Evénement.
Une nouvelle galerie, Massar, accueillera bientôt son public
à Zamalek, témoignant du resplendissement du marché.
Emporter l’art dans son orbite
Les
murs blancs, immaculés, de la galerie Massar (trajectoire)
sont prêts à recevoir les œuvres d’art. Ce nouvel espace,
qui ouvrira prochainement ses portes dans le quartier huppé
de Zamalek, se situe dans un immeuble, style anglais, des
années 1920, lequel porte fièrement le nom de son architecte
à la renommée internationale. Au premier étage du 157 B
Behler’s Mansion, une sculpture de Saïd Al-Sadr vous
accueille, à l’entrée d’un appartement discret. Encore une
galerie qui s’ajoute à ces autres datant en gros depuis une
dizaine ou quinzaine d’années, lesquelles font de Zalamek
une île vibrante. Avec ses librairies, fleuristes et
théâtres, le quartier rivalise avec le centre-ville
autrefois cosmopolite, un autre noyau dur de la culture
abritant plusieurs galeries d’art contemporain.
Une belle affaire ? Une aventure dans un monde soumis à
l’irrationnel ? Le marché de l’art peut paraître déroutant
aux non-initiés, mais pour Walid Abdel-Khaleq, propriétaire
de la nouvelle galerie, il fallait bien franchir le pas.
C’est le moment opportun d’y investir, dit le art dealer
connaissant le marché comme sa poche. « J’avais installé en
2002 une autre galerie sur rendez-vous, Art arena à
Mohandessine, œuvrant surtout avec les collectionneurs. A
l’époque, je me suis dit que dans cinq ans j’ouvrirai une
galerie destinée à un public plus large. Et me voilà ».
Le marché arabe jusqu’ici provincial ou local entre dans
l’ère du marché de l’art globalisé, difficile pour les
galeristes d’ignorer cet état de fait.
Plus
encore, la région du Golfe est en passe de devenir un des
lieux les plus actifs du marché international de l’art ; les
prix enregistrés ces dernières années dans les salles de
vente donnent le tournis. De quoi avoir sans doute un impact
sur le marché égyptien, l’un des plus anciens du monde arabe.
Car Le Caire a très tôt suivi l’évolution en Europe,
inaugurant déjà en 1908 une première école des beaux-arts.
Ses diplômés n’ont pas tardé à devenir les pionniers de
l’art plastique en cette partie du monde. Walid Abdel-Khaleq,
qui a fait ses études aux beaux-arts d’Alexandrie dans les
années 1980 (section design d’intérieur), en est tout à fait
conscient. Pourtant, il n’a pas tendance à établir des
comparaisons ni à se lancer dans une catégorisation du
marché avec sa bourgeoisie, sa plèbe, sa pègre, ses lois et
ses mandarins. Il préfère confirmer à tout bout de champ que
c’est l’artiste qui choisit où exposer et que l’on n’a pas
en Egypte de véritables contrats d’exclusivité. En revanche,
ce qu’il peut offrir, c’est un assez bon niveau de
professionnalisme, ayant accumulé les expériences durant les
années passées où il a organisé des expositions et vendu des
tableaux partout dans le monde. « Je veux surtout accroître
le nombre de collectionneurs, ciblant entre autres les
jeunes acheteurs. De coutume, les collectionneurs commencent
par s’approprier les œuvres d’artistes des première et
deuxième générations, ensuite ils passent à d’autres. Massar
est censé exposer des œuvres d’artistes de la deuxième
génération ayant actuellement entre 60 et 80 ans, puis
s’étendre à ceux qui ont 50, 40, 30 et 20 ans ». Débusquer
les nouveaux talents en comptant sur le mécénat d’acteurs
privés ? Il est peut-être assez hâtif d’en parler, mais cela
viendra. Avec cinq halls d’expositions et deux espaces pour
les petits formats, la galerie a encore toute une
trajectoire à suivre.
Dalia
Chams