Partis.
Le sixième congrès général du parti du Rassemblement «
Al-Tagammoe » se déroule aujourd’hui et demain sur fond de
critiques internes contre ses dirigeants « sclérosés ».
Caciques contre pro-jeunes
La manifestation est essentiellement électorale. Le 6e
congrès général du parti se déroule ce mercredi et ce jeudi
avec la participation d’environ 800 membres venus de presque
tous les gouvernorats du pays. Ils sont appelés à choisir
les responsables de leur formation de la base au sommet. Or,
les fondateurs et dirigeants « historiques » sont peu
enclins à passer le flambeau.
Le duel le plus médiatisé est celui qui oppose le président
du parti et candidat à sa propre succession, Réfaat Al-Saïd,
à son adjoint et concurrent Aboul-Ezz Al-Hariri. Celui-ci
accuse Al-Saïd d’entretenir une sorte de complicité avec le
Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), et critique
également son style « dictatorial » dans la gestion des
affaires du parti qu’il « monopolise ».
« Les dirigeants du parti ont vieilli aux deux sens du
terme, politique et biologique. Comment peut-on revendiquer
le changement au sommet du régime alors qu’on est incapable
de changer ? Deux choix s’offrent au parti, évoluer ou
mourir », résume Al-Hariri lui-même âgé de 64 ans. S’il est
élu, il s’engagera à afficher haut et fort son opposition au
régime, à boycotter toutes les élections pour ne pas lui
donner de crédit et à appliquer la démocratie dans la
gestion des affaires intérieures du parti, « ce qui ne
manquera pas d’attirer de nouveaux adhérents ».
Homme fort du parti qui a succédé depuis 2003 au dirigeant
historique Khaled Mohieddine, Réfaat Al-Saïd a voulu se
montrer au-dessus de la mêlée. Il a refusé d’aborder
publiquement son différend avec Aboul-Ezz, se contentant de
se défendre contre certaines accusations, notamment ses
supposées « transactions » avec le gouvernement contre un
siège ici ou là, à l’Assemblée du peuple ou au Conseil
consultatif. « Que pourrai-je offrir au gouvernement en
contrepartie ? Le gouvernement n’est pas aussi naïf »,
rétorque-t-il.
Pour le secrétaire général du parti, Hussein Abdel-Razeq, «
le parti ne vit pas une période de conflits mais plutôt un
état de débat et d’autocritique avec la participation de
tous les courants ... dans une atmosphère démocratique ».
C’est lui qui est monté au créneau pour réfuter les
critiques. Si le parti n’a pas réussi à assurer une présence
palpable dans la rue ou une représentation significative au
Parlement (un député à l’Assemblée du peuple), ce n’est pas
à cause d’une certaine défectuosité propre au parti mais
plutôt à cause des restrictions imposées aux partis de
l’opposition en général, « notamment l’interdiction des
manifestations publiques, le harcèlement policier et la
fraude électorale », énumère Abdel-Razeq. « Ce qui se
traduit par une passivité générale des citoyens qui
s’abstiennent de toute participation politique ».
Hussein Abdel-Razeq (71 ans) est également candidat à sa
propre succession.
Il
disputera les élections face à Al-Sayed Abdel-Aal, cadre du
parti. Ce dernier dit regretter le fait que des centaines de
jeunes adhèrent au parti chaque année « mais faute de
pouvoir s’intégrer ne tardent pas de s’en aller ». Il
propose d’injecter du sang nouveau, tout en estimant que le
président actuel du parti, Réfaat Al-Saïd, est « le meilleur
pour la prochaine période ».
Intransigeance et adaptation
Depuis
sa création en 1976 avec l’introduction du multipartisme
dans la vie politique égyptienne, le parti du Rassemblement,
au départ de tendance marxiste, regroupait également les
Nassériens, ce qui n’a pas tardé de créer les premiers
conflits internes. Ceux-ci ont fini par faire sécession et
créer leur propre parti. Les positions intransigeantes du
parti à l’égard de « l’impérialisme américain », le refus de
l’accord de paix conclu avec Israël, ainsi que de toute
forme de normalisation avec l’Etat hébreu lui ont également
fait perdre de nombreux cadres et intellectuels ayant opté
pour le « dialogue » avec les Israéliens.
Mais il
se trouvait aussi que l’auteur de la paix avec Israël et du
rapprochement avec les Etats-Unis, le président Anouar Al-Sadate,
considérait « les communistes » comme le danger numéro 1
menaçant son régime (il les accusait d’être derrière les
manifestations de la faim de janvier 1977). D’où la guerre
policière qu’il a engagée contre le Rassemblement et ses
dirigeants. Le président Moubarak a lui identifié les
islamistes comme principal adversaire.
Après la
dislocation de l’ex-Union soviétique, le Rassemblement a dû
adapter son idéologie marxiste en faveur d’une version plus
« réaliste », mais ses positions anti-islamistes sont
restées intransigeantes. Son président Réfaat Al-Saïd est
allé jusqu’à faire de la lutte contre l’islam politique son
combat personnel, ce qui a rencontré la sollicitude du
régime. En 1990, le parti a été pour la première fois
représenté au Parlement. L’anti-islamisme est devenu un
point commun rapprochant ce parti, tant opprimé, du pouvoir,
d’où les accusations visant Al-Saïd d’avoir dilué le
caractère « opposant » du parti en adoptant des positions «
dociles » vis-à-vis du président Moubarak. Des accusations
qui proviennent souvent de l’intérieur même du parti.
Aujourd’hui, le parti est notamment actif dans les milieux
des syndicats ouvriers où ses supporters mènent campagne
sous le slogan « face à la coalition du capitalisme, du
despotisme et de la corruption ». Il veut se donner l’image
d’un parti proche des couches les plus démunies, qui s’est
donné comme vocation de lutter contre la pauvreté, et le
chômage. Al-Tagammoe revendique ainsi un rôle « majeur »
dans les manifestations, grèves ou sit-in qui se sont
multipliés récemment dans divers secteurs ouvriers. Selon
des estimations officieuses, les membres adhérant au parti
seraient passés de 150 000 depuis sa création il y a 32 ans
à 30 000 aujourd’hui.
Chérif Albert