Coptes.
Dans un verdict inédit, la Haute Cour administrative a
enjoint le pape Chénouda à remarier un fidèle ayant obtenu
le divorce.
Ce que Dieu a uni …
Pour
assurer un « équilibre entre les décisions ecclésiastiques
et les droits constitutionnels des citoyens », la Haute Cour
administrative a enjoint samedi le patriarche copte Chénouda
III à autoriser le remariage de Atef Kirollos, un homme de
religion chrétienne ayant obtenu le divorce.
Jusqu’ici les tribunaux accordaient aux chrétiens le droit
de divorcer ou de se refaire un mariage civil, laissant à l’Eglise
l’autorité de valider ou non leurs décisions. Ce verdict est
donc unique dans la mesure où il « empiète » en quelque
sorte sur ce pré carré ecclésiastique en indiquant qu’« une
décision juridique doit avoir des conséquences religieuses
». D’après les attendus du verdict, « le chef religieux (en
l’occurrence le pape) n’a pas le droit de s’affranchir du
pouvoir judiciaire en exerçant ses fonctions ». Le pape «
est obligé de justifier » son refus d’accorder un permis de
mariage aux personnes divorcées sinon, toujours d’après la
cour, il aurait « outrepassé ses prérogatives ».
Dans une première réaction, le porte-parole de l’Eglise, Mgr
Marcos, a affirmé sur un ton tranchant : « Nous obéissons à
l’Evangile plus qu’à toute autre loi. La Bible est la
Constitution qui gère notre vie ». Il a affirmé que le pape
étudierait avec le saint-synode et le conseil communautaire
copte (al-maglis al-milli) une action judiciaire pour
invalider ce verdict.
Ce verdict final de la Haute Cour administrative semble loin
de pouvoir clore l’affaire. L’avocat Naguib Gobrial qui
soutient la position de l’Eglise affirme que, juridiquement,
même un verdict final peut être invalidé « si son
application est susceptible de provoquer des préjudices
majeurs ». « La Cour de cassation avait affirmé que la
justice n’a pas d’autorité sur le pouvoir religieux. Peut-on
imaginer un verdict réduisant le mois de Ramadan à 25 jours
pour alléger les gens ? C’est une question tranchée »,
ajoute Me Gobrial.
Si la législation égyptienne est dans sa plus grande partie
laïque, calquée notamment sur la loi française, le statut
personnel obéit à la charia (la loi islamique), alors qu’un
code civil spécial adopté en 1938 régit les mariages et
divorces des chrétiens. C’est sur ce code élaboré par des
laïcs coptes et jamais reconnu par l’Eglise que se basent
les tribunaux aujourd’hui. Il permet le divorce dans une
dizaine de cas dont l’absence de l’un des conjoints pour
plus de trois ans, la maladie incurable de l’un des
conjoints, le manquement aux devoirs conjugaux, etc., et
élargit l’interprétation de « l’adultère », seul cas admis
par l’Eglise pour reconnaître le divorce.
Pour résoudre le problème, les chefs des communautés
chrétiennes d’Egypte, orthodoxe, catholique et protestante,
ont élaboré un code civil unique en 1978 pour fournir aux
tribunaux une référence représentant la foi chrétienne en la
matière. Malgré une deuxième tentative en 1998, ce code est
resté dans les tiroirs du ministère de la Justice. « C’est
peut-être le moment pour que l’Etat se penche sur cette
législation dont nous avons demandé à maintes reprises
l’adoption », revendique Mgr Marcos en réaction au verdict
de samedi. La position stricte de l’Eglise laisse dans le
suspense un grand nombre de fidèles divorcés, hommes et
femmes, qui attendent, souvent plusieurs années, avant de
savoir s’ils obtiendront ou non le droit de se remarier. Une
situation qui se conclut souvent par la conversion à l’islam
ou à un autre rite. C’est pourquoi le verdict a été bien
accueilli par certains intellectuels coptes et défenseurs
des droits de l’homme.
« Ce verdict ne contredit pas l’Evangile, il en contredit
certaines interprétations », affirme Kamal Zakher, connu
pour ses positions critiques envers le clergé copte. Comme
lui, beaucoup d’autres fidèles appellent l’Eglise à adopter
une position plus souple en donnant aux textes religieux une
interprétation plus adaptée aux conditions de vie actuelle.
« La décision de la cour montre notre besoin pressant d’une
loi civile pour tous les Egyptiens souhaitant se marier en
dehors des mosquées et des églises », affirme de son côté
Hossam Bahgat, un militant des droits de l’homme. « La
responsabilité incombe également à l’Etat qui doit trouver
une solution, et celle-ci consiste à reconnaître le mariage
civil. Sinon, je ne vois pas comment un tel verdict
obligeant l’Eglise à conclure des mariages contraires à ses
croyances puisse être appliqué », ajoute-t-il.
Après une décision semblable l’année dernière d’un tribunal
de première instance en faveur du même Atef Kirollos, le
pape Chénouda a réagi en affirmant qu’« aucune force sur
terre ne pourrait forcer l’Eglise à contredire les
enseignements de l’Evangile », ajoutant sous les
applaudissements de plusieurs milliers de fidèles, que tout
prêtre qui concluait un mariage en dehors de ce cadre sera «
immédiatement défroqué ».
Chérif Albert