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 Semaine du 16 au 22 avril 2008, numéro 710

 

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Afrique
 

Echos économiques

Ressources hydrauliques importantes et pénuries d’eau

Il y a un peu plus d’un an, le 22 mars 2007 exactement, alors que les Nations-Unies célébraient la Journée mondiale de l’eau sur le thème « Faire face à la pénurie d’eau », Jacques Diouf, directeur général de l’Organisation des Nations-Unies pour l’agriculture et l’alimentation, la FAO, faisait part de ses inquiétudes sur la pénurie d’eau qui touche tous les continents et plus de 40 % de la population du globe. Bien que la planète ait suffisamment d’eau pour approvisionner ses habitants, une répartition inégale a des effets dévastateurs. Cependant, la baisse généralisée des ressources du fait des changements climatiques, de la mauvaise gestion, du gaspillage et de la pollution, fait peser une menace directe sur l’accès à l’eau et sur l’alimentation dans les pays du Sud. Déjà, dès les années 1990, Malin Falkenmark, un des experts mondiaux de l’eau, avait prédit qu’en 2025, trois milliards de personnes « habiteront dans des pays sujets à des contraintes hydriques ou éprouvant une pénurie chronique d’eau » et neuf de ces pays se trouvent sur le continent africain.

Ces neuf pays ne disposent pas des 1 000 m3 d’eau par habitant/par an nécessaires pour non seulement le développement mais aussi pour la survie. Aujourd’hui, les experts reconnaissent que si pour les pays riverains du Bassin du Nil, du Bassin du Niger, du Bassin du Congo et du Bassin du Zambèze, ces fleuves sont synonymes de vie et si leur potentiel en termes d’hydroélectricité, de pêche, de tourisme, de navigation, et d’irrigation est gigantesque, les problèmes qui les assaillent le sont aussi. En effet, accroissement démographique, urbanisation rapide, conflits, pollution et changements dans les modes de vie ont conduit à une demande croissante en eau potable.

Pourtant, selon les experts, l’eau ne fait pas défaut en Afrique. Pour ces derniers, l’idée selon laquelle l’Afrique manque d’eau serait erronée. Le problème de l’Afrique, surtout sub-saharienne, est qu’elle ne maîtrise pas l’exploitation de l’eau. C’est en effet la gestion de l’eau, c’est-à-dire l’organisation, l’exploitation et la sous-exploitation, ainsi que la distribution, qui pose problème. La gestion de l’eau implique aussi la conservation et la lutte contre le gaspillage et contre la pollution, et appelle à l’assainissement des eaux usées. Certains pays africains utilisent les ressources d’eau dites non-conventionnelles comme les eaux de drainage (opération consistant à faciliter l’écoulement de l’eau retenue en excès dans les terres trop humides) pour irriguer les cultures. En Namibie, en Afrique du Sud et au Zimbabwe, les eaux usées sont de plus en plus recyclées puis réutilisées pour les cultures agricoles. Au Kenya et au Ghana, cette méthode est aussi pratiquée, surtout dans les zones périurbaines, par les paysans pauvres pour irriguer leurs champs. En Afrique du Nord, des méthodes coûteuses sont développées pour irriguer les cultures, comme en Libye, où l’utilisation des eaux souterraines fossiles a nécessité de profonds forages et de lourds moyens techniques. Selon la FAO, l’une des raisons de cette sous-exploitation est que les bailleurs de fonds sont réticents à investir dans les projets d’irrigation. Cette réticence s’explique par le fait que les Africains ne s’appuient pas en priorité sur les infrastructures modernes pour leurs activités agricoles. La grande majorité des agriculteurs africains privilégient en priorité les cultures qui poussent très bien avec l’eau de pluie, comme les céréales. Mais les plus menacés concernant la pénurie d’eau sont les pays africains les plus industrialisés, comme l’Egypte, l’Afrique du Sud, le Nigeria et à un certain degré le Sénégal et le Kenya, qui exploitent au maximum leurs ressources d’eaux, au risque de les épuiser.

Créée en 2004 et administrée par la Banque Africaine de Développement (BAD), la Facilité Africaine de l’Eau (FAE) est une initiative dirigée par le Conseil des ministres africains chargés de l’eau, ayant pour objectif de développer la capacité du continent africain à mettre à profit les sources de financement existantes et futures de même que l’utilisation de ces ressources d’une manière plus rationnelle. Profitant de la première Semaine africaine de l’eau (fin mars 2008), la FAE a annoncé qu’elle aurait besoin de 200 millions de dollars pour assurer le financement de ses activités pour la période 2008-2010. Actuellement, les bailleurs de fonds soutenant la Facilité africaine de l’eau sont la France, la Commission européenne, le Canada, la Suède, le Danemark, la Norvège et l’Autriche.

Alors que le NEPAD (Nouveau Partenariat économique pour le développement de l’Afrique) a identifié l’agriculture comme secteur prioritaire pour le continent, l’organisation régionale a aussi fait de la maîtrise de l’eau le premier pilier du développement de son Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine (PDDAA), et estime qu’il sera nécessaire d’injecter annuellement environ 2 milliards de dollars. Préparé avec le concours de la FAO, le programme intégré du PDDAA prévoit des investissements de plus de 250 milliards de dollars entre 2002 et 2015, dont 70 milliards qui devraient être dégagés pour les systèmes d’aménagement durable des terres et de maîtrise de l’eau.

Selon le directeur de la FAE, « l’organisation de la Semaine africaine de l’eau et la tenue du prochain Sommet spécial de l’Union africaine sur les questions de l’eau sont des signes positifs d’une prise de conscience de l’importance de l’accès à l’eau par les dirigeants africains ».

 

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