Al-Ahram Hebdo,Dossier | La loi du Far West
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 Semaine du 16 au 22 avril 2008, numéro 710

 

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Dossier

Iraq. Avec le renouvellement du contrat de la société de mercenaires Blackwater, en dépit de ses crimes contre les civils iraqiens, Washington démontre le peu de cas qu’il fait de l’humanitaire en Iraq.

La loi du Far West

Malgré les multiples scandales commis en Iraq, les agents de l’entreprise privée de sécurité, Blackwater, ne vont pas quitter le pays. C’est ainsi qu’en a décidé le gouvernement américain. Leur contrat, qui arrive à expiration le 7 mai prochain, a été renouvelé pour un an de plus, et sans l’aval du gouvernement iraqien, parce que le FBI n’a pas encore publié les conclusions de son enquête sur les violences commises par ces agents de sécurité. Cette société, qui a été engagée par le secrétariat d’Etat, a signé un contrat de cinq ans pour protéger les diplomates américains en dehors de la zone verte de Bagdad, mais la poursuite du contrat doit être approuvée chaque année. En renouvelant pour un an le contrat de cette société de mercenaires, le département d’Etat a décidé d’ignorer les critiques du gouvernement iraqien. « Fondamentalement, c’est une décision que nous sommes les seuls à pouvoir prendre », a déclaré le porte-parole du département d’Etat, Sean McCormack, en ajoutant : « Nous sommes très sensibles aux inquiétudes du gouvernement iraqien mais nous devons faire notre travail. Nous devons assurer la protection de nos employés ».

La présence des agents de la société Blackwater est controversée depuis l’implication de certains de ses employés dans un incident à Bagdad en septembre 2007, au cours duquel 17 civils iraqiens avaient péri. Des agents de Blackwater, qui escortaient un convoi diplomatique, avaient ouvert le feu à un carrefour très fréquenté de Bagdad, tuant ces 17 civils. La société a depuis régulièrement affirmé que ses agents n’avaient fait que répliquer après avoir essuyé des tirs, alors qu’une enquête iraqienne a conclu que le convoi n’avait même pas reçu un jet de pierre. Accusation qui a d’ailleurs été soutenue en octobre 2007, par un rapport du Congrès qui a affirmé en effet que cette société privée avait été impliquée depuis 2005 dans plus de 200 incidents armés et que dans 85 % des cas, les mercenaires de Blackwater avaient ouvert le feu les premiers.

L’expert militaire le général Gamal Mazloum explique qu’il est dans l’intérêt des Américains de maintenir la présence de ces sociétés privées dans les territoires iraqiens : « Les Américains profitent très bien de la présence de ces agents. Ils payent de l’argent à ce genre de sociétés privées au lieu de perdre un seul de leurs soldats ».

Pour justifier la prolongation du contrat de Blackwater, le gouvernement américain souligne que l’enquête concernant cette bavure présumée est en cours. « En fonction du résultat, nous jugerons s’il faut prolonger notre collaboration avec Blackwater », a indiqué le secrétaire d’Etat adjoint chargé de la protection diplomatique.

Un haut représentant du secrétariat d’Etat a déclaré qu’il n’y avait aucune raison de ne pas prolonger le contrat de Blackwater quand il arriverait à terme en mai, puisque le FBI n’avait pas encore rendu ses conclusions sur les causes de la fusillade à l’origine du drame.

Le secrétaire d’Etat adjoint chargé de la sécurité diplomatique, Gregory Starr, a indiqué néanmoins que le contrat pourrait être rompu en fonction du rapport du FBI et de l’enquête interne du secrétariat d’Etat. Il ignorait toutefois quand ceux-ci seraient connus.

Le général Mazloum affirme que les Américains ne font que présenter des prétextes qui n’ont absolument rien de concret : « Depuis l’incident de septembre, nous avons entendu parler d’enquêtes et de procès qui n’ont jamais mené à la moindre décision ou peine. Que des prétentions pour calmer l’opinion publique. Et voilà que l’affaire s’accentue avec cette histoire de prolongation de contrat ».

 

Une affaire gagnante

Selon les spécialistes, c’est suite à ces crimes commis en Iraq que la société Blackwater a eu la plus grande célébrité. Pour le général Mazloum, cette société a gagné à tous les niveaux à travers sa présence en Iraq. « C’est bien sûr une grande société mais son nom est devenu très répandu à travers le monde entier suite à ses incidents commis en Iraq ». Et d’ajouter : « Sans bien sûr compter les gains financiers ».

Le premier contrat obtenu en Iraq a eu lieu lorsque l’Autorité provisoire de la coalition, dirigée par Paul Bremer, a demandé en août 2003 à la société d’assurer la protection des civils américains envoyés officiellement en Iraq par le gouvernement. Ce contrat a été obtenu sans appel d’offres. Moins d’un an plus tard, en juin 2004, Blackwater a obtenu un contrat, toujours sans appel d’offres, et bien plus important. Connu sous le nom de Worldwide Personal Protective Services (WPPS), ce contrat définissait que la société devait fournir la protection aux citoyens américains et à certains responsables étrangers de haut rang. Les termes de ce contrat sont vagues et ne précisaient pas le type de protection que devait assurer Blackwater, ni le nombre d’interventions. Le contrat ne pouvait excéder 332 millions de dollars, mais du 14 juin 2004 au 6 juin 2006, Blackwater a reçu plus de 488 millions de dollars. Le 8 mai 2006, le département d’Etat a passé un nouveau contrat similaire dans les termes (WPPS II) et incluant cette fois-ci deux autres sociétés (DynCorp et Triple Canopy). Il définissait les zones géographiques d’intervention de chacune des trois sociétés et le montant ne pouvait excéder 1,2 milliard de dollars par entreprise ou 3,6 milliards au total.

En effet, le meilleur contrat obtenu par Blackwater reste toutefois celui avec le département d’Etat pour protéger la sécurité des diplomates et les installations américaines en Iraq. Depuis 2003 et malgré de nombreux scandales, Blackwater a reçu des contrats pour 750 millions de dollars, selon des données officielles fournies par le gouvernement à Washington. Pour cette somme, les mercenaires ont protégé les ambassadeurs américains à Bagdad, des diplomates et officiers d’occupation ainsi que des délégations du Congrès américain en Iraq.

Malgré les tirs aveugles sur des populations civiles et l’impréparation des équipées de Blackwater en Iraq dénoncés par un rapport parlementaire, la société privée continue de se positionner aux premières loges du marché de la guerre. Quelle que soit l’issue de cette affaire, Blackwater a déjà largement profité des contrats gouvernementaux. La société a en effet engrangé près d’un milliard et demi de dollars depuis 2004.

Chaimaa Abdel-Hamid

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