Al-Ahram Hebdo, Opinion | Wahid Abdel-Méguid,
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 Semaine du 26 mars au 1er avril 2008, numéro 707

 

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Opinion

Une crise de sommet ou une crise d’unité ?

Wahid Abdel-Méguid 

Participer au sommet arabe de Damas qui se tient les 29 et 30 mars au plus haut niveau est une nécessité. Cela afin de préserver l’arabisme du régime arabe officiel, abstraction faite de son efficacité et de ne pas ancrer l’idée de division qui menace l’avenir arabe. Ce sommet de Damas est soumis à d’autres crises bien plus dangereuses. Une partie de cette crise générale réside dans le lieu de sa tenue, car la Syrie occupe une place importante dans les interactions régionales actuelles et par conséquent dans l’avenir du Moyen-Orient.

La crise ne réside donc pas dans le lieu du sommet, qui est la capitale syrienne, mais dans la position politique et stratégique de Damas. En effet, Damas est allée très loin dans son alliance avec l’Iran et également dans le soutien de son projet régional où les Arabes n’occupent qu’une place minime. Les droits et les intérêts arabes n’ont de place dans ce projet que dans la mesure où ils s’accordent avec les ambitions de Téhéran qui s’étend actuellement dans la région et s’ingère dans les affaires des Arabes d’une manière sans précédent dans l’Histoire contemporaine. Etant donné que son ingérence exagérée est devenue habituelle, personne n’a trouvé étrange que le vice-président iranien annonce, il y a quelques jours, le soutien de son pays pour la tenue du sommet arabe à Damas. Dans ce contexte, il faut faire la différence entre ce qui représente un choix syrien stratégique et ce qui représente une position obligatoire dans le cadre de ce choix. L’alliance avec l’Iran est un choix syrien à l’origine. Ce choix n’a rien de nouveau. Il remonte au début des années 1980. Cependant, le président Hafez Al-Assad a toujours tenu à préserver un équilibre entre cette coalition et le rôle syrien arabe, et notamment dans le cadre du régime arabe officiel. La Syrie a effectivement formé avec l’Egypte et l’Arabie saoudite le cœur du régime arabe.

Cependant, l’alliance de la Syrie avec l’Iran a atteint un niveau menaçant cet équilibre et portant atteinte au rôle arabe de la Syrie. Mais pour être juste, il faut dire que Damas a été obligée de chercher une alliance avec l’Iran lorsqu’elle a ressenti que les régimes arabes ne la soutenaient pas face aux menaces américaines proférées à la suite de la guerre de l’Iraq.

En se jetant dans les bras de l’Iran d’une manière sans précédent, la Syrie a omis deux questions importantes relatives à la position du régime arabe envers elle. Premièrement, les pays arabes, que Damas a accusés de ne pas l’avoir suffisamment soutenue, étaient eux aussi menacés. Cela lorsque les nouveaux conservateurs à Washington ont cru que la région leur était désormais soumise et qu’ils pouvaient y opérer tous les changements qu’ils voulaient. Ces pays n’étaient donc pas en position de sécurité bien que les pressions qu’ils subissaient aient été moins importantes que celles que subissait la Syrie. La direction syrienne le sait très bien. Mais, certaines voix arabes pro-syriennes ont insisté à accuser des pays arabes d’avoir soutenu les pressions américaines contre la Syrie. Cette accusation est erronée, car ces pays étaient eux aussi la cible des extrémistes de Washington avant qu’ils ne soient affaiblis par l’échec de leur projet en Iraq. Deuxièmement, la politique de la Syrie au Liban a empêché toute sympathie avec elle, surtout avec les suspicions qui entourent le rôle de ses services de sécurité dans l’assassinat