Jérusalem et la paix
Morsi Attalla
Il
semble clair qu’Israël ne veut pas renoncer à la politique
de tergiversation qui constitue un coup fatal à tous les
efforts sérieux visant à accélérer tout mouvement sur la
voie de l’instauration d’une paix réelle. C’est-à-dire sur
la voie de la sécurité et de la stabilité de toutes les
parties, et avant tout le côté israélien et le côté
palestinien.
Il n’y a pas de preuves plus flagrantes sur cette
tergiversation que les déclarations faites par le premier
ministre israélien Olmert au rabbin extrémiste Ovadia
Youssef et dans lesquelles il dit qu’il n’effectuera aucune
négociation secrète avec Abou-Mazen à propos de Jérusalem et
que celui-ci lui a promis de reporter les discussions à
propos de Jérusalem. En même temps, la ministre israélienne
des Affaires étrangères, Tzipi Levni, a envoyé un message au
membre de la municipalité de Jérusalem Nir Barakat où elle a
écrit : « Israël a promis pendant la sommet d’Annapolis
d’étudier tous les dossiers importants sans exception ».
Puis elle continue : « Mais sachez que rien n’est décidé
tant que les choses sont encore en négociation. Et même si
nous arrivons à un accord à propos de toutes les questions,
y compris les frontières et les réfugiés, sans se mettre
d’accord sur Jérusalem, tout accord ne vaudra pas plus que
l’encre avec laquelle il a été écrit ».
Il va de soi que tous ceux qui ont suivi pendant de longues
années les événements et les évolutions de la cause
palestinienne diront comme moi que les déclarations faites
par Olmert et Levni reflètent une tergiversation claire pour
préparer le monde entier à accepter l’éventualité d’échouer
à parvenir à une paix qui ne serait pas satisfaisante pour
Israël, en particulier en ce qui concerne Jérusalem.
Pour être plus clair, il faut dire qu’il n’est pas logique
qu’il y ait des négociations sérieuses autour de la
détermination des frontières sans aborder la question de
Jérusalem qui influencera certainement le destin des blocs
coloniaux à l’intérieur et à l’extérieur des murs de
Jérusalem. C’est à la lumière du dossier de Jérusalem qu’il
est possible de conclure un accord d’échange de territoires
entre l’Etat hébreu et l’Etat palestinien pour compenser les
territoires qui ont été usurpés des frontières du 4 juin
1967 par Israël. La plupart de ces territoires se trouvent
dans le cercle de Jérusalem en tant que gros blocs
coloniaux.
Les Israéliens savent mieux que quiconque que la raison
essentielle de l’échec de Camp David II entre l’ex-président
palestinien Yasser Arafat et l’ex-premier ministre israélien
Ehud Barak, sous le parrainage de l’ex-président américain
Bill Clinton, a été l’insistance de Barak à reporter les
discussions autour de Jérusalem jusqu’à la fin des
négociations. Ce qui signifiait perdre l’occasion de
procéder à un échange entre la flexibilité palestinienne en
ce qui concerne les préparatifs et la date de retour des
réfugiés, en contrepartie de la reconnaissance de la part
d’Israël de la sensibilité de la position de Jérusalem dans
n’importe quel accord, non seulement pour les Palestiniens,
mais pour les Arabes, les musulmans et les chrétiens.
Le problème est que Olmert tremble face aux menaces du parti
Shass de dissoudre le gouvernement s’il s’aventurait à
discuter de la question de Jérusalem. Olmert craint aussi
énormément l’escalade de l’extrémisme religieux guidé par le
grand rabbin Yona Metzger qui a eu l’audace de dire que les
Arabes qui arrivent à la mosquée Al-Aqsa doivent reconnaître
que Jérusalem est aux Israéliens seulement puisque, comme il
le prétend, les musulmans possèdent La Mecque et Médine et
n’ont pas besoin d’un troisième lieu sacré. L’insolence du
rabbin a atteint son apogée quand il a proposé dans un
entretien avec la revue The Jewish News de créer un Etat
palestinien dans le Sinaï et d’y transférer les habitants de
Gaza.