Lutte Gréco-Romaine.
A quelques mois des JO de Pékin 2008, le champion du monde
2006, Mohamad Abdel-Fattah,
dit Bougui (84 kg), est sous le coup d’un procès intenté par
l’Agence mondiale antidopage (WADA) et risque une suspension
de 2 ans. Entretien.
« L’USADA et la WADA
veulent m’empêcher de participer aux JO
»
Al-Ahram
Hebdo : Comment vivez-vous cette période où vous encourez
une suspension de 2 ans ?
Mohamad Abdel-Fattah :
Je me trouve au milieu de ce problème depuis le 24 juillet
2007. Au début, j’étais très affecté par ce procès qui
pourra me priver de mon rêve de remporter une médaille
olympique, mais aujourd’hui j’ai décidé de me concentrer à
100 % à l’entraînement afin de conserver mon niveau et
d’être prêt pour la compétition à n’importe quel moment. Je
devrai être prêt lorsque ce problème sera réglé, donc je
m’entraîne avec la sélection égyptienne au Centre olympique
de Maadi 2 fois par jour sous la houlette du directeur
technique de l’équipe, Barbarov.
— Durant la dernière saison vous n’avez disputé que 2
tournois internationaux et un seul stage de préparation à
l’étranger. Cela n’a-t-il pas affecté votre niveau ?
— Bien sûr, mon niveau a connu une sorte de recul durant la
saison dernière. En fait, j’ai réalisé ma meilleure
performance, qui est la médaille d’or aux Mondiaux 2006,
grâce à mon stage de préparation aux Etats-Unis de ces
dernières années. Sans la concentration et le système
d’entraînement professionnel, mon niveau aurait beaucoup
baissé, surtout que je me trouve dans une situation qui
pourra détruire mon avenir et mon rêve d’une médaille
olympique. Pendant que tous les athlètes préparent dur les
Jeux olympiques, une suspension me pend au nez.
— Qu’est ce qui s’est passé à Tunis lors des Championnats
d’Afrique ?
— Je suis parti pour la Tunisie avec l’intention de
décrocher mon ticket pour les Jeux Olympiques (JO) de Pékin
2008 et j’étais en pleine forme. Mais le jour de la
compétition, j’ai été surpris par la décision de la FILA de
me priver de la compétition à cause du procès intenté contre
moi par la WADA.
— Qu’est-ce qui a poussé l’Agence mondiale antidopage
(WADA) à vous intenter un procès ?
— L’histoire a commencé le 24 juillet 2007. Lors de mon
stage de préparation aux Etats-Unis, avant les Mondiaux
d’Azerbaïdjan, une commission de l’Agence américaine
antidopage (USADA) m’a contacté et m’a demandé un
échantillon pour effectuer un test antidopage. J’ai répondu
que je devais au préalable contacter la Fédération nationale
et que je devais vérifier que cette agence faisait bien
partie de l’Agence mondiale antidopage (WADA) et qu’elle
avait ainsi le droit de me demander un échantillon. Puis
j’ai contacté la Fédération internationale (FILA) et la
Fédération égyptienne pour m’assurer de cela. Mais les
membres de l’USADA n’ont pas attendu et ont envoyé un
rapport à la FILA demandant ma suspension pendant deux ans.
— Cette agence est connue, pourquoi avez-vous refusé de
donner un échantillon pour le test antidopage ?
— Dix jours avant l’arrivée de cette commission, j’ai
effectué une opération chirurgicale et parfois une aspirine
peut donner un résultat positif pour un test antidopage. Et
aux Etats-Unis, j’étais tout seul sans mon entraîneur ni mon
docteur, donc j’avais besoin de temps pour m’assurer auprès
de ma fédération, mais le responsable de l’USADA a refusé de
me donner ce temps et a pris sa décision en 20 minutes. Sa
situation confirme mes sentiments envers lui. Dès son
arrivée à la porte de ma chambre, il était hostile. Il a
frappé à ma porte de façon très agressive comme dans les
anciens films où la police frappe à la porte d’un suspect.
Puis, il s’est adressé à moi comme si l’on m’accusait de
quelque chose. J’avais le sentiment que tout cela avait été
organisé.
— Quelle fut la réaction de la FILA ?
