Zimbabwe.
Le président Mugabe dispute son sixième mandat présidentiel
le 29 mars sur fond de crise économique sans précédent. Il
devrait toutefois profiter de la division de ses
adversaires.
Mugabe face au désastre économique
Le
président Robert Mugabe, 84 ans, au pouvoir depuis
l’indépendance de la Rhodésie britannique en 1980, sera-t-il
réélu, pour un sixième mandat de cinq ans, lors des
prochaines élections présidentielles, législatives et
locales du 29 mars, ou sera-t-il battu par l’opposition ?
L’incertitude est désormais de mise depuis que Mugabe est
devenu cible de critiques dans son propre camp face à
l’ampleur du désastre économique qu’affronte le pays.
L’entrée en lice pour la présidentielle de son ancien
ministre des Finances, Simba Makoni, a infligé un coup
sévère au chef de l’Etat, qui comptait sur une victoire
facile compte tenu de l’éclatement de l’opposition. Exclu du
parti au pouvoir, la Zanu-PF, Makoni se présente en
indépendant. La donne a été ainsi bouleversée car Mugabe
n’aura pas cette année comme seul grand rival le chef de
file de l’opposition Morgan Tsvangirai, leader du Mouvement
pour un changement démocratique (MDC), mais aussi un ancien
allié, qui promet de s’attaquer à la profonde crise
économique.
L’inflation au Zimbabwe bat record mondial sur record,
dépassant en janvier 100 000 %. « Le taux annuel d’inflation
pour le mois de janvier 2008 (...) est de 100 580,2 %, en
hausse de 34 367,9 points par rapport au taux de 66 212,3 %
de décembre », a indiqué l’Office central des statistiques (CSO).
Cela signifie qu’en un an, les prix de détail ont été
multipliés par plus de 1 000. Ce chiffre faramineux et le
marasme économique devraient être dans toutes les têtes au
moment des élections du 29 mars. « L’état de l’économie va
certainement jouer un rôle proéminent dans le scrutin »,
prédit Rangarirai Mberi, rédacteur en chef d’un hebdomadaire
économique, The Financial Gazette. Godfrey Kanyenze,
économiste en chef du Congrès des syndicats zimbabwéens
(ZCTU, proche de l’opposition), partage cette opinion. «
L’état de l’économie sera déterminant dans les élections ».
Pour lui, l’approche du scrutin explique d’ailleurs cette
dernière envolée. « Elle résulte d’un usage excessif de la
planche à billets à des fins électorales », assure-t-il. Le
syndicaliste estime que le taux est encore sous-évalué et
que l’inflation pourrait être près de 150 000 %.
Depuis huit ans, l’économie du Zimbabwe, autrefois grenier à
grains de l’Afrique, se désagrège. Outre cette
hyperinflation, le pays souffre de pénuries régulières de
denrées et de carburant, d’un taux de chômage de près de 80
% et d’un effondrement de sa production. L’espérance de vie
a chuté en dessous de 36 ans. L’Occident accuse la réforme
agraire de 2000 suivie de l’expropriation des fermiers
blancs d’avoir désorganisé le secteur agricole, un pilier
vital de l’économie. Le président Mugabe met en cause les
sanctions imposées aux membres de son régime après sa
réélection controversée en 2002. Son gouvernement a tenté en
juin dernier d’imposer un contrôle des prix qui n’a fait
qu’aggraver les pénuries, la plupart des producteurs
s’estimant incapables de couvrir leurs frais aux prix
imposés. La Banque Centrale a dû dévaluer à plusieurs
reprises sa monnaie et a introduit en janvier des billets
allant jusqu’à 10 millions de dollars zimbabwéens. Les
Zimbabwéens survivent en faisant des courses avec des sacs
de billets — souvent au marché noir —, en sautant des repas,
en ne se déplaçant qu’à pied et grâce à l’aide financière de
la diaspora. David Mupamhadzi, économiste au sein du groupe
bancaire Zimbabwe Allied, craint que leur situation ne
devienne encore plus difficile. « Les prix sont déjà hors
d’atteinte pour la plupart, cela va empirer »,
regrette-t-il.
Makoni, comme d’autres adversaires de Mugabe, impute la
responsabilité de cette situation à une gestion
catastrophique du pays par le chef de l’Etat. Le président
répond d’ordinaire que les problèmes économiques du Zimbabwe
sont le résultat du sabotage du pays par les puissances
occidentales, qu’il accuse de comploter pour le chasser du
pouvoir en raison de sa politique d’expropriation des terres
appartenant aux Blancs pour les redistribuer aux Noirs. Le
dirigeant a récemment affirmé que l’ancienne puissance
coloniale britannique et ses alliés tentaient de
déstabiliser le pays en envoyant des centaines de personnes
au Zimbabwe sous couvert d’organisations non
gouvernementales. Les opposants à Mugabe voient là une
nouvelle accusation destinée à masquer les propres failles
du gouvernement mais placent dans l’élection du 29 mars
quelques « minces » espoirs de changement, en raison de la
division de l’opposition.
Autrefois une vraie force, le MDC, qui représentait une
vraie menace pour le régime au début des années 2000, est
scindé en deux factions depuis 2005 et ne parvient pas à se
réconcilier. Le leader de la faction minoritaire dissidente,
Arthur Mutaramba, a indiqué qu’il soutenait Makoni. Après
l’annonce de la candidature de ce dernier, certains
observateurs avaient estimé que le leader du MDC, Morgan
Tsvangirai, lui aussi candidat déclaré à la présidentielle,
pourrait se rallier à lui. Mais il a maintenu sa
candidature, expliquant que leurs différences étaient trop
importantes. Tout en louant le courage et le patriotisme de
Makoni, qui a démissionné du gouvernement en 2003,
Tsvangirai a souligné qu’il « était resté membre du bureau
politique de la Zanu-PF, alors que les espoirs de libération
étaient ruinés, l’économie détruite, un quart de la
population en fuite ». « Il est resté et n’a rien fait »,
a-t-il martelé. En 2002, M. Tsvangirai était déjà candidat
contre le président Mugabe, qui avait été réélu dans un
scrutin qualifié de frauduleux par l’opposition et les
Occidentaux.
Hicham Mourad