Al-Ahram Hebdo, Monde Arabe | Le rapprochement qui dérange
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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Iraq-Iran. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a effectué cette semaine une visite de deux jours à Bagdad placée sous le signe de la réconciliation entre les deux pays.

Le rapprochement qui dérange

C’est sous les drapeaux iraniens et iraqiens flottant et les airs des hymnes nationaux des deux pays respectifs que Mahmoud Ahmadinejad est arrivé à Bagdad ce dimanche classant ainsi sa visite dans l’histoire.

Une rencontre qui a permis de resserrer les liens entre les deux pays avec la signature ce lundi de sept accords bilatéraux.

Dès son arrivée à l’aéroport international de Bagdad, le président iranien a souhaité faire entendre les motifs de sa visite en déclarant lors d’une conférence de presse commune avec son homologue iraqien Jalal Talabani : « Ce voyage ouvre une nouvelle page dans les relations bilatérales et un nouveau climat dans la région (...). Nous avons une compréhension commune des choses et les deux parties sont déterminées à renforcer leur coopération politique, économique et culturelle ».

De son côté, le président iraqien a qualifié cette visite de point positif pour les relations futures entre l’Iran et l’Iraq. « Nous considérons que cette visite est historique et est un message envoyé aux peuples iraqien et iranien indiquant que les relations entre les deux pays sont bonnes », a indiqué M. Talabani. Cette visite « je le crois, aura des résultats positifs », a-t-il ajouté. Cette rencontre marque certainement le début d’une nouvelle ère entre les deux pays, considérés comme acteurs-clés de la région.

En revanche, du côté occidental et notamment du côté des Etats-Unis, pays avec qui l’Iran entretient des relations plus que tumultueuses depuis les années 1980, cette visite n’est pas vraiment perçue d’un très bon œil. Qualifiée de pays dangereux du fait de son intention de se doter de l’arme nucléaire et de son hostilité envers Israël, l’Iran, par cette visite, ne fait certes pas plaisir à Washington.

M. Ahmadinejad a ainsi dénoncé l’occupation américaine en Iraq en adressant directement un message aux Etats-Unis. « Nous considérons que l’insécurité, les désaccords et les tensions sont orchestrés par les occupants de l’Iraq », a-t-il dit, faisant ainsi référence aux 158 000 soldats actuellement postés en Iraq depuis l’offensive américaine en 2003. Et d’ajouter : « Les Américains doivent comprendre que les Iraqiens n’aiment pas l’Amérique » lors d’une rencontre avec le premier ministre Nouri Al-Maliki.

Cette rencontre avec le premier ministre, dans le quartier de la « zone verte », quartier sous haute surveillance de l’armée américaine du fait qu’il abrite le Parlement iraqien, les ministères et l’ambassade des Etats-Unis, a fait mugir Washington qui a affirmé que la sécurité du président iranien ne serait pas assurée.

Le président des Etats-Unis, George W. Bush, a d’ailleurs souhaité répondre au président iranien en déclarant : « Mon message, à son attention, c’est : cessez d’exporter le terrorisme (...). Le message doit être le suivant : cessez d’envoyer (en Iraq) des équipements sophistiqués qui tuent ».

Bush accuse de ce fait l’Iran d’être le principal fournisseur de l’Iraq en matière d’engins explosifs destinés à servir les combattants chiites contre l’armée américaine. Les Etats-Unis et l’Iran ont rompu leurs relations diplomatiques depuis 1980 au même titre que l’Iraq et l’Iran sous le règne de Saddam Hussein. Ce dernier avait lancé une offensive contre la République islamique entraînant un conflit sanglant qui dura huit ans et qui coûta la vie à 800 000 personnes. De nombreux dirigeants chiites iraqiens avaient trouvé refuge en Iran sous le régime de Saddam Hussein.

Même si les deux pays ont signé un cessez-le-feu en 1988, les relations bilatérales ne se sont guère améliorées depuis. Il aura fallu attendre la chute de Saddam Hussein en 2003 et la domination chiite au pouvoir pour que la situation se normalise entre Téhéran et Bagdad.

Ahmadinejad profite ainsi de sa visite pour montrer à Washington une fois de plus que l’Iran est un acteur influent dont il faut tenir compte en Iraq.

Lynda Kartout

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