Iraq.
Abdel-Ghaffar Choukr,
directeur du Centre des études arabes, estime que seule
l’unité nationale iraqienne mettra fin au drame de ce pays.
Entretien.
« Les Américains n’arrivent plus à tenir
les choses en main »
Al-Ahram Hebdo : Y a-t-il une issue pour les Américains à
l’heure actuelle ?
Abdel-Ghaffar Choukr :
Pour le moment, il n’existe aucune solution permettant
le retrait des forces américaines de l’Iraq. Elles ne
peuvent pas se retirer à présent, car elles seront exposées
à des dangers. Bien au contraire, je crois que dans la
période à venir, le nombre de ces forces va augmenter car
comme je l’ai déjà expliqué, les Américains n’arrivent plus
à tenir les choses en main.
— Est-ce là un manque d’expérience de la part des
Américains ?
— Bien sûr que oui. Il faudrait savoir que les Américains
n’ont pas d’expérience suffisante du monde arabe. C’est
d’ailleurs à cause de cela qu’ils ont transformé l’Iraq en
une mosaïque. Les Etats-Unis sont vraiment dans l’impasse et
ils le savent très bien. Preuve : Il suffit de voir que les
programmes des candidats dans les élections américaines sont
fondamentalement basés sur cette question.
— Une victoire démocrate changerait-elle alors la donne ?
— Cela aura sûrement une influence sur l’état actuel des
choses, mais ne sera pas substantiel. Il est vrai que les
candidats démocrates insistent dans leurs programmes à
mettre fin à la situation mais il reste toujours à savoir
comment. Cela demeure imprécis. Peuvent-ils faire des
pressions sur l’Otan ou bien sur quelques pays arabes pour
intervenir et les remplacer ou même les aider à s’en sortir
? Tout ceci reste difficile à prévoir.
— Mais ne pensez-vous pas plutôt qu’ils tiennent à y
rester pour des raisons stratégiques ?
— Ils sont obligés d’y rester, mais il n’y a pas de doute
qu’ils ont des intérêts stratégiques dans ce pays. A cet
égard, il y a trois points fondamentaux. Tout d’abord, les
Américains ne manqueront pas d’épuiser le pétrole iraqien et
c’est l’un des produits stratégiques les plus importants
dont dépend toute évolution dans ce pays. Ensuite,
l’Amérique se trouve à présent au voisinage de l’Iran,
si elle se retire maintenant, et en pleine déchirure,
l’influence iranienne augmentera en Iraq. Chose que les
Américains ne veulent pas. Et enfin, en cas de retrait
américain, Israël sera en danger car il devra faire face à
l’Iran et à la Syrie, ce qui mènera à des développements
périlleux. Ces facteurs expliquent les dangers et les pertes
auxquels les Etats-Unis seront exposés en cas de départ de
l’Iraq.
— Les Etats-Unis ont appelé dernièrement les Etats arabes
à prendre position vis-à-vis de la crise iraqienne. Cette
invitation est-elle réaliste ?
— Non, pas du tout et bien au contraire, elle est loin de
tout réalisme. Les Etats arabes ne peuvent jouer aucun rôle
positif vis-à-vis des Iraqiens. Ils n’ont même pas pu se
faire représenter par des ambassadeurs. Les Arabes sont
négatifs et le resteront. S’ils avaient l’intention de faire
quelque chose, ils l’auraient fait depuis longtemps.
— Donc il n’y a pas moyen pour l’Iraq de s’en sortir ?
— Le seul et unique moyen pour l’Iraq c’est l’union des
Iraqiens. Et qu’ils poursuivent leur résistance face aux
Américains. Il est vrai que dans les conditions actuelles,
il est difficile de parler d’une union iraqienne, mais ceci
n’est pas impossible. Si quelques partis adoptent une
position déterminée, ils pourront élargir les zones de leur
résistance et triompher de la domination américaine.
Propos recueillis par
Chaimaa Abdel-Hamid