Al-Ahram Hebdo, Egypte | Caciques contre pro-jeunes
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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Egypte

Partis. Le sixième congrès général du parti du Rassemblement « Al-Tagammoe » se déroule aujourd’hui et demain sur fond de critiques internes contre ses dirigeants « sclérosés ».

Caciques contre pro-jeunes 

La manifestation est essentiellement électorale. Le 6e congrès général du parti se déroule ce mercredi et ce jeudi avec la participation d’environ 800 membres venus de presque tous les gouvernorats du pays. Ils sont appelés à choisir les responsables de leur formation de la base au sommet. Or, les fondateurs et dirigeants « historiques » sont peu enclins à passer le flambeau.

Le duel le plus médiatisé est celui qui oppose le président du parti et candidat à sa propre succession, Réfaat Al-Saïd, à son adjoint et concurrent Aboul-Ezz Al-Hariri. Celui-ci accuse Al-Saïd d’entretenir une sorte de complicité avec le Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), et critique également son style « dictatorial » dans la gestion des affaires du parti qu’il « monopolise ».

« Les dirigeants du parti ont vieilli aux deux sens du terme, politique et biologique. Comment peut-on revendiquer le changement au sommet du régime alors qu’on est incapable de changer ? Deux choix s’offrent au parti, évoluer ou mourir », résume Al-Hariri lui-même âgé de 64 ans. S’il est élu, il s’engagera à afficher haut et fort son opposition au régime, à boycotter toutes les élections pour ne pas lui donner de crédit et à appliquer la démocratie dans la gestion des affaires intérieures du parti, « ce qui ne manquera pas d’attirer de nouveaux adhérents ».

Homme fort du parti qui a succédé depuis 2003 au dirigeant historique Khaled Mohieddine, Réfaat Al-Saïd a voulu se montrer au-dessus de la mêlée. Il a refusé d’aborder publiquement son différend avec Aboul-Ezz, se contentant de se défendre contre certaines accusations, notamment ses supposées « transactions » avec le gouvernement contre un siège ici ou là, à l’Assemblée du peuple ou au Conseil consultatif. « Que pourrai-je offrir au gouvernement en contrepartie ? Le gouvernement n’est pas aussi naïf », rétorque-t-il.

Pour le secrétaire général du parti, Hussein Abdel-Razeq, « le parti ne vit pas une période de conflits mais plutôt un état de débat et d’autocritique avec la participation de tous les courants ... dans une atmosphère démocratique ».

C’est lui qui est monté au créneau pour réfuter les critiques. Si le parti n’a pas réussi à assurer une présence palpable dans la rue ou une représentation significative au Parlement (un député à l’Assemblée du peuple), ce n’est pas à cause d’une certaine défectuosité propre au parti mais plutôt à cause des restrictions imposées aux partis de l’opposition en général, « notamment l’interdiction des manifestations publiques, le harcèlement policier et la fraude électorale », énumère Abdel-Razeq. « Ce qui se traduit par une passivité générale des citoyens qui s’abstiennent de toute participation politique ».

Hussein Abdel-Razeq (71 ans) est également candidat à sa propre succession. Il disputera les élections face à Al-Sayed Abdel-Aal, cadre du parti. Ce dernier dit regretter le fait que des centaines de jeunes adhèrent au parti chaque année « mais faute de pouvoir s’intégrer ne tardent pas de s’en aller ». Il propose d’injecter du sang nouveau, tout en estimant que le président actuel du parti, Réfaat Al-Saïd, est « le meilleur pour la prochaine période ».

 

Intransigeance et adaptation

Depuis sa création en 1976 avec l’introduction du multipartisme dans la vie politique égyptienne, le parti du Rassemblement, au départ de tendance marxiste, regroupait également les Nassériens, ce qui n’a pas tardé de créer les premiers conflits internes. Ceux-ci ont fini par faire sécession et créer leur propre parti. Les positions intransigeantes du parti à l’égard de « l’impérialisme américain », le refus de l’accord de paix conclu avec Israël, ainsi que de toute forme de normalisation avec l’Etat hébreu lui ont également fait perdre de nombreux cadres et intellectuels ayant opté pour le « dialogue » avec les Israéliens.

Mais il se trouvait aussi que l’auteur de la paix avec Israël et du rapprochement avec les Etats-Unis, le président Anouar Al-Sadate, considérait « les communistes » comme le danger numéro 1 menaçant son régime (il les accusait d’être derrière les manifestations de la faim de janvier 1977). D’où la guerre policière qu’il a engagée contre le Rassemblement et ses dirigeants. Le président Moubarak a lui identifié les islamistes comme principal adversaire.

Après la dislocation de l’ex-Union soviétique, le Rassemblement a dû adapter son idéologie marxiste en faveur d’une version plus « réaliste », mais ses positions anti-islamistes sont restées intransigeantes. Son président Réfaat Al-Saïd est allé jusqu’à faire de la lutte contre l’islam politique son combat personnel, ce qui a rencontré la sollicitude du régime. En 1990, le parti a été pour la première fois représenté au Parlement. L’anti-islamisme est devenu un point commun rapprochant ce parti, tant opprimé, du pouvoir, d’où les accusations visant Al-Saïd d’avoir dilué le caractère « opposant » du parti en adoptant des positions « dociles » vis-à-vis du président Moubarak. Des accusations qui proviennent souvent de l’intérieur même du parti.

Aujourd’hui, le parti est notamment actif dans les milieux des syndicats ouvriers où ses supporters mènent campagne sous le slogan « face à la coalition du capitalisme, du despotisme et de la corruption ». Il veut se donner l’image d’un parti proche des couches les plus démunies, qui s’est donné comme vocation de lutter contre la pauvreté, et le chômage. Al-Tagammoe revendique ainsi un rôle « majeur » dans les manifestations, grèves ou sit-in qui se sont multipliés récemment dans divers secteurs ouvriers. Selon des estimations officieuses, les membres adhérant au parti seraient passés de 150 000 depuis sa création il y a 32 ans à 30 000 aujourd’hui.

Chérif Albert

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