Al-Ahram Hebdo, Afrique | Un climat de plus en plus tendu
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 Semaine du 16 au 22 avril 2008, numéro 710

 

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Afrique

Zimbabwe. La justice a rejeté un recours demandant la publication immédiate des résultats de l’élection présidentielle du 29 mars.L’opposition a réagi en réitérant son appel à la grève générale, annulant les espoirs d’une sortie de crise rapide.

Un climat de plus en plus tendu

A l’encontre de toutes les estimations, la justice zimbabwéenne a refusé, lundi dernier, d’ordonner la publication immédiate des résultats de l’élection présidentielle. Un jugement qui peut causer un chaos dans le pays déjà immergé dans des tensions depuis le 29 mars dernier, date des élections générales. Pour sa part, le parti du président Robert Mugabe a salué la décision du tribunal. « Nous savions dès le départ que le recours du MDC n’était pas fondé », a déclaré à l’AFP Patrick Chinamasa, porte-parole de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF, au pouvoir). Mais cette décision constitue un sérieux revers pour l’opposition qui espérait, en jouant la carte judiciaire, valider sa revendication de la victoire du chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) Morgan Tsvangirai, 56 ans, au premier tour du scrutin.

Une fois ce jugement publié, le MDC a immédiatement réitéré son appel à la grève générale à partir de ce mardi et jusqu’à ce que les résultats soient publiés. « Nous appelons la population à protester contre la ZEC (Commission électorale du Zimbabwe) qui n’a pas annoncé les résultats », a déclaré Thokhozani Khupe, vice-présidente du MDC. Réagissant sur cet appel, le régime du président Mugabe a déployé, depuis lundi dernier, des renforts policiers et militaires. Quant à la police, elle a averti qu’elle traiterait « sévèrement et fermement » tout fauteur de trouble et annoncé le déploiement de forces de sécurité supplémentaires dans le pays.

A cet égard, l’opposition a expliqué que l’appel à la grève générale ne vise pas à engager « une confrontation physique avec le dictateur », a souligné Tsvangirai. « C’est un appel à ne pas aller au travail, ce qui implique le minimum de risques ».

En effet, les précédents appels à la grève, qui remontent à avant les élections, ont été jusqu’à présent peu suivis. Les rares Zimbabwéens ayant encore un travail n’ont pas voulu renoncer à leur salaire dans un pays ruiné, où l’inflation est hors de contrôle à plus de 100 % sur l’année. Mais la crise s’aggrave de plus en plus.

D’une part, le MDC a décidé de boycotter un éventuel second tour, réclamé par la Zanu-PF, qui conduirait à la réélection automatique de Mugabe. La situation s’est enlisée davantage ce week-end avec la remise en cause des résultats des législatives, jusqu’ici officiellement remportées par le MDC. La Commission électorale se prépare à reprendre à zéro, samedi prochain, le décompte dans 23 circonscriptions sur 210, pour l’ensemble des scrutins du 29 mars (présidentiel, législatif, sénatorial et municipal), allégeant les irrégularités. Le MDC a introduit un second recours en justice pour bloquer ce recomptage, dont l’examen devait commencer depuis ce mardi.

En plus,  le MDC a déjà saisi le tribunal électoral pour contester les résultats des législatives dans 60 des 210 circonscriptions du pays, a annoncé lundi dernier l’un de ses avocats, Charles Kwaramba, précisant que les recours doivent être examinés dans les six mois. Il a argué de nombreuses irrégularités lors de ce scrutin, organisé le même jour que la présidentielle, et officiellement remporté par le MDC avec 109 sièges.

Essayant de trouver une issue, le MDC a appelé la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) à envoyer des observateurs pour « évaluer la situation dans le pays ». Cette tentative de mobiliser les leaders régionaux n’a pas porté ses fruits. Les dirigeants d’Afrique australe, réunis dans un sommet extraordinaire, ont publié une déclaration très pesée, appelant à la publication « diligente » des résultats de la présidentielle, et tenant le gouvernement pour responsable de la sécurité en cas de second tour. Et appelant le président sud-africain, Thabo Mbeki, à poursuivre sa médiation entre l’opposition et le pouvoir zimbabwéens pour trouver une issue à l’impasse post-électorale.

Mais, il semble que cette crise nécessite une intervention de la communauté internationale. A cet égard, les Etats-Unis et le Royaume-Uni soulèveront la question de la crise politique au Zimbabwe lors d’une réunion de haut niveau du Conseil de sécurité de l’Onu ce mercredi, en dépit de l’opposition sud-africaine. « Nous avons l’intention de souligner notre préoccupation concernant le Zimbabwe », a déclaré Benjamin Chang, porte-parole de la mission américaine à l’Onu. Un autre diplomate occidental a fait savoir que, selon toutes probabilités, le premier ministre britannique Gordon Brown évoquerait aussi la crise au Zimbabwe dans ses remarques au Conseil de sécurité ainsi qu’à l’occasion de rencontres bilatérales avec le président Mbeki et d’autres dirigeants.

Maha Salem

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