Egyptologie.
Les récents travaux entamés par la Mission archéologique
française du Bubasteion à Saqqara mettent le point sur deux
tombes, celle de Maïa, mère-nourricière de Toutankhamon, et
celle du scribe du trésor du temple d’Aton à Memphis, Raïya.
L’exception amarnienne
Restaurations,
études et préservations, les membres de la mission
archéologique française du Bubasteion, dirigée par Alain
Zivie s’activent. C’est suite à la découverte de quelques
tombes d’importance considérable datées de l’époque
amarnienne à Memphis que cette zone retrouve un intérêt
particulier. Ayant mis au jour quatre grandes tombes de
cette époque si délicate, Alain Zivie, désormais spécialiste
de la période atonienne, met en exergue notamment deux
tombes, celle de Maïa, mère-nourricière de Toutankhamon, et
celle du scribe du trésor du temple d’Aton à Memphis Raïya.
La première est une véritable tombe-clé du royaume
d'Akhenaton, la seconde incarne aussi l’époque amarnienne
par excellence. Et bien que la découverte de ces deux
hypogées ait eu lieu depuis plusieurs années, « la
restauration de celles-ci est en train de permettre de
décoder les énigmes d’une époque considérée comme celle
d’une crise majeure de toute l’histoire égyptienne »,
commente Alain Zivie.
La trouvaille de la tombe de Maïa, qui avait été réutilisée
comme catacombes des chats vers la fin de l’âge pharaonique
et les débuts de l’époque ptolémaïque, était une grande
surprise pour la mission archéologique. En effet, la
première scène rencontrée représentait une belle femme en
face à face avec un jeune « roi, sans doute Toutankhamon et
visiblement Toutankhamon enfant », explique Zivie. C’était
Maïa qui « avait nourri la chair de dieu », comme le
précisent les inscriptions et dont le nom a été mentionné à
plusieurs reprises. Toutankhamon est assis sur le trône, et
couronné du signe royal classique « le cobra », et derrière
lui, sont debout six généraux du royaume atonien, à l’instar
de Horemheb et Aye. Il en manque six autres dont la
représentation pourrait être sur le mur cassé.
Maïa l’exceptionnelle
En effet, ce face-à-face reflète les regards tendres de
l’ancienne nourrice qui protège toujours le jeune pharaon,
lorsqu’il était encore Toutankhaton, déjà élevé dans la cour
amarnienne et selon les principes atoniens. « Je considère
cette scène comme un chef-d’œuvre de l’art égyptien »,
reprend l’archéologue. Elle a une double valeur politique et
idéologique, sans oublier le raffinement stylistique du
sculpteur qui, peut-être, était édicté d’effectuer cette
scène dans la première chambre de la chapelle de la tombe de
la nourrice. Une telle représentation révèle alors un
hommage public du jeune prince, devenu roi, à son ancienne
nourrice. Toutankhamon représentait à la fois « le bien-né,
étant le fils du roi, mais encore le mal-né étant le fils
d’Akhenaton », explique l’égyptologue, en effet cette scène
reflète l’état politique du pays pendant et après le règne
de Toutankhamon grâce à la représentation des généraux du
pouvoir atonien qui l’entouraient, soit debout soit à
genoux. Ces mêmes généraux devaient se quereller et se
battre avec acharnement. D’ailleurs, parmi les reliefs les
plus explicatifs de cette scène, c’est l’inscription dans
laquelle s’adresse Maïa à Osiris en se mettant dans la peau
d’Isis qui allaitait l’enfant Toutankhamon ou Horus.
Au cours des fouilles, « Nous étions en quête de l’époux de
cette femme, puisque les nourrices de l’époque étaient les
femmes des hauts fonctionnaires. Mais Maïa était unique. La
tombe appartient uniquement à la mère-nourricière, mettant
en évidence son importance au sein de l’institution féminine
de la cour atonienne », explique Zivie. Ceci s’est
concrétisé grâce à la découverte d’une scène qui incarne
Maïa coiffée d’une sorte de modius porté par les femmes
associées à l’institution du harem royal. Maïa est en fait
assise prestigieusement, et reçoit les hommages de ses
jeunes assistantes dans l’institution du harem et de
quelques prêtres et fonctionnaires. Cette scène ornait la
deuxième chambre de la chapelle de la tombe.
Raïya, l’homme d’Aton
Donc, Maïa est une personne-clé, à la fois de l’époque
atonienne et de ses circonstances politiques. Cette tombe
est alors à cheval entre le style amarnien et celui du
Nouvel Empire. Mais la tombe la plus atonienne de Saqqara,
c’est celle du scribe du trésor du temple d’Aton à Memphis
et à Amarna Raïya ou Hatiay, avec celle de Meryneith ou Mery
Rê qui est récemment redécouverte par la mission
hollandaise. La tombe de Mery Rê était déjà connue dans les
documents et enfin les Hollandais ont pu la mettre au jour
il y a peu de temps. Mais la tombe où opère Bubasteion
depuis quelques années, c’est celle de Raïya. Trouvée à
l’ouest de la tombe de Maïa, celle de Raïya s’est avérée
moitié construite moitié rupestre. Les ouvriers se sont
servis en fait de la nature de la roche à Saqqara pour
peindre la tombe du scribe. Et pour la prolonger, ils ont
construit le reste. Intacte qu’elle soit, cette tombe a été
bâtie, sans le moindre doute, pendant le règne d’Akhenaton.
Les noms, les dieux, les textes et les cartouches. Tout est
atonien. « Nous pouvons encore remarquer l’inscription d’Aton
dans les cartouches, sans oublier celles d’Akhenaton et
Néfertiti, qui y ont été découvertes », explique Zivie.
S’ajoute encore à tout cela l’architecture « talatat » qui a
été utilisée dans la construction de Raïya. Les bas-reliefs
en creux, entre peinture et sculpture sont une merveille.
Ils ont été réalisés par un très grand artiste, peut-être un
de ceux qui ont fait certains portraits d’Akhenaton. Malgré
cette atmosphère amarnienne régnante dans cette tombe, la
doctrine osirienne classique surgit quand même. Parmi les
récentes fouilles mises au jour se trouve une stèle
inachevée où est représenté Raïya avec sa femme devant
Osiris. En plus, la femme est mentionnée comme chanteuse
d’Osiris. Pour Zivie, il semble que cette stèle a été
rajoutée après la mort d’Akhenaton. Désormais, peut-être «
il y a eu une sorte de liberté politique qui a encouragé le
sculpteur à effectuer cette scène. On ne sait pas, veut-on
dire que l’homme du temple d’Aton n’était pas sincère au
culte qu’il personnifiait pendant le règne d’Akhenaton ? En
tout cas, c’est une scène problématique », reprend Zivie.
Que ce soit la tombe de Maïa ou celle de Raïya, toutes les
deux ont permis de décoder quelques signes de l’époque
amarnienne, il en reste autant à éclairer à travers les
fouilles et les études.
Doaa
Elhami