Danse.
Le Lac des Cygnes, joyau du répertoire de la musique
classique, sera donné par l’Académie de ballet et théâtre du
Bolchoï de Biélorussie, à l’Opéra du Caire et d’Alexandrie.
Le ballet des métamorphoses
Odette,
jeune princesse qui, pour avoir refusé la main d’un puissant
sorcier, se voit jeter un sort. Celle-ci se transforme en
cygne le jour et retrouve son aspect humain la nuit. Ce
maléfice doit empêcher quiconque de tomber amoureux d’elle.
Découvrant le secret de la princesse, lors d’une rencontre
au bord du lac, le prince Siegfried tombe éperdument
amoureux et jure de la délivrer de son sortilège. Ce conte
de fée que raconte le ballet Le Lac des Cygnes a inspiré au
compositeur russe Tchaïkovski l’un de ses chefs-d’œuvre
immortels. Car sa musique, trop novatrice pour être
appréciée à sa juste valeur à la fin du XIXe siècle, reste
une motivation majeure pour de multiples chorégraphes.
Sujet à des métamorphoses chorégraphiques successives, la
version classique du Lac des Cygnes qui sera donnée au Caire
et à Alexandrie, par le Bolchoï de Biélorussie, sous la
direction artistique de Valenti Yelizariev (depuis 1973),
est le résultat d’un travail chorégraphique analogue et
successif des Russes Alexander Gorsky (1871-1924) et Asaf
Messerer (1903-1992). Tous les deux se sont en effet
inspirés de la version originale des chorégraphes français
et russe Marius Petipa (1822-1910) et Lev Ivanov
(1834-1901).
Créé en 1877, au théâtre du Bolchoï de Moscou, le ballet
néo-romantique Le Lac des Cygnes a vu le jour sous de
mauvais auspices, à cause d’une chorégraphie « insignifiante
» de Julius Reisinger. Il a fallu attendre alors
l’intervention des chorégraphes Petipa et Ivanov pour que ce
ballet remanié en 1895 au théâtre Mariinski de
Saint-Pétersbourg puisse atteindre la notoriété qu’on lui
connaît aujourd’hui.
Malheureusement, à l’époque, le public, peu habitué à une
musique si « symphonique » pour les ballets, ne comprit pas
la richesse de la partition de Tchaïkovski. Pour Petipa,
comme c’était écrit dans ses Mémoires, il était impossible
d’admettre que la musique de Tchaïkovski fut mauvaise. A son
sens, les problèmes de l’œuvre ne pouvaient venir que de la
mise en scène et de la chorégraphie. Il raconte en effet
avoir pris en charge de modifier la chorégraphie du ballet,
avec une nouvelle partition, riche en tensions dramatiques,
par le chef d’orchestre italien Riccardo Drigo (1846-1930)
du Théâtre Mariinsky. Avec Petipa, Le Lac des Cygnes a
réussi à remédier au problème d’accord entre symphonie et
action, dans un ballet qui harmonise musique à chorégraphie,
basée essentiellement sur le sens de « la beauté des
ballerines russes, incarnées dans la peau des cygnes ».
Suivant les mêmes démarches de leurs maîtres, Alexander
Gorsky et Asaf Messerer, qui ont introduit leurs propres
projections sur l’histoire du ballet, ont préféré préserver
à la fin du Lac des Cygnes son côté optimiste, telle la
version originelle de Petipa et Ivanov, que son côté
pessimiste, traité dans d’autres versions. Ils ont alors
opté pour une fin où l’amour de Siegfried et Odette triomphe
de la trahison. Une manière de développer l’art de
l’intrigue romantique, par une chorégraphie qui alterne le
grand ballet, autour d’une distribution nombreuse, forte,
symétrique et expressive, où la virtuosité des figurants met
en valeur des solistes brillants.
Leur chorégraphie qui fixe le déroulement des « pas de deux
» et porte davantage d’attention à la prima ballerina,
notamment durant le grand pas de l’Acte III en improvisant
trente-deux fouettés en tournant. C’est l’une des
caractéristiques de la chorégraphie géniale de Petipa, qui
demeure depuis lors dans toutes les chorégraphies classiques
du Lac des Cygnes.
Conforme à la structure du ballet romantique, les 4 actes
qui seront présentés alternent le réel, « divertissement
coloré » (actes I et III), et l’imaginaire constitué par le
lac blanc (actes II et IV).Ce ballet romantique constitue
encore aujourd’hui la base du répertoire des grandes
compagnies classiques du monde.
Névine
Lameï