de régions, la disponibilité de l’eau douce nous
amène vers une grande incertitude notamment avec le
changement climatique.
— Dans ce contexte, quel serait le sort des pays en voie
de développement ?
— Je suis content de voir que finalement on se rend compte
que c’est un problème important et qu’un rapport de la
Banque mondiale met l’accent sur l’importance de
l’autosuffisance alimentaire. Avant la haute technologie et
les exportations, il faut penser à la question la plus
importante qui est de nourrir les gens. On mange du pain,
pas des téléphones. Si on n’arrive pas à nourrir les gens,
la situation s’aggrave. La question du niveau de vie vient
évidemment en premier. Le seul moyen pour les pays en voie
de développement est le développement agricole. Prenons à
titre d’exemple la France dans les années 1960. La France
n’avait pas de moyens modernes dans le secteur agricole.
Qu’est-ce qui a permis à la France d’augmenter ses
rendements ? C’est un mélange de deux choses. Des
investissements : Faciliter les
microcrédits pour les
agriculteurs. L’autre chose évidente c’est l’éducation des
futurs agriculteurs à devenir de vrais entrepreneurs. Les
pays en voie de développement n’ont qu’à suivre ce chemin en
améliorant la formation et à donner des subventions pour
encourager la modernisation. Et c’est ce que l’Europe a fait
dans les années 1960. Il faut absolument encourager les pays
émergents à développer la production agricole pour
l’exportation. Il est préférable aussi de suspendre les
subventions des biocarburants puisque ces derniers ne sont
pas bons du point de vue écologique. Tout le monde sait
qu’en Europe, aux Etats-Unis et au Brésil, une grande part
de la production est consacrée au biocarburant. Le 1/4 du
maïs américain y est consacré.
— Une vague de protestations a eu lieu dans beaucoup de
pays, notamment l’Egypte, contre la flambée des prix des
produits alimentaires. Pensez-vous que ce soit le début de
la catastrophe annoncée ?
— Les prix suivront la hausse jusqu’à l’automne. Mais il est
prévu que les prix baissent après la récolte de l’automne
2008 puisque la hausse des prix va inciter à augmenter la
production. Or, cette baisse n’est pas durable. Sur le long
terme, la hausse va continuer et la situation va s’aggraver.
— Cette situation pourrait-elle mener à un changement de
la politique de l’UE et des Etats-Unis sur leurs subventions
agricoles ?
— L’UE a promis de réduire les subventions et de les
supprimer d’ici 2013. Dans les mois qui viennent, avec
l’année électorale aux Etats-Unis, je pense qu’il n’y aura
pas beaucoup de décisions d’ici 2009. Une des solutions
pourrait être d’utiliser une partie des subventions pour
encourager le développement agricole dans les pays en voie
de développement.
Propos recueillis par
Ibtessam
Zayed
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