Al-Ahram Hebdo, Arts | Lotfi Abou-Saryia, « Je refuse parfois la réalité, mais discrètement »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 16 au 22 avril 2008, numéro 710

 

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Arts

Peinture. Installé en Belgique, l’Egyptien Lotfi Abou-Saryia, 66 ans, a pris part à la première exposition du Cercle des Artistes Sans Frontières du centre culturel d’Affligem de Hekelgem, au nord-ouest de Bruxelles.  

« Je refuse parfois la réalité, mais discrètement » 

Al-Ahram Hebdo : Lors du vernissage de l’exposition, l’égyptologue Roland Tefnin a décrit votre peinture comme « un parfait équilibre entre une exposition forte — l’expression puissante des formes, des couleurs … et un message qui se découvre peu à peu lequel est distillé subtilement ». Cela résume-t-il vraiment votre travail ?

— Roland Tefnin est un ami depuis 28 ans, il s’intéresse à la peinture antique de la XVIIIe dynastie en Egypte. C’est lui qui réussit le mieux à décrire mon état d’âme et déchiffrer mes symboles. Il interprète les métaphores qui règnent sur mes sujets, même ceux qui s’intègrent à mes soucis concernant l’Egypte actuelle.

Pourquoi la Nubie se taille-t-elle la part du lion dans cette exposition ?

— J’ai visité la Nubie en 1964 avant de commencer mon projet de fin d’études aux beaux-arts de Zamalek. Cette visite a bouleversé ma vie et m’a incité à changer de sujet. J’ai effectué un projet sur « l’immigration nubienne », et depuis, la Nubie est gravée dans ma mémoire. Mes dernières peintures s’inspirent plutôt d’Al-Gournah, aux environs de Louqsor. Mais l’Europe et la Belgique font aussi partie de mon travail. Par exemple, le fait d’y être installé a changé ma façon de traiter la couleur. Car en Egypte, nous avons des paysages harmonieux écrasés par le soleil sans beaucoup de contraste tandis qu’en Europe, on voit la nature avec ses variations de couleurs vives. Alors, j’ai gardé ma culture d’origine en ce qui concerne les sujets et j’ai acquis un effet de contraste et de clarté émanent de l’Europe.

Vous percevez-vous que du positif ou nostalgique dans votre Egypte, comme le joueur de qanoun ou le fan de football ?

— Cette fois, je n’ai pas voulu illustrer les aspects négatifs. Mais dans des expositions précédentes, j’ai évoqué subtilement l’explosion démographique, les conditions de la femme, le gaspillage du pain … Je refuse parfois la réalité, mais discrètement. Comme avec la guerre d’Iraq que j’ai traduite sans soldats ni gadgets militaires. J’ai peint plutôt une femme brune portant un pigeon mort, et à sa droite, il y avait les symboles de la civilisation ruinée.

Les cheveux de la femme sont-ils porteurs d’idées chez vous ?

— Pour moi, la femme c’est la patrie (protection, maternité, tendresse ...). Il y a tout dans les cheveux protégeant souvent la tête et la surpassant en dimension. Les cheveux peuvent revêtir plusieurs formes et volumes.

En fonction de quoi variez-vous les techniques, passant de la peinture à l’huile à la gouache ou aux miniatures sur papyrus ?

— Il y a des sujets qui imposent la matière utilisée. Par exemple, pour faire une composition complexe à propos de la guerre ou d’une civilisation donnée, l’on se sent obligé de recourir aux grands formats, à l’huile ou à la gouache.

Pourquoi avoir formé le cercle des Artistes Sans Frontières ?

— L’objectif du Cercle des Artistes Sans Frontières, fondé en 2007, est de faire partager l’art et l’histoire culturelle de chacun des artistes. Cela permet aussi de créer un lien entre les milieux artistiques internationaux. D’ailleurs, au mois de novembre prochain, les membres du Cercle exposeront au Caire, outre une deuxième exposition que je tiendrai moi-même sur Gournah, au Centre égyptien de culture et de coopération.

Dina Ibrahim

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