Le Liban, le sommet et la Syrie
Salama A. Salama
Il
est devenu quasi impossible à n’importe quel citoyen arabe
de comprendre ce qui se passe réellement entre les
politiciens libanais ou entre les leaders palestiniens. Ces
relations, qui ont pour mot d’ordre les séditions, les
divergences et les litiges, sont caractérisées par un
égoïsme et une étroitesse de vue sans précédent et peuvent
éventuellement mener tout le monde à l’égarement. Il est
plus impossible encore pour le citoyen arabe d’essayer
d’avoir une idée exacte sur la capacité d’agir des
dirigeants arabes, dans leurs tentatives mal orientées de
résoudre la crise libanaise, celles d’apporter le soutien au
peuple palestinien ou de faire face au fiasco iraqien.
Il semble que le phénomène de la polarisation dans le monde
arabe a pris une envergure, telle qu’il est de plus en plus
difficile de concilier les deux visions ou les deux projets
relatifs à la compétition mondiale sur l’influence dans la
région. Et aux rapports entre les parties régionales qui
tentent de sauvegarder leurs intérêts et leur sécurité
nationale. Ce, en l’absence d’une vision arabe sécuritaire
unique consistant à faire face aux menaces et aux pressions
qui essayent de combler le vide arabe à l’intérieur comme à
l’extérieur.
La poudrière libanaise est l’expression la plus éloquente de
cet état de confusion inouï, de fermeture d’horizon
entravant les politiques arabes caractérisées aujourd’hui
par une intransigeance sans égal. Toute cette conjoncture
embrouillée rend incertain le destin du prochain sommet
arabe prévu à Damas. Des idées sont alors apparues appelant
à conditionner la tenue du sommet à la date prévue par
l’élection d’un nouveau président au Liban, dont le candidat
favori est le général Michel Sleiman.
En
d’autres termes, il était question de marchander la tenue du
sommet à la date préalablement fixée. Une manière de faire
pression sur le pays hôte qu’est la Syrie ainsi que sur ses
alliés de l’opposition libanaise, accusés par le
rassemblement du 13 mars, appuyé par l’Egypte, l’Arabie
saoudite et les Etats-Unis, de freiner les procédures
d’élection du nouveau président libanais.
Le
secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a essayé
d’analyser les raisons de cette impasse avec son langage
diplomatique infructueux. Il a alors dit que les leaders
libanais ont fait de leur mieux et que le temps était venu
pour une œuvre arabe et régionale afin de mettre un terme à
l’effusion de sang. Une sentence d’innocence prononcée en
faveur des leaders libanais qu’ils ne méritent pas.
Si nous
mettons de côté le mutisme qui entoure ces déclarations, on
comprend par ces mots que la confrontation actuelle opposant
le rassemblement du 13 mars à l’opposition au Liban est
l’une des manifestations du conflit entre les deux projets
précités. C’est-à-dire entre les politiques américaines
prônant le changement au Moyen-Orient et considérant la
Syrie comme une menace à sa sécurité et à leurs intérêts
légitimes. Et entre les forces nationales dans le monde
arabe qui estiment que le fait d’éloigner le Liban de
l’équation arabe et de contrer la force du Hezbollah ouvrira
la voie à une série de règlement appuyant Israël. Dans ce
cas-là, celui qui demande l’aide des Etats-Unis ou de la
France équivaut à celui qui la demande à l’Iran.
La
division arabe est aujourd’hui des plus aiguës. Il est
difficile d’accuser une partie de saboter plus qu’une autre
la solution de la crise libanaise. La démonstration de la
force militaire américaine que représente l’arrivée du
destroyer USS Cole sur les rives libanaises pour faire
pression sur la Syrie vient prouver que les accusations à
l’encontre de Damas sont exagérées. Un contexte qui
compliquera davantage le problème !