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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Dossier

Palestine. L’indépendance autoproclamée du Kosovo, les réactions serbes rappelant l’ultranationalisme de Milosevic et les jeux d’intérêts divers démontrent que l’ex-Yougoslavie n’a pas retrouvé son équilibre.

Le feu couve encore

« Les dirigeants albanais du Kosovo sont des terroristes », « L’Amérique est un agresseur ignorant » et la Serbie est une victime qui doit se tourner en direction de la Russie pour obtenir une aide. Cette rhétorique émerge de la Serbie ces jours-ci, rappelant la période de l’ancien dictateur Slobodan Milosevic, il y a une vingtaine d’années. Ce dirigeant génocidaire, ou représentant d’une tendance d’épuration ethnique enflammant les passions des Serbes, les a mobilisés contre le Kosovo et intimidé les non Serbes dans l’ex-Fédération de Yougoslavie.

Ce fut une succession de quatre guerres, qui se sont terminées toutes par la défaite de Belgrade. Aujourd’hui, la Serbie a recours à la même tactique et à la même dénonciation de l’Occident, pour sa reconnaissance, en grande majorité, de l’indépendance du Kosovo. Une région que les Serbes considèrent comme leur foyer sacré. « L’Occident est déterminé à nous humilier », a lancé le premier ministre Vojislav Kostunica au cours d’un rallye à Belgrade. Il a ajouté que la Serbie n’accepterait jamais « le faux Etat du Kosovo soutenu par l’Occident parce que dans un Etat factice, tout est mensonge ». De nombreuses personnalités serbes ont loué ce « retour » de Kostunica à l’ancienne politique de Milosevic sur le Kosovo. Mais selon les observateurs, Belgrade n’a plus la puissance qu’avait l’ancienne armée yougoslave pour contraindre le leadership albanais du Kosovo à se soumettre à sa volonté. Même les nationalistes les plus ultras ont souligné qu’ils ne pourraient combattre la force de maintien de la paix de l’Otan. Toujours est-il, comme le souligne un reportage de Dusan Stojanovic pour AP, qu’une ligne de défi anti-occidentale se maintient en Serbie bien qu’elle ait poussé la Serbie à être isolée internationalement dans les années 1990. Nenad Canak, un membre de l’opposition serbe, affirme à cet égard « que la Serbie a échappé à peine au sort sanglant auquel l’avait vouée le règne de Milosevic. Mais aucune leçon n’en a été tirée. Nous revenons de nouveau à la même politique ».

Le Kosovo a échappé à l’emprise serbe depuis 1999, lorsqu’un bombardement intensif de 78 jours par l’Otan a obligé Milosevic à mettre fin à sa campagne sanglante contre la guérilla indépendantiste. Et malgré cela, ce n’est pas seulement la rhétorique anti-albanaise qui est aujourd’hui pareille à celle des années 1990 qui domine la presse serbe, mais aussi les milices que Milosevic a formées pour combattre la Croatie, la Bosnie et le Kosovo ont fait leur réapparition dans les rues de Belgrade, lançant des menaces contre les politiciens libéraux qui s’opposent au gouvernement et attaquant les ambassades occidentales. Un retour à un nationalisme exacerbé face auquel le nouveau président élu Boris Tadic, un pro-occidental vainqueur d’un adversaire ultranationaliste, ne semble pouvoir rien faire. « Avec ce leadership, la Serbie glisse rapidement vers l’isolation ».

Tout ceci démontre que le syndrome des Balkans, fait de divisions ethniques et religieuses complexes et inconciliables, reste entier. Pour le politologue égyptien Wahid Abdel-Méguid, c’est une vieille question historique : « Une diversité ethnique et confessionnelle très forte et enchevêtrée avec l’absence d’une tradition de gestion des crises de manière pacifique ».

Le numéro trois du département d’Etat, Nicholas Burns, a rappelé à cet égard les faits à l’origine de l’indépendance du Kosovo, s’en est ensuite pris aux nationalistes serbes, estimant qu’ils « n’arrivent pas à oublier l’Histoire, ce qui s’est passé dans les Balkans dans les années 1990 ».

« C’est quand même curieux d’assister à la poursuite de ce qui est, je dois le dire, des invectives du gouvernement de Belgrade, sur ce qui se passe au Kosovo », a-t-il ajouté avant de rappeler le nettoyage ethnique entrepris par les Serbes avant l’intervention de l’Otan pour protéger la population albanaise du Kosovo. « A cause de cette Histoire, les Nations-Unies ont retiré le Kosovo à la Serbie en juin 1999 », a-t-il rappelé.

Les chefs de la diplomatie des Balkans, réunis à Sofia, ont tenté de s’en sortir. Mais dans cet imbroglio, deux pays de la région — l’Albanie et la Turquie — ont reconnu l’indépendance du Kosovo, tandis que la Bulgarie et la Croatie sont prêtes à la reconnaître et que la Grèce et le Monténégro ont exprimé des réserves. La

Serbie, la Roumanie, la Bosnie-Herzégovine, la Moldavie et Chypre s’opposent à la reconnaissance de l’Etat autoproclamé. Le représentant kosovar à la réunion en Bulgarie a déclaré que Pristina ne voulait pas se laisser impliquer dans « la rhétorique ». « Nous voulons regarder vers l’avant, nous ne regardons pas vers le passé qui a effectivement été mauvais pour la Serbie, pour le Kosovo et pour toute la région, à cause de la guerre », a-t-il ajouté. Les Balkans ont subi les contrecoups de la dissolution de l’ex-Yougoslavie

dans les années 1990 marquées par la guerre, où ceux qu’on appelait les Yougoslaves se sont entretués. Slovènes contre Serbes, Serbes contre Croates, puis Serbes et Croates contre Bosniaques suivi d’un embrasement au Kosovo.

Aujourd’hui l’indépendance est-elle une solution ? Cet Etat est-il viable économiquement ? Les Etats-Unis le reconnaissent et font tous les efforts pour le soutenir. Une attitude qui certes va dans le droit fil de leur politique à l’égard de l’ex-Yougoslavie. Mais comme le soutien Wahid Abdel-Méguid, « l’objectif est de contourner la Russie et de restreindre sa liberté de mouvement. En plus, c’est se donner une image favorable auprès du monde musulman en soutenant un Etat à majorité musulmane ».

Ahmed Loutfi (avec agences)

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