Al-Ahram Hebdo, Opinion | Le Liban, le sommet et la Syrie
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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Opinion
 

Le Liban, le sommet et la Syrie

Salama A. Salama

Il est devenu quasi impossible à n’importe quel citoyen arabe de comprendre ce qui se passe réellement entre les politiciens libanais ou entre les leaders palestiniens. Ces relations, qui ont pour mot d’ordre les séditions, les divergences et les litiges, sont caractérisées par un égoïsme et une étroitesse de vue sans précédent et peuvent éventuellement mener tout le monde à l’égarement. Il est plus impossible encore pour le citoyen arabe d’essayer d’avoir une idée exacte sur la capacité d’agir des dirigeants arabes, dans leurs tentatives mal orientées de résoudre la crise libanaise, celles d’apporter le soutien au peuple palestinien ou de faire face au fiasco iraqien.

Il semble que le phénomène de la polarisation dans le monde arabe a pris une envergure, telle qu’il est de plus en plus difficile de concilier les deux visions ou les deux projets relatifs à la compétition mondiale sur l’influence dans la région. Et aux rapports entre les parties régionales qui tentent de sauvegarder leurs intérêts et leur sécurité nationale. Ce, en l’absence d’une vision arabe sécuritaire unique consistant à faire face aux menaces et aux pressions qui essayent de combler le vide arabe à l’intérieur comme à l’extérieur.

La poudrière libanaise est l’expression la plus éloquente de cet état de confusion inouï, de fermeture d’horizon entravant les politiques arabes caractérisées aujourd’hui par une intransigeance sans égal. Toute cette conjoncture embrouillée rend incertain le destin du prochain sommet arabe prévu à Damas. Des idées sont alors apparues appelant à conditionner la tenue du sommet à la date prévue par l’élection d’un nouveau président au Liban, dont le candidat favori est le général Michel Sleiman. En d’autres termes, il était question de marchander la tenue du sommet à la date préalablement fixée. Une manière de faire pression sur le pays hôte qu’est la Syrie ainsi que sur ses alliés de l’opposition libanaise, accusés par le rassemblement du 13 mars, appuyé par l’Egypte, l’Arabie saoudite et les Etats-Unis, de freiner les procédures d’élection du nouveau président libanais.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a essayé d’analyser les raisons de cette impasse avec son langage diplomatique infructueux. Il a alors dit que les leaders libanais ont fait de leur mieux et que le temps était venu pour une œuvre arabe et régionale afin de mettre un terme à l’effusion de sang. Une sentence d’innocence prononcée en faveur des leaders libanais qu’ils ne méritent pas.

Si nous mettons de côté le mutisme qui entoure ces déclarations, on comprend par ces mots que la confrontation actuelle opposant le rassemblement du 13 mars à l’opposition au Liban est l’une des manifestations du conflit entre les deux projets précités. C’est-à-dire entre les politiques américaines prônant le changement au Moyen-Orient et considérant la Syrie comme une menace à sa sécurité et à leurs intérêts légitimes. Et entre les forces nationales dans le monde arabe qui estiment que le fait d’éloigner le Liban de l’équation arabe et de contrer la force du Hezbollah ouvrira la voie à une série de règlement appuyant Israël. Dans ce cas-là, celui qui demande l’aide des Etats-Unis ou de la France équivaut à celui qui la demande à l’Iran.

La division arabe est aujourd’hui des plus aiguës. Il est difficile d’accuser une partie de saboter plus qu’une autre la solution de la crise libanaise. La démonstration de la force militaire américaine que représente l’arrivée du destroyer USS Cole sur les rives libanaises pour faire pression sur la Syrie vient prouver que les accusations à l’encontre de Damas sont exagérées. Un contexte qui compliquera davantage le problème !

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