Exposition.
A travers ses sculptures de bronze, Al-Sayed Abdou Sélim
opère un voyage métaphysique et mythique, axé autour de
l’homme.
Anges et démons de l’univers
A
l’entrée de la galerie Ebdaa, trois petites sculptures en
bronze accueillent les visiteurs. Sur les étiquettes est
inscrit respectivement : Désir, Maternité et le Nil. Ce
n’est qu’une petite introduction au style d’Al-Sayed Abdou
Sélim.
La première œuvre montre un homme et une femme en
copulation. Le corps de l’homme se rapproche d’un corps «
mythique » à qui l’amour a donné des ailes. Dans Maternité,
le corps féminin est représenté en bronze doré en des
proportions surréalistes. Un visage, une poitrine généreuse
et un corps menu avec des reliefs symbolisant un nouveau-né.
Quant au Nil, il est aussi en bronze, mais de couleur
indigo. Abdou Sélim mêle le corps humain à l’animal et à la
légende pharaonique dans une même statue. Les jambes d’un
être humain sont porteuses de rectangles symbolisant à la
fois le mouvement de l’eau, un crocodile et Nut, la déesse
pharaonique du ciel.
Maître incontesté du bronze, Al-Sayed Abdou Sélim est
toujours préoccupé par l’être humain. Le corps est toujours
présent dans ses sculptures. Un portrait, une partie du
corps, des jambes, un torse, etc. Pourtant, ces formes sont
souvent associées à la métaphysique, révélant plutôt un
imaginaire surréaliste. Une vingtaine de sculptures
réalisées à partir des années 1980 sillonnent l’univers de
l’artiste.
L’homme, son rapport avec le bien et le mal, figure dans une
trilogie significative. La tête de l’homme est partagée, à
l’intérieur de laquelle on retrouve un ange au volant en
train de conduire une voiture. C’est le bien. Une deuxième
sculpture, ayant la même structure, représente le mal. Le
sculpteur puise dans sa mémoire enfantine et reprend l’image
stéréotypée du diable ou du monstre : une créature sombre
avec des cornes. Une troisième œuvre témoigne du conflit
existant entre le bien et le mal, avec ange et démon au
volant.
Le corps de la femme est souvent symbole de maternité,
tendresse, beauté et sensualité. Une sculpture intitulée
Ballet condense le mouvement assez fin des danseuses à
travers plusieurs jambes associées entre elles. Dans Torse
et fleurs, vendeuse des fruits, Deux torses, Couchée, les
lignes et les rondeurs accentuent l’aspect féminin. Les
proportions utilisées, les motifs végétal ou animal, les
formes abstraites allient le réel à l’imaginaire.
La vie et le temps constituent un cycle infini. C’est un jeu
qui ne s’achève jamais et auquel Abdou Sélim s’adonne. 8
paires de jambes marchent dans un cercle autour de la Terre,
constituant La roue du temps. Sélim évoque la vie de l’homme
sur terre et sa perpétuelle course contre la montre. Encore
une fois, on retrouve la même idée dans Le jeu des temps :
une paire de jambes porte une surface circulaire qui
ressemble à un échiquier avec plusieurs motifs humains. Les
gens ne sont-ils pas les pions d’une partie d’échec ? « Les
jambes utilisées sont souvent un signe qui connote la
stabilité et l’équilibre de l’homme. Elles le lient
directement à la terre », souligne Abdou Sélim qui reprend
la stabilité structurale de l’art pharaonique.
A travers les œuvres exposées, le sculpteur révèle sa
dimension surréaliste, puisant dans l’égyptien, le réel, le
populaire, l’enfantin et l’humain.
May
Sélim