— La FILA a pris 3 décisions différentes. Au début, la
décision a été l’avertissement, tout comme 200 autres
lutteurs dans le monde et comme mon compatriote, le champion
olympique Karam Gaber. Avant les Championnats du monde
d’Azerbaïdjan qui ont eu lieu en septembre 2007, la WADA qui
n’était pas satisfaite de cette décision a intenté un procès
contre moi auprès de la Cour sportive internationale. Selon
la loi, la FILA a refusé ma participation aux Mondiaux, car
un procès était en cours. Et elle a pris une deuxième
décision de me suspendre pendant 6 mois. Je crois que cette
décision a été prise pour faire plaisir à la WADA. Le
conseil exécutif de la FILA a ensuite tenu une autre réunion
et a pris une troisième décision : assurer la suspension de
6 mois. Cette suspension a pris fin le 23 janvier 2008 et
j’ai disputé 2 tournois internationaux en Turquie et en
Hongrie en février et début mars sans problème.
— Selon vous, pourquoi la WADA veut absolument votre
suspension contrairement à ce qui se fait pour les autres
athlètes, notamment l’avertissement ?
— Cette question m’a préoccupé pendant longtemps. Il existe
un tas de raisons, telle la discriminations envers les
Arabes. Ces hommes n’arrivent pas à comprendre comment un
Arabe pourrait être un champion du monde. De plus, les
Américains ont un lutteur d’un bon niveau qui joue dans ma
catégorie, 84 kg, Bradley Vering. Ce dernier a remporté la
médaille d’argent aux Mondiaux 2007. J’ai beaucoup aidé ce
lutteur durant l’entraînement, en fait, la Fédération
américaine de lutte m’a offert la bourse pour m’entraîner
avec leur sélection nationale afin d’aider et d’améliorer le
niveau de leurs athlètes. Donc, je crois que l’USADA en
coopération avec la WADA veulent m’empêcher de participer
aux JO afin de multiplier les chances de médaille au lutteur
américain que j’ai battu plusieurs fois. La WADA cherche à
gagner du temps et à m’éloigner de l’entraînement.
— Comment comptez-vous régler ce problème ?
— L’avocat désigné par la Fédération égyptienne pour me
défendre m’assure que l’issue du procès sera en ma faveur.
En fait, l’avocat a demandé un dédommagement de la part de
la WADA, car on m’a empêché de disputer les Mondiaux
qualificatifs pour les JO, à cause de ce procès. Donc, je
crois que ce problème sera résolu et j’essaye de me
concentrer maintenant sur l’entraînement afin d’être fin
prêt avant les tournois d’Italie et de Serbie qualificatifs
pour les JO 2008 et qui auront lieu en mai prochain.
— Et si l’issue du procès n’est pas en votre faveur ?
— Le président de la FILA, Raphaël Martinetti, m’a assuré
que quel que soit le résultat du procès, je disputerai les 2
tournois internationaux (d’Italie et de Serbie)
qualificatifs pour les JO. Martinetti semble rallié à ma
cause et pense qu’il y a dans l’attitude de la WADA quelque
chose d’injuste, c’est pourquoi il essaye de m’aider.
— Pensez-vous pouvoir vous qualifier pour les JO à travers
l’un des 2 tournois internationaux ?
— La qualification à travers ces tournois ne sera pas facile
pour tous les lutteurs, car ces compétitions seront d’un
niveau très élevé et la compétition entre les athlètes sera
féroce, notamment dans le tournoi d’Italie, où les 4
premiers se qualifieront, et en Serbie, les 3 premiers
seront qualifiés. En fait, le premier tournoi sera beaucoup
plus difficile, car il regroupera les meilleurs athlètes du
monde qui veulent gagner leur ticket olympique, tandis que
le second tournoi regroupera ceux qui ont échoué à décrocher
leur ticket lors du premier. Donc, aujourd’hui, je m’adonne
totalement à l’entraînement, j’essaye de rattraper le temps
que j’ai perdu en m’entraînant au Centre olympique de Maadi
avec mes coéquipiers. Il était prévu que j’effectue un stage
à l’étranger avec la sélection nationale, mais tous les pays
européens ou asiatiques ont refusé de nous accueillir car
nous sommes à une période critique où chaque nation vise une
concentration totale afin de bien préparer ses athlètes.
L’entraînement n’est pas si mauvais en Egypte, surtout avec
la présence de Karam Gaber, la concurrence entre nous
améliore notre niveau. Donc, je suis dans une bonne
condition physique et mentale. Je n’ai qu’un but : me
qualifier pour les JO afin de réaliser mon rêve de toujours
qui est la médaille olympique.
Propos recueillis par Doaa Badr