Médecine.
Le ministère de la Santé vient d’interdire la pratique de
l’ozonothérapie dans les hôpitaux. Cette méthode
complémentaire utilisée notamment pour soigner les
infections pulmonaires est pratiquée dans certains pays.
Décision controversée
La décision du ministère de la Santé d’interdire le
traitement par le gaz de l’ozone dans les cliniques a
soulevé une controverse. Le ministère affirme que l’ozone
est un gaz « toxique » et « dangereux » qui peut faciliter
la transmission de certaines infections. Pour justifier
cette interdiction, la commission d’experts formée par le
ministère s’est référée à des recherches effectuées par
l’organisation américaine de l’alimentation et des
médicaments, la célèbre et puissante Food and Drugs
Administration (FDA), affirmant que l’ozone a des effets
négatifs sur le système nerveux, le cœur, les poumons et la
vue. La FDA recommande cette thérapie uniquement dans le
domaine des soins dentaires. Pourtant, l’ozonothérapie était
pratiquée en Egypte depuis 1999 avec l’approbation du
ministère. Pourquoi donc celui-ci a-t-il subitement changé
d’avis ? « Lorsque nous avons autorisé l’ozonothérapie il y
a 9 ans, c’était à titre provisoire en attendant qu’un avis
définitif soit pris à son égard. Nous avons demandé aux
médecins qui pratiquent cette forme de traitement de
présenter des recherches sur sa fiabilité. Or, jusqu’à
maintenant, aucune recherche n’a été présentée, ce qui nous
a poussés à prendre notre décision actuelle », explique
Mohamad Salah, directeur général du secteur des nouvelles
thérapies au ministère de la Santé. L’ozonothérapie est une
méthode de traitement basée sur l’utilisation de l’ozone de
différentes façons, dont le contact direct, pour traiter
certaines infections notamment dermatologiques. Le
traitement est basé sur une autotransfusion du sang. Le sang
du patient est prélevé et ajouté à un mélange gazeux
d’oxygène et d’ozone, puis réinjecté au patient. Selon les
spécialistes de cette pratique, l’ozonothérapie peut aider
le foie à se détoxiquer, à détruire les mauvaises graisses,
améliorer le métabolisme cellulaire, fournir de l’énergie au
corps humain, fluidifier le sang et combattre les
conséquences d’une mauvaise circulation veineuse. Elle aide
aussi à bloquer la production des produits hautement
toxiques résultant de la mort des cellules cancéreuses
post-chimiothérapies. En outre, l’ozonothérapie éliminerait
et préviendrait la multiplication de nombreux bactéries,
virus et champignons et contribuerait à la régénération des
globules rouges, ce qui assure un meilleur transport
d’oxygène et améliore la coagulation sanguine. L’Allemagne a
été le premier pays à utiliser l’ozonothérapie. Aujourd’hui,
25 pays, dont la France, la Suisse, la Grande-Bretagne et
une vingtaine d’Etats américains, l’autorisent.
La décision du ministère de la Santé a provoqué une série de
protestations parmi les praticiens de l’ozonothérapie. «
Cette décision est incompréhensible. Cette méthode de
traitement a réussi à mettre fin à la souffrance de
plusieurs milliers de patients », affirme Mohamad Nabil
Mawsouf, professeur à l’Institut national du cancer et
membre à l’Association égyptienne de l’ozonothérapie. Il
assure avoir supervisé 25 thèses sur l’ozonothérapie et
qu’il n’est pas vrai qu’il n’existe pas de recherches dans
ce domaine. Le traitement à ozone a connu une certaine
progression en Egypte au cours des précédentes années. 4 000
malades environ ont suivi des séances d’ozonothérapie. «
L’avantage de cette méthode est qu’elle est peu coûteuse par
rapport aux autres méthodes de traitement. L’ozonothérapie
peut être utilisée dans le cas des maladies hépatiques, de
l’insuffisance rénale, les maladies cardiovasculaires ainsi
que certaines formes d’allergies. On peut y avoir recours
également pour le traitement des tumeurs malignes et
certaines maladies bactériologiques », précise Adel Iskandar,
président de l’Association égyptienne d’ozonothérapie. En
effet, de nombreux patients préfèrent avoir recours à
l’ozonothérapie car moins coûteuse. Une séance
d’ozonothérapie ne coûte que 80 L.E. tandis qu’une piqûre
destinée aux malades du foie peut coûter 1 200 L.E. Cette
situation a fait que les médecins hépatologues et ceux des
reins ont perdu une partie de leurs patients. Mais ils ne
sont pas les seuls perdants, selon Adel Iskandar. « Les
compagnies pharmaceutiques voient d’un mauvais œil la
progression de cette forme de traitement », explique-t-il.
Pour lui, ce sont les pressions exercées par ces compagnies
qui sont à l’origine de l’interdiction. « Ce traitement est
pratiqué en Egypte depuis 9 ans et personne ne s’est jamais
plaint. Il n’y a pas eu d’effets secondaires et personne
jusqu’à présent n’a pu apporter la preuve que
l’ozonothérapie est nocive », lance Iskandar. Il explique
qu’on peut utiliser l’ozone dans le traitement de
différentes infections car il s’agit d’un oxydant très
actif, et 10 000 fois plus actif que l’oxygène, ce qui
permet au corps de retrouver des fonctionnalités perdues et
tout ceci pour un bon prix. Le ministère de la Santé a
commencé cette semaine à fermer les cliniques
d’ozonothérapie. « Certaines de ces cliniques ont augmenté
les prix des séances qui ne doivent pas dépasser les 140
L.E. », précise Mohamad Salah. Or, pour Adel Iskandar, il
s’agit d’une punition collective. Pour sa part, l’Ordre des
médecins a demandé des éclaircissements au ministère de la
Santé. Et l’Association égyptienne d’ozonothérapie a fait
savoir qu’elle intentera un procès devant la justice contre
le ministère de la Santé réclamant la réouverture des
cliniques. « Depuis 1973, plusieurs dizaines de conférences
internationales ont été tenues sur l’ozonothérapie. La
dernière a eu lieu à Strasbourg en France en 2005. Aucune de
ces conférences n’a démontré la nocivité de cette forme de
traitement. De plus, plus de 10 000 recherches ont été
effectuées et publiées dans les grands périodiques mondiaux
spécialisés », lance Adel Iskandar. Et d’assurer que les
arguments du ministère de la Santé ne tiennent pas. « Ici en
Egypte, une cinquantaine de recherches ont été effectuées.
Comment après tout cela le ministère nous dit-il qu’aucune
recherche n’a été menée en Egypte ? », affirme-t-il. Et de
conclure : « Cette décision du ministère paraît comme une
punition pour les patients avant d’être une perte pour les
praticiens ».
Ola
Hamdi
May
Atta