Al-Ahram Hebdo, Voyages | L’exception amarnienne
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 Semaine du 26 mars au 1er avril 2008, numéro 707

 

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Egyptologie. Les récents travaux entamés par la Mission archéologique française du Bubasteion à Saqqara mettent le point sur deux tombes, celle de Maïa, mère-nourricière de Toutankhamon, et celle du scribe du trésor du temple d’Aton à Memphis, Raïya.

L’exception amarnienne

Restaurations, études et préservations, les membres de la mission archéologique française du Bubasteion, dirigée par Alain Zivie s’activent. C’est suite à la découverte de quelques tombes d’importance considérable datées de l’époque amarnienne à Memphis que cette zone retrouve un intérêt particulier. Ayant mis au jour quatre grandes tombes de cette époque si délicate, Alain Zivie, désormais spécialiste de la période atonienne, met en exergue notamment deux tombes, celle de Maïa, mère-nourricière de Toutankhamon, et celle du scribe du trésor du temple d’Aton à Memphis Raïya. La première est une véritable tombe-clé du royaume d'Akhenaton, la seconde incarne aussi l’époque amarnienne par excellence. Et bien que la découverte de ces deux hypogées ait eu lieu depuis plusieurs années, « la restauration de celles-ci est en train de permettre de décoder les énigmes d’une époque considérée comme celle d’une crise majeure de toute l’histoire égyptienne », commente Alain Zivie.

La trouvaille de la tombe de Maïa, qui avait été réutilisée comme catacombes des chats vers la fin de l’âge pharaonique et les débuts de l’époque ptolémaïque, était une grande surprise pour la mission archéologique. En effet, la première scène rencontrée représentait une belle femme en face à face avec un jeune « roi, sans doute Toutankhamon et visiblement Toutankhamon enfant », explique Zivie. C’était Maïa qui « avait nourri la chair de dieu », comme le précisent les inscriptions et dont le nom a été mentionné à plusieurs reprises. Toutankhamon est assis sur le trône, et couronné du signe royal classique « le cobra », et derrière lui, sont debout six généraux du royaume atonien, à l’instar de Horemheb et Aye. Il en manque six autres dont la représentation pourrait être sur le mur cassé.

Maïa l’exceptionnelle

En effet, ce face-à-face reflète les regards tendres de l’ancienne nourrice qui protège toujours le jeune pharaon, lorsqu’il était encore Toutankhaton, déjà élevé dans la cour amarnienne et selon les principes atoniens. « Je considère cette scène comme un chef-d’œuvre de l’art égyptien », reprend l’archéologue. Elle a une double valeur politique et idéologique, sans oublier le raffinement stylistique du sculpteur qui, peut-être, était édicté d’effectuer cette scène dans la première chambre de la chapelle de la tombe de la nourrice. Une telle représentation révèle alors un hommage public du jeune prince, devenu roi, à son ancienne nourrice. Toutankhamon représentait à la fois « le bien-né, étant le fils du roi, mais encore le mal-né étant le fils d’Akhenaton », explique l’égyptologue, en effet cette scène reflète l’état politique du pays pendant et après le règne de Toutankhamon grâce à la représentation des généraux du pouvoir atonien qui l’entouraient, soit debout soit à genoux. Ces mêmes généraux devaient se quereller et se battre avec acharnement. D’ailleurs, parmi les reliefs les plus explicatifs de cette scène, c’est l’inscription dans laquelle s’adresse Maïa à Osiris en se mettant dans la peau d’Isis qui allaitait l’enfant Toutankhamon ou Horus.

Au cours des fouilles, « Nous étions en quête de l’époux de cette femme, puisque les nourrices de l’époque étaient les femmes des hauts fonctionnaires. Mais Maïa était unique. La tombe appartient uniquement à la mère-nourricière, mettant en évidence son importance au sein de l’institution féminine de la cour atonienne », explique Zivie. Ceci s’est concrétisé grâce à la découverte d’une scène qui incarne Maïa coiffée d’une sorte de modius porté par les femmes associées à l’institution du harem royal. Maïa est en fait assise prestigieusement, et reçoit les hommages de ses jeunes assistantes dans l’institution du harem et de quelques prêtres et fonctionnaires. Cette scène ornait la deuxième chambre de la chapelle de la tombe.

 

Raïya, l’homme d’Aton

Donc, Maïa est une personne-clé, à la fois de l’époque atonienne et de ses circonstances politiques. Cette tombe est alors à cheval entre le style amarnien et celui du Nouvel Empire. Mais la tombe la plus atonienne de Saqqara, c’est celle du scribe du trésor du temple d’Aton à Memphis et à Amarna Raïya ou Hatiay, avec celle de Meryneith ou Mery Rê qui est récemment redécouverte par la mission hollandaise. La tombe de Mery Rê était déjà connue dans les documents et enfin les Hollandais ont pu la mettre au jour il y a peu de temps. Mais la tombe où opère Bubasteion depuis quelques années, c’est celle de Raïya. Trouvée à l’ouest de la tombe de Maïa, celle de Raïya s’est avérée moitié construite moitié rupestre. Les ouvriers se sont servis en fait de la nature de la roche à Saqqara pour peindre la tombe du scribe. Et pour la prolonger, ils ont construit le reste. Intacte qu’elle soit, cette tombe a été bâtie, sans le moindre doute, pendant le règne d’Akhenaton. Les noms, les dieux, les textes et les cartouches. Tout est atonien. « Nous pouvons encore remarquer l’inscription d’Aton dans les cartouches, sans oublier celles d’Akhenaton et Néfertiti, qui y ont été découvertes », explique Zivie. S’ajoute encore à tout cela l’architecture « talatat » qui a été utilisée dans la construction de Raïya. Les bas-reliefs en creux, entre peinture et sculpture sont une merveille. Ils ont été réalisés par un très grand artiste, peut-être un de ceux qui ont fait certains portraits d’Akhenaton. Malgré cette atmosphère amarnienne régnante dans cette tombe, la doctrine osirienne classique surgit quand même. Parmi les récentes fouilles mises au jour se trouve une stèle inachevée où est représenté Raïya avec sa femme devant Osiris. En plus, la femme est mentionnée comme chanteuse d’Osiris. Pour Zivie, il semble que cette stèle a été rajoutée après la mort d’Akhenaton. Désormais, peut-être « il y a eu une sorte de liberté politique qui a encouragé le sculpteur à effectuer cette scène. On ne sait pas, veut-on dire que l’homme du temple d’Aton n’était pas sincère au culte qu’il personnifiait pendant le règne d’Akhenaton ? En tout cas, c’est une scène problématique », reprend Zivie.

Que ce soit la tombe de Maïa ou celle de Raïya, toutes les deux ont permis de décoder quelques signes de l’époque amarnienne, il en reste autant à éclairer à travers les fouilles et les études.

Doaa Elhami

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