Diplomatie.
La nouvelle ambassadrice des Etats-Unis au Caire, Margaret
Scobey, doit prendre ses fonctions en mai prochain.
Une représentante contestée d’avance
La prochaine ambassadrice des Etats-Unis en Egypte
actuellement en poste à Damas, Margaret Scobey, a soulevé un
déluge de critiques dans les milieux proches du gouvernement
en déclarant avoir l’intention de poursuivre les pressions
sur l’Egypte pour améliorer la situation des droits de
l’homme et inciter le gouvernement égyptien à accomplir une
réforme politique. Scobey, récemment désignée par le
président Bush, a également affirmé que la situation des
droits de l’homme en Egypte « laisse à désirer » et que
d’énormes progrès doivent encore être réalisés dans ce
domaine. Elle a, à cet égard, critiqué la poursuite en
justice de sept rédacteurs en chefs de journaux
indépendants, les restrictions imposées aux organisations
non gouvernementales opérant en Egypte et l’emprisonnement
d’Aymane Nour.
Affichant un profil plus politique que diplomatique
contrairement à celui de son prédécesseur Richard
Ricciardone, Scobey avait déjà fait parler d’elle en 2005
lorsqu’elle a quitté Damas en guise de protestation contre
l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafiq
Al-Hariri.
Margaret Scobey a entamé sa carrière de diplomate en 1981.
Elle a travaillé dans plusieurs capitales du Moyen-Orient,
comme Sanaa, Koweït, Riyad, Damas et Bagdad. L’année
dernière, elle est devenue conseillère spéciale de la
secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, et ce avant d’être
nommée récemment ambassadrice des Etats-Unis au Caire, où
elle doit prendre ses fonctions au mois de mai prochain. Au
cours des dernières semaines, certains éditorialistes l’ont
l’accusée d’incompétence, ou de ne pas « savoir rester à sa
place ». Les propos de Scobey ont même été considérés comme
une « ingérence inacceptable dans les affaires internes de
l’Egypte et une interférence dans la souveraineté du pays »,
comme le souligne l’ancien ambassadeur, Mahmoud Choukri. La
nomination au Caire d’une femme connue pour ses prises de
positions directes et ses critiques ouvertes envers les
régimes arabes peut-elle avoir une signification
particulière ? Est-ce le signe d’une volonté de Washington
de hausser le ton avec Le Caire, notamment sur les questions
de libertés et des droits de l’homme ? Pas nécessairement.
La nomination de Scobey intervient en effet à quelques mois
seulement de la fin du mandat du président Georges Bush.
Sans compter que les Etats-Unis ont considérablement réduit
leurs pressions visant à inciter les pays de la région à
initier des réformes démocratiques. Les propos de Scobey ne
seraient a priori pas le reflet d’un changement d’attitude
de l’Administration américaine envers l’Egypte. Cependant,
sa nomination donnera inévitablement lieu à des «
escarmouches » entre l’Egypte et les Etats-Unis.
Toujours
est-il que des représentants des organisations des droits de
l’homme ont critiqué l’attitude qui consiste à rejeter
automatiquement toute critique sur les droits de l’homme.
C’est notamment l’avis de Bahieddine Hassan, directeur de
l’Institut du Caire pour les droits de l’homme. « A chaque
fois que l’on soulève ces sujets, on s’empresse d’attaquer
la communauté internationale d’interférence ou d’ingérence
dans des affaires internes, comme il a été, par exemple, le
cas de la condamnation de la dernière résolution du
Parlement européen demandant la libération d’Aymane Nour »,
avance-t-il. Et de conclure : « Il est très facile de
refuser toute critique portant sur ces sujets importants, en
les taxant d’ingérence, car cela aide à détourner les
attentions sur leurs contenus et à éviter d’en discuter ».
Randa
Achmawi