Iraq.
Avec le renouvellement du contrat de la société de
mercenaires Blackwater, en dépit de ses crimes contre les
civils iraqiens, Washington démontre le peu de cas qu’il
fait de l’humanitaire en Iraq.
La loi du Far West
Malgré
les multiples scandales commis en Iraq, les agents de
l’entreprise privée de sécurité, Blackwater, ne vont pas
quitter le pays. C’est ainsi qu’en a décidé le gouvernement
américain. Leur contrat, qui arrive à expiration le 7 mai
prochain, a été renouvelé pour un an de plus, et sans l’aval
du gouvernement iraqien, parce que le FBI n’a pas encore
publié les conclusions de son enquête sur les violences
commises par ces agents de sécurité. Cette société, qui a
été engagée par le secrétariat d’Etat, a signé un contrat de
cinq ans pour protéger les diplomates américains en dehors
de la zone verte de Bagdad, mais la poursuite du contrat
doit être approuvée chaque année. En renouvelant pour un an
le contrat de cette société de mercenaires, le département
d’Etat a décidé d’ignorer les critiques du gouvernement
iraqien. « Fondamentalement, c’est une décision que nous
sommes les seuls à pouvoir prendre », a déclaré le
porte-parole du département d’Etat, Sean McCormack, en
ajoutant : « Nous sommes très sensibles aux inquiétudes du
gouvernement iraqien mais nous devons faire notre travail.
Nous devons assurer la protection de nos employés ».
La présence des agents de la société Blackwater est
controversée depuis l’implication de certains de ses
employés dans un incident à Bagdad en septembre 2007, au
cours duquel 17 civils iraqiens avaient péri. Des agents de
Blackwater, qui escortaient un convoi diplomatique, avaient
ouvert le feu à un carrefour très fréquenté de Bagdad, tuant
ces 17 civils. La société a depuis régulièrement affirmé que
ses agents n’avaient fait que répliquer après avoir essuyé
des tirs, alors qu’une enquête iraqienne a conclu que le
convoi n’avait même pas reçu un jet de pierre. Accusation
qui a d’ailleurs été soutenue en octobre 2007, par un
rapport du Congrès qui a affirmé en effet que cette société
privée avait été impliquée depuis 2005 dans plus de 200
incidents armés et que dans 85 % des cas, les mercenaires de
Blackwater avaient ouvert le feu les premiers.
L’expert militaire le général Gamal Mazloum explique qu’il
est dans l’intérêt des Américains de maintenir la présence
de ces sociétés privées dans les territoires iraqiens : «
Les Américains profitent très bien de la présence de ces
agents. Ils payent de l’argent à ce genre de sociétés
privées au lieu de perdre un seul de leurs soldats ».
Pour justifier la prolongation du contrat de Blackwater, le
gouvernement américain souligne que l’enquête concernant
cette bavure présumée est en cours. « En fonction du
résultat, nous jugerons s’il faut prolonger notre
collaboration avec Blackwater », a indiqué le secrétaire d’Etat
adjoint chargé de la protection diplomatique.
Un haut représentant du secrétariat d’Etat a déclaré qu’il
n’y avait aucune raison de ne pas prolonger le contrat de
Blackwater quand il arriverait à terme en mai, puisque le
FBI n’avait pas encore rendu ses conclusions sur les causes
de la fusillade à l’origine du drame.
Le secrétaire d’Etat adjoint chargé de la sécurité
diplomatique, Gregory Starr, a indiqué néanmoins que le
contrat pourrait être rompu en fonction du rapport du FBI et
de l’enquête interne du secrétariat d’Etat. Il ignorait
toutefois quand ceux-ci seraient connus.
Le général Mazloum affirme que les Américains ne font que
présenter des prétextes qui n’ont absolument rien de concret
: « Depuis l’incident de septembre, nous avons entendu
parler d’enquêtes et de procès qui n’ont jamais mené à la
moindre décision ou peine. Que des prétentions pour calmer
l’opinion publique. Et voilà que l’affaire s’accentue avec
cette histoire de prolongation de contrat ».
Une affaire gagnante
Selon les spécialistes, c’est suite à ces crimes commis en
Iraq que la société Blackwater a eu la plus grande
célébrité. Pour le général Mazloum, cette société a gagné à
tous les niveaux à travers sa présence en Iraq. « C’est bien
sûr une grande société mais son nom est devenu très répandu
à travers le monde entier suite à ses incidents commis en
Iraq ». Et d’ajouter : « Sans bien sûr compter les gains
financiers ».
Le premier contrat obtenu en Iraq a eu lieu lorsque
l’Autorité provisoire de la coalition, dirigée par Paul
Bremer, a demandé en août 2003 à la société d’assurer la
protection des civils américains envoyés officiellement en
Iraq par le gouvernement. Ce contrat a été obtenu sans appel
d’offres. Moins d’un an plus tard, en juin 2004, Blackwater
a obtenu un contrat, toujours sans appel d’offres, et bien
plus important. Connu sous le nom de Worldwide Personal
Protective Services (WPPS), ce contrat définissait que la
société devait fournir la protection aux citoyens américains
et à certains responsables étrangers de haut rang. Les
termes de ce contrat sont vagues et ne précisaient pas le
type de protection que devait assurer Blackwater, ni le
nombre d’interventions. Le contrat ne pouvait excéder 332
millions de dollars, mais du 14 juin 2004 au 6 juin 2006,
Blackwater a reçu plus de 488 millions de dollars. Le 8 mai
2006, le département d’Etat a passé un nouveau contrat
similaire dans les termes (WPPS II) et incluant cette
fois-ci deux autres sociétés (DynCorp et Triple Canopy). Il
définissait les zones géographiques d’intervention de
chacune des trois sociétés et le montant ne pouvait excéder
1,2 milliard de dollars par entreprise ou 3,6 milliards au
total.
En effet, le meilleur contrat obtenu par Blackwater reste
toutefois celui avec le département d’Etat pour protéger la
sécurité des diplomates et les installations américaines en
Iraq. Depuis 2003 et malgré de nombreux scandales,
Blackwater a reçu des contrats pour 750 millions de dollars,
selon des données officielles fournies par le gouvernement à
Washington. Pour cette somme, les mercenaires ont protégé
les ambassadeurs américains à Bagdad, des diplomates et
officiers d’occupation ainsi que des délégations du Congrès
américain en Iraq.
Malgré les tirs aveugles sur des populations civiles et
l’impréparation des équipées de Blackwater en Iraq dénoncés
par un rapport parlementaire, la société privée continue de
se positionner aux premières loges du marché de la guerre.
Quelle que soit l’issue de cette affaire, Blackwater a déjà
largement profité des contrats gouvernementaux. La société a
en effet engrangé près d’un milliard et demi de dollars
depuis 2004.
Chaimaa Abdel-Hamid