Al-Ahram Hebdo, Egypte | Décision controversée
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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Egypte

Médecine. Le ministère de la Santé vient d’interdire la pratique de l’ozonothérapie dans les hôpitaux. Cette méthode complémentaire utilisée notamment pour soigner les infections pulmonaires est pratiquée dans certains pays.  

Décision controversée 

La décision du ministère de la Santé d’interdire le traitement par le gaz de l’ozone dans les cliniques a soulevé une controverse. Le ministère affirme que l’ozone est un gaz « toxique » et « dangereux » qui peut faciliter la transmission de certaines infections. Pour justifier cette interdiction, la commission d’experts formée par le ministère s’est référée à des recherches effectuées par l’organisation américaine de l’alimentation et des médicaments, la célèbre et puissante Food and Drugs Administration (FDA), affirmant que l’ozone a des effets négatifs sur le système nerveux, le cœur, les poumons et la vue. La FDA recommande cette thérapie uniquement dans le domaine des soins dentaires. Pourtant, l’ozonothérapie était pratiquée en Egypte depuis 1999 avec l’approbation du ministère. Pourquoi donc celui-ci a-t-il subitement changé d’avis ? « Lorsque nous avons autorisé l’ozonothérapie il y a 9 ans, c’était à titre provisoire en attendant qu’un avis définitif soit pris à son égard. Nous avons demandé aux médecins qui pratiquent cette forme de traitement de présenter des recherches sur sa fiabilité. Or, jusqu’à maintenant, aucune recherche n’a été présentée, ce qui nous a poussés à prendre notre décision actuelle », explique Mohamad Salah, directeur général du secteur des nouvelles thérapies au ministère de la Santé. L’ozonothérapie est une méthode de traitement basée sur l’utilisation de l’ozone de différentes façons, dont le contact direct, pour traiter certaines infections notamment dermatologiques. Le traitement est basé sur une autotransfusion du sang. Le sang du patient est prélevé et ajouté à un mélange gazeux d’oxygène et d’ozone, puis réinjecté au patient. Selon les spécialistes de cette pratique, l’ozonothérapie peut aider le foie à se détoxiquer, à détruire les mauvaises graisses, améliorer le métabolisme cellulaire, fournir de l’énergie au corps humain, fluidifier le sang et combattre les conséquences d’une mauvaise circulation veineuse. Elle aide aussi à bloquer la production des produits hautement toxiques résultant de la mort des cellules cancéreuses post-chimiothérapies. En outre, l’ozonothérapie éliminerait et préviendrait la multiplication de nombreux bactéries, virus et champignons et contribuerait à la régénération des globules rouges, ce qui assure un meilleur transport d’oxygène et améliore la coagulation sanguine. L’Allemagne a été le premier pays à utiliser l’ozonothérapie. Aujourd’hui, 25 pays, dont la France, la Suisse, la Grande-Bretagne et une vingtaine d’Etats américains, l’autorisent.

La décision du ministère de la Santé a provoqué une série de protestations parmi les praticiens de l’ozonothérapie. « Cette décision est incompréhensible. Cette méthode de traitement a réussi à mettre fin à la souffrance de plusieurs milliers de patients », affirme Mohamad Nabil Mawsouf, professeur à l’Institut national du cancer et membre à l’Association égyptienne de l’ozonothérapie. Il assure avoir supervisé 25 thèses sur l’ozonothérapie et qu’il n’est pas vrai qu’il n’existe pas de recherches dans ce domaine. Le traitement à ozone a connu une certaine progression en Egypte au cours des précédentes années. 4 000 malades environ ont suivi des séances d’ozonothérapie. « L’avantage de cette méthode est qu’elle est peu coûteuse par rapport aux autres méthodes de traitement. L’ozonothérapie peut être utilisée dans le cas des maladies hépatiques, de l’insuffisance rénale, les maladies cardiovasculaires ainsi que certaines formes d’allergies. On peut y avoir recours également pour le traitement des tumeurs malignes et certaines maladies bactériologiques », précise Adel Iskandar, président de l’Association égyptienne d’ozonothérapie. En effet, de nombreux patients préfèrent avoir recours à l’ozonothérapie car moins coûteuse. Une séance d’ozonothérapie ne coûte que 80 L.E. tandis qu’une piqûre destinée aux malades du foie peut coûter 1 200 L.E. Cette situation a fait que les médecins hépatologues et ceux des reins ont perdu une partie de leurs patients. Mais ils ne sont pas les seuls perdants, selon Adel Iskandar. « Les compagnies pharmaceutiques voient d’un mauvais œil la progression de cette forme de traitement », explique-t-il. Pour lui, ce sont les pressions exercées par ces compagnies qui sont à l’origine de l’interdiction. « Ce traitement est pratiqué en Egypte depuis 9 ans et personne ne s’est jamais plaint. Il n’y a pas eu d’effets secondaires et personne jusqu’à présent n’a pu apporter la preuve que l’ozonothérapie est nocive », lance Iskandar. Il explique qu’on peut utiliser l’ozone dans le traitement de différentes infections car il s’agit d’un oxydant très actif, et 10 000 fois plus actif que l’oxygène, ce qui permet au corps de retrouver des fonctionnalités perdues et tout ceci pour un bon prix. Le ministère de la Santé a commencé cette semaine à fermer les cliniques d’ozonothérapie. « Certaines de ces cliniques ont augmenté les prix des séances qui ne doivent pas dépasser les 140 L.E. », précise Mohamad Salah. Or, pour Adel Iskandar, il s’agit d’une punition collective. Pour sa part, l’Ordre des médecins a demandé des éclaircissements au ministère de la Santé. Et l’Association égyptienne d’ozonothérapie a fait savoir qu’elle intentera un procès devant la justice contre le ministère de la Santé réclamant la réouverture des cliniques. « Depuis 1973, plusieurs dizaines de conférences internationales ont été tenues sur l’ozonothérapie. La dernière a eu lieu à Strasbourg en France en 2005. Aucune de ces conférences n’a démontré la nocivité de cette forme de traitement. De plus, plus de 10 000 recherches ont été effectuées et publiées dans les grands périodiques mondiaux spécialisés », lance Adel Iskandar. Et d’assurer que les arguments du ministère de la Santé ne tiennent pas. « Ici en Egypte, une cinquantaine de recherches ont été effectuées. Comment après tout cela le ministère nous dit-il qu’aucune recherche n’a été menée en Egypte ? », affirme-t-il. Et de conclure : « Cette décision du ministère paraît comme une punition pour les patients avant d’être une perte pour les praticiens ».

Ola Hamdi

May Atta

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