Médias.
Le Top 25 de la censure, dirigé par Peter Philips dans le
cadre du projet Censuré, met pertinemment à nu les
dispositifs de désinformation aux Etats-Unis.
Le comment d’une hégémonie
Malversations
de l’entreprise Halliburton, dangers liés à la consommation
des OGM, financement du mur de l’apartheid par la Banque
mondiale, décision du Pentagone de fabriquer de nouvelles
mines : voici quelques exemples d’informations estampillées
comme « subversives », délibérément ignorées par les médias
dominants aux Etats-Unis, compilées dans Le Top 25 de la
censure. Cela fait plus de 30 ans que le projet Censuré,
mené par un groupe de chercheurs, publie un rapport annuel,
cherchant ainsi à favoriser la pensée critique dans un
paysage médiatique américain où la désinformation est en
œuvre pour amener les citoyens à soutenir les politiques des
néoconservateurs, visant à étendre l’hégémonie américaine à
l’ensemble de l’univers. En plus de cette compilation,
l’ouvrage propose entre autres des articles d’analyse sur la
« situation des médias actuellement aux Etats-Unis », et sur
le conflit permanent pour imposer « une réforme médiatique
et la démocratie ».
A travers ses publications, le projet ne ménage aucun effort
pour créer un mouvement de subversion et de dénonciation des
trois piliers de l’idéologie qui gouvernent les structures
communes de pensée utilisées par les différents pôles de
l’espace médiatique.
Dans sa préface, Robert Jensen expose les trois principes
fondamentaux sur lesquels repose cette idéologie. Le premier
érige le capitalisme comme l’unique modèle, idéal et
rationnel capable de gérer l’ordre économique mondial,
notamment après la chute de l’Union soviétique. Toute
économie alternative fait l’objet d’une violente critique
des médias américains qui vont jusqu’à inciter à une
liquidation physique de ses promoteurs. Ainsi, le président
Hugo Chavez, élu démocratiquement au Venezuela et qui
bénéfice d’une popularité qui dépasse en force celle du
président Bush aux Etats-Unis, est qualifié de « dictateur »
par la presse américaine. Parce qu’il ose parler d’un
nouveau socialisme au XXIe siècle. Sans cacher leur hargne
vis-à-vis du leader socialiste, les médias américains
encouragent même une éventuelle opération militaire pour le
renverser.
Adopter l’opinion de l’élite
Quant au deuxième principe de l’idéologie dominant
l’intellect américain, il consiste à renforcer l’idée que
les Etats-Unis possèdent une disposition naturelle au bien,
qui détermine leurs politiques extérieures et militaires.
Dans ce sens, les Etats-Unis ne sont pas seulement la
première puissance démocratique au monde, mais aussi le
moyen d’instaurer la démocratie dans toutes les régions du
monde, depuis qu’ils ont acquis la capacité d’étendre leur
pouvoir au-delà de leurs frontières. Ainsi, les journalistes
des grands groupes médiatiques interprètent-ils l’invasion
du Vietnam, du Laos et du Cambodge, qui a provoqué le
meurtre de plus de 4 millions de personnes, comme le
résultat d’une erreur tactique de planification, et non
comme une horrible campagne de destruction de peuples qui
ont refusé de se soumettre à l’hégémonie américaine.
De même, lorsque les arguments avancés par les stratèges
américains sur la possession par l’Iraq d’armes de
destruction massive et sa collaboration avec des groupes
terroristes pour légitimer son invasion se sont avérés
erronés, les groupes médiatiques se sont empressés d’adopter
l’opinion de l’élite de Washington qui considère que
l’occupation de l’Iraq s’inscrit dans un plan américain
visant à instaurer la démocratie au Moyen-Orient. «
L’objectif de ces médias est d’empêcher la divulgation d’un
plan américain, conçu depuis plus de soixante ans, pour
étendre le contrôle des Etats-Unis sur les sources de
pétrole et de gaz au Moyen-Orient et en Asie centrale »,
explique l’ouvrage.
Pour étayer la thèse de la désinformation, le livre évoque,
parmi d’autres informations négligées, la dénonciation par
un physicien de l’Université de Prigam Young, Steven A.
Jones, de l’incohérence des arguments officiels sur les
événements du 11 septembre, repris dans les médias. « Avant
l’effondrement du World Trade Center, il n’est jamais arrivé
qu’une construction d’une telle dimension, de structure
métallique dense, effectue une telle chute sous l’effet d’un
incendie ». Pour lui, « seule une destruction aux explosifs
a pu provoquer la dislocation de ses charpentes de métal,
entraînant par conséquent la chute des tours ». D’où son
rapport établi en janvier 2006, où il affirme de concert
avec un groupe de chercheurs : « que les responsables du
gouvernement ont occulté au peuple américain la vérité de ce
qui est réellement arrivé le 11 septembre pour l’amener à
cautionner ses politiques intérieures et extérieures ».
Ainsi, dans une objectivité sans complaisance, l’ouvrage
nous éclaire sur les formes archaïques de pensée, reposant
sur une idéologie américaine responsable de la régression
évidente des discours médiatiques sur les réalités complexes
de notre monde.
Amina
Hassan