Zimbabwe.
La justice a rejeté un recours demandant la publication
immédiate des résultats de l’élection présidentielle du 29
mars.L’opposition a réagi en réitérant son appel à la grève
générale, annulant les espoirs d’une sortie de crise rapide.
Un climat de plus en plus tendu
A
l’encontre de toutes les estimations, la justice
zimbabwéenne a refusé, lundi dernier, d’ordonner la
publication immédiate des résultats de l’élection
présidentielle. Un jugement qui peut causer un chaos dans le
pays déjà immergé dans des tensions depuis le 29 mars
dernier, date des élections générales. Pour sa part, le
parti du président Robert Mugabe a salué la décision du
tribunal. « Nous savions dès le départ que le recours du MDC
n’était pas fondé », a déclaré à l’AFP Patrick Chinamasa,
porte-parole de l’Union nationale africaine du
Zimbabwe-Front patriotique (Zanu-PF, au pouvoir). Mais cette
décision constitue un sérieux revers pour l’opposition qui
espérait, en jouant la carte judiciaire, valider sa
revendication de la victoire du chef du Mouvement pour le
changement démocratique (MDC) Morgan Tsvangirai, 56 ans, au
premier tour du scrutin.
Une fois ce jugement publié, le MDC a immédiatement réitéré
son appel à la grève générale à partir de ce mardi et
jusqu’à ce que les résultats soient publiés. « Nous appelons
la population à protester contre la ZEC (Commission
électorale du Zimbabwe) qui n’a pas annoncé les résultats »,
a déclaré Thokhozani Khupe, vice-présidente du MDC.
Réagissant sur cet appel, le régime du président Mugabe a
déployé, depuis lundi dernier, des renforts policiers et
militaires. Quant à la police, elle a averti qu’elle
traiterait « sévèrement et fermement » tout fauteur de
trouble et annoncé le déploiement de forces de sécurité
supplémentaires dans le pays.
A cet égard, l’opposition a expliqué que l’appel à la grève
générale ne vise pas à engager « une confrontation physique
avec le dictateur », a souligné Tsvangirai. « C’est un appel
à ne pas aller au travail, ce qui implique le minimum de
risques ».
En effet, les précédents appels à la grève, qui remontent à
avant les élections, ont été jusqu’à présent peu suivis. Les
rares Zimbabwéens ayant encore un travail n’ont pas voulu
renoncer à leur salaire dans un pays ruiné, où l’inflation
est hors de contrôle à plus de 100 % sur l’année. Mais la
crise s’aggrave de plus en plus.
D’une part, le MDC a décidé de boycotter un éventuel second
tour, réclamé par la Zanu-PF, qui conduirait à la réélection
automatique de Mugabe. La situation s’est enlisée davantage
ce week-end avec la remise en cause des résultats des
législatives, jusqu’ici officiellement remportées par le MDC.
La Commission électorale se prépare à reprendre à zéro,
samedi prochain, le décompte dans 23 circonscriptions sur
210, pour l’ensemble des scrutins du 29 mars (présidentiel,
législatif, sénatorial et municipal), allégeant les
irrégularités. Le MDC a introduit un second recours en
justice pour bloquer ce recomptage, dont l’examen devait
commencer depuis ce mardi.
En plus, le MDC a déjà saisi le tribunal électoral
pour contester les résultats des législatives dans 60 des
210 circonscriptions du pays, a annoncé lundi dernier l’un
de ses avocats, Charles Kwaramba, précisant que les recours
doivent être examinés dans les six mois. Il a argué de
nombreuses irrégularités lors de ce scrutin, organisé le
même jour que la présidentielle, et officiellement remporté
par le MDC avec 109 sièges.
Essayant de trouver une issue, le MDC a appelé la Communauté
de développement d’Afrique australe (SADC) à envoyer des
observateurs pour « évaluer la situation dans le pays ».
Cette tentative de mobiliser les leaders régionaux n’a pas
porté ses fruits. Les dirigeants d’Afrique australe, réunis
dans un sommet extraordinaire, ont publié une déclaration
très pesée, appelant à la publication « diligente » des
résultats de la présidentielle, et tenant le gouvernement
pour responsable de la sécurité en cas de second tour. Et
appelant le président sud-africain, Thabo Mbeki, à
poursuivre sa médiation entre l’opposition et le pouvoir
zimbabwéens pour trouver une issue à l’impasse
post-électorale.
Mais, il semble que cette crise nécessite une intervention
de la communauté internationale. A cet égard, les Etats-Unis
et le Royaume-Uni soulèveront la question de la crise
politique au Zimbabwe lors d’une réunion de haut niveau du
Conseil de sécurité de l’Onu ce mercredi, en dépit de
l’opposition sud-africaine. « Nous avons l’intention de
souligner notre préoccupation concernant le Zimbabwe », a
déclaré Benjamin Chang, porte-parole de la mission
américaine à l’Onu. Un autre diplomate occidental a fait
savoir que, selon toutes probabilités, le premier ministre
britannique Gordon Brown évoquerait aussi la crise au
Zimbabwe dans ses remarques au Conseil de sécurité ainsi
qu’à l’occasion de rencontres bilatérales avec le président
Mbeki et d’autres dirigeants.
Maha
Salem