Echos
économiques
Ressources hydrauliques importantes et pénuries d’eau
Il y a un peu plus d’un an, le 22 mars 2007 exactement,
alors que les Nations-Unies célébraient la Journée mondiale
de l’eau sur le thème « Faire face à la pénurie d’eau »,
Jacques Diouf, directeur général de l’Organisation des
Nations-Unies pour l’agriculture et l’alimentation, la FAO,
faisait part de ses inquiétudes sur la pénurie d’eau qui
touche tous les continents et plus de 40 % de la population
du globe. Bien que la planète ait suffisamment d’eau pour
approvisionner ses habitants, une répartition inégale a des
effets dévastateurs. Cependant, la baisse généralisée des
ressources du fait des changements climatiques, de la
mauvaise gestion, du gaspillage et de la pollution, fait
peser une menace directe sur l’accès à l’eau et sur
l’alimentation dans les pays du Sud. Déjà, dès les années
1990, Malin Falkenmark, un des experts mondiaux de l’eau,
avait prédit qu’en 2025, trois milliards de personnes «
habiteront dans des pays sujets à des contraintes hydriques
ou éprouvant une pénurie chronique d’eau » et neuf de ces
pays se trouvent sur le continent africain.
Ces neuf pays ne disposent pas des 1 000 m3 d’eau par
habitant/par an nécessaires pour non seulement le
développement mais aussi pour la survie. Aujourd’hui, les
experts reconnaissent que si pour les pays riverains du
Bassin du Nil, du Bassin du Niger, du Bassin du Congo et du
Bassin du Zambèze, ces fleuves sont synonymes de vie et si
leur potentiel en termes d’hydroélectricité, de pêche, de
tourisme, de navigation, et d’irrigation est gigantesque,
les problèmes qui les assaillent le sont aussi. En effet,
accroissement démographique, urbanisation rapide, conflits,
pollution et changements dans les modes de vie ont conduit à
une demande croissante en eau potable.
Pourtant, selon les experts, l’eau ne fait pas défaut en
Afrique. Pour ces derniers, l’idée selon laquelle l’Afrique
manque d’eau serait erronée. Le problème de l’Afrique,
surtout sub-saharienne, est qu’elle ne maîtrise pas
l’exploitation de l’eau. C’est en effet la gestion de l’eau,
c’est-à-dire l’organisation, l’exploitation et la
sous-exploitation, ainsi que la distribution, qui pose
problème. La gestion de l’eau implique aussi la conservation
et la lutte contre le gaspillage et contre la pollution, et
appelle à l’assainissement des eaux usées. Certains pays
africains utilisent les ressources d’eau dites
non-conventionnelles comme les eaux de drainage (opération
consistant à faciliter l’écoulement de l’eau retenue en
excès dans les terres trop humides) pour irriguer les
cultures.
En
Namibie, en Afrique du Sud et au Zimbabwe, les eaux usées
sont de plus en plus recyclées puis réutilisées pour les
cultures agricoles. Au Kenya et au Ghana, cette méthode est
aussi pratiquée, surtout dans les zones périurbaines, par
les paysans pauvres pour irriguer leurs champs. En Afrique
du Nord, des méthodes coûteuses sont développées pour
irriguer les cultures, comme en Libye, où l’utilisation des
eaux souterraines fossiles a nécessité de profonds forages
et de lourds moyens techniques. Selon la FAO, l’une des
raisons de cette sous-exploitation est que les bailleurs de
fonds sont réticents à investir dans les projets
d’irrigation. Cette réticence s’explique par le fait que les
Africains ne s’appuient pas en priorité sur les
infrastructures modernes pour leurs activités agricoles. La
grande majorité des agriculteurs africains privilégient en
priorité les cultures qui poussent très bien avec l’eau de
pluie, comme les céréales. Mais les plus menacés concernant
la pénurie d’eau sont les pays africains les plus
industrialisés, comme l’Egypte, l’Afrique du Sud, le Nigeria
et à un certain degré le Sénégal et le Kenya, qui exploitent
au maximum leurs ressources d’eaux, au risque de les épuiser.
Créée en
2004 et administrée par la Banque Africaine de Développement
(BAD), la Facilité Africaine de l’Eau (FAE) est une
initiative dirigée par le Conseil des ministres africains
chargés de l’eau, ayant pour objectif de développer la
capacité du continent africain à mettre à profit les sources
de financement existantes et futures de même que
l’utilisation de ces ressources d’une manière plus
rationnelle. Profitant de la première Semaine africaine de
l’eau (fin mars 2008), la FAE a annoncé qu’elle aurait
besoin de 200 millions de dollars pour assurer le
financement de ses activités pour la période 2008-2010.
Actuellement, les bailleurs de fonds soutenant la Facilité
africaine de l’eau sont la France, la Commission européenne,
le Canada, la Suède, le Danemark, la Norvège et l’Autriche.
Alors
que le NEPAD (Nouveau Partenariat économique pour le
développement de l’Afrique) a identifié l’agriculture comme
secteur prioritaire pour le continent, l’organisation
régionale a aussi fait de la maîtrise de l’eau le premier
pilier du développement de son Programme Détaillé pour le
Développement de l’Agriculture Africaine (PDDAA), et estime
qu’il sera nécessaire d’injecter annuellement environ 2
milliards de dollars. Préparé avec le concours de la FAO, le
programme intégré du PDDAA prévoit des investissements de
plus de 250 milliards de dollars entre 2002 et 2015, dont 70
milliards qui devraient être dégagés pour les systèmes
d’aménagement durable des terres et de maîtrise de l’eau.
Selon le
directeur de la FAE, « l’organisation de la Semaine
africaine de l’eau et la tenue du prochain Sommet spécial de
l’Union africaine sur les questions de l’eau sont des signes
positifs d’une prise de conscience de l’importance de
l’accès à l’eau par les dirigeants africains ».