Peinture.
Installé en Belgique, l’Egyptien
Lotfi Abou-Saryia, 66 ans, a pris part à la première
exposition du Cercle des Artistes Sans Frontières du centre
culturel d’Affligem de Hekelgem, au nord-ouest de Bruxelles.
« Je refuse parfois la réalité, mais discrètement »
Al-Ahram
Hebdo : Lors du vernissage de l’exposition, l’égyptologue
Roland Tefnin a décrit votre peinture comme « un parfait
équilibre entre une exposition forte — l’expression
puissante des formes, des couleurs … et un message qui se
découvre peu à peu lequel est distillé subtilement ». Cela
résume-t-il vraiment votre travail ?
— Roland Tefnin est un ami depuis 28 ans, il s’intéresse à
la peinture antique de la XVIIIe dynastie en Egypte. C’est
lui qui réussit le mieux à décrire mon état d’âme et
déchiffrer mes symboles. Il interprète les métaphores qui
règnent sur mes sujets, même ceux qui s’intègrent à mes
soucis concernant l’Egypte actuelle.
— Pourquoi la Nubie se taille-t-elle la part du lion dans
cette exposition ?
— J’ai visité la Nubie en 1964 avant de commencer mon projet
de fin d’études aux beaux-arts de Zamalek. Cette visite a
bouleversé ma vie et m’a incité à changer de sujet. J’ai
effectué un projet sur « l’immigration nubienne », et
depuis, la Nubie est gravée dans ma mémoire. Mes dernières
peintures s’inspirent plutôt d’Al-Gournah, aux environs de
Louqsor. Mais l’Europe et la Belgique font aussi partie de
mon travail. Par exemple, le fait d’y être installé a changé
ma façon de traiter la couleur. Car en Egypte, nous avons
des paysages harmonieux écrasés par le soleil sans beaucoup
de contraste tandis qu’en Europe, on voit la nature avec ses
variations de couleurs vives. Alors, j’ai gardé ma culture
d’origine en ce qui concerne les sujets et j’ai acquis un
effet de contraste et de clarté émanent de l’Europe.
— Vous percevez-vous que du positif ou nostalgique dans
votre Egypte, comme le joueur de
qanoun ou le fan de football ?
— Cette fois, je n’ai pas voulu illustrer les aspects
négatifs. Mais dans des expositions précédentes, j’ai évoqué
subtilement l’explosion démographique, les conditions de la
femme, le gaspillage du pain … Je refuse parfois la réalité,
mais discrètement. Comme avec la guerre d’Iraq que j’ai
traduite sans soldats ni gadgets militaires. J’ai peint
plutôt une femme brune portant un pigeon mort, et à sa
droite, il y avait les symboles de la civilisation ruinée.
— Les cheveux de la femme sont-ils porteurs d’idées chez
vous ?
— Pour moi, la femme c’est la patrie (protection, maternité,
tendresse ...). Il y a tout dans les cheveux protégeant
souvent la tête et la surpassant en dimension. Les cheveux
peuvent revêtir plusieurs formes et volumes.
— En fonction de quoi variez-vous les techniques, passant
de la peinture à l’huile à la gouache ou aux miniatures sur
papyrus ?
— Il y a des sujets qui imposent la matière utilisée. Par
exemple, pour faire une composition complexe à propos de la
guerre ou d’une civilisation donnée, l’on se sent obligé de
recourir aux grands formats, à l’huile ou à la gouache.
— Pourquoi avoir formé le cercle des Artistes Sans
Frontières ?
— L’objectif du Cercle des Artistes Sans Frontières, fondé
en 2007, est de faire partager l’art et l’histoire
culturelle de chacun des artistes. Cela permet aussi de
créer un lien entre les milieux artistiques internationaux.
D’ailleurs, au mois de novembre prochain, les membres du
Cercle exposeront au Caire, outre une deuxième exposition
que je tiendrai moi-même sur Gournah, au Centre égyptien de
culture et de coopération.
Dina
Ibrahim