Al-Ahram Hebdo, Arts | Dans le vif du sujet 
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 Semaine du 16 au 22 avril 2008, numéro 710

 

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Arts

Cinéma. Le 4e Festival international du film oriental de Genève (7-13 avril) a fait le choix de productions explorant sans détours les réalités sociales du monde arabe.

Dans le vif du sujet  

Sa vocation va se bonifiant d’une année à l’autre : faire croiser itinéraires et œuvres de réalisateurs arabes et orientaux qui ont rarement la chance d’atteindre l’Europe. Tout en explorant les sociétés orientales dans leur diversité et interroger les frontières entre Orient et Occident. « Ces frontières signifient pour nous zone de contact et de découverte de l’Autre », précise Hasni Abidi, politologue et spécialiste du monde arabe et du Maghreb, ainsi que président du Festival international du film oriental de Genève qui s’est déroulé du 7 au 13 avril.

Œuvrant pour le développement, la diversité culturelle et le dialogue intercivilisationnel, ce festival a offert pour sa 4e édition la découverte d’une quarantaine de films, représentatifs d’une production de qualité, à l’image du libanais Caramel de Nadine Labaki, sur des femmes qui traînent spleen et espoir dans un Liban post-guerre, et de l’égyptien Dounia de Jocelyn Saab, sur les efforts d’une danseuse de se détacher de la mémoire de l’excision qui étouffe son énergie. Toutefois, une polarisation sur le regard des femmes arabes sur leurs sociétés s’est illustrée notamment avec le film Deux femmes sur la route (2007) de la Marocaine Farida Barquia. Dans le style road movie, offrant une variation sur le thème du film Thelma et Louise de l’Américain Ridley Scott, l’intrigue porte sur Amina qui tente de rejoindre le Nord, où son mari est emprisonné pour une affaire de drogue. La panne mécanique de son véhicule lui permet de rencontrer Lalla Rahma qui doit également se rendre au Nord pour s’assurer que son fils n’est pas mort en franchissant le détroit de Gibraltar. Le film se veut un regard drôle, mais sans complaisance sur le Maroc moderne. Les deux femmes libérées du joug des préjugés retrouvent un dynamisme et une énergie à envier et se lancent dans la critique de leur société clivée entre tradition et modernité, révélant les fléaux économiques responsables du chômage, de la déviation et de l’émigration de la population. Par ailleurs, la réalisatrice réputée pour ses séries à succès produites pour la RTM (Radio-Télévision Marocaine) entend ainsi inscrire le film dans un débat sur les difficultés de la vie moderne et l’émigration. Un colloque a été tenu en parallèle à la projection du film sur le thème de l’émigration, de l’intégration et de la sécurité internationale à l’Institut des hautes études internationales et du développement de Genève. 

Combat des cinéastes algériens

D’autre part, soucieux de se donner chaque année un invité d’honneur, le festival a accueilli cette année l’Algérie, réservant l’ouverture et la clôture à deux de ses films phares : Ça tourne à Alger (2007) de Salim Aggar et Ayrouwen (il était une fois, 2007) de Brahim Tsaki. Ça tourne à Alger, réalisé par le journaliste Aggar, montre le parcours cinématographique de 4 cinéastes algériens auteurs de longs métrages en dépit des conditions extrêmement dangereuses, durant la tragédie nationale de 1992 à 2004. Afin de découvrir les difficultés, les réalités et le drame du cinéma algérien des années quatre-vingt-dix, le réalisateur rencontre 3 auteurs : Malik Lakhdar Hamina (L’Automne, octobre à Alger), Belkacem Hadjaj (Machao) et Yamina Bachir Chouikh (Rachida). Des comédiens témoignent aussi du tournage d’un film au titre prémonitoire, Le papillon ne volera pas de Ali Temkhi, assassiné en 1997. Un des épisodes poignants de ce documentaire est la version des faits que livre Malik lakhdar Hamina sur le tournage de son film L’Automne, octobre à Alger. Il dévoile les conditions dans lesquelles il a filmé la manifestation menée par l’ex-FIS vers la présidence en janvier 1992. Les cameramen craignant la menace des islamistes ont refusé de filmer leur marche. Mais dès le lendemain, l’illustre Lakhdar Hamina, père de Malik, résidant en France, s’est rendu en place pour couvrir l’événement. Ça tourne à Alger a rencontré un succès retentissant lors de sa projection au festival, alors qu’il est à ce jour interdit de diffusion en Algérie. Le réalisateur qui l’a financé sur son propre salaire de journaliste entend persévérer dans cette veine pour rendre hommage au combat des cinéastes algériens de tourner dans des conditions difficiles dans un pays où la production cinématographique décline depuis nombre d’années.

Quant à Ayrouwen de Brahim Tsaki, projeté à la clôture, il fut un des moments les plus poétiques du festival. Le film, présenté en première suisse, raconte l’histoire d’amour entre Amayas, un targui, et une Française sur fond de problèmes générés par la mondialisation et chamboulant la vie des petites gens. Le réalisateur met sous les projecteurs des personnages que le destin fait se rencontrer dans le Sahara, cet immense désert où les vraies valeurs humaines sont mises à nu. Les personnages vont vivre une histoire poignante et tragique. Le film s’inscrit dans l’effort du festival de faire croiser les regards Nord-Sud. Au-delà de cette histoire de deux amours impossibles, c’est en fait toute la problématique de l’injustice et des différences du rapport Nord-Sud (pays riches et développés et pays luttant pour leur développement) qui se dessine en filigrane. Ayrouwen est le genre de film de Sud qui, loin de répondre à une certaine attente des publics du Nord faite d’exotisme et de voyeurisme, a interpellé leur conscience. Le réalisateur a réussi à porter un regard empli de sensibilité sur le problème de l’absence de communication entre Nord et Sud dont il a su mettre en exergue toutes les dimensions idéologiques et humaines.

 

Arabes post-11 septembre

Le festival a pallié aussi l’ignorance répandue sur l’islam et les musulmans en programmant le film américain American East de Hesham Issawi, qui dresse un portrait positif des Arabes à travers l’histoire de l’un d’entre eux qui possède un café en copropriété avec un ami juif aux Etats-Unis. L’implication des personnages dans une activité utile à la communauté améliore la perception des Arabes dont l’image a été altérée après les attentats du 11 septembre 2001. Tony Shalhoub, acteur libanais, protagoniste du film, réputé pour sa prestation comique dans la série américaine Monk, prisée du public, se dit heureux de faire partie du cast du film, brisant enfin la chaîne frustrante de rôles de terroristes que Hollywood attribue aux acteurs arabes. « Nous ne devons pas nous attendre à ce que les représentations des Arabes soient modifiées dans l’immédiat. Cela arrivera lorsque nous aurons manifesté notre confiance dans notre aptitude et notre disposition naturelle à contribuer au bien-être d’autrui », décrète Shalhoub.

Ainsi, le festival a su dessiner la vitalité d’une scène cinématographique, où l’intensité du rapport à l’autre dans des histoires contemporaines rapproche les sensibilités des publics autour d’enjeux les concernant.

Amina Hassan

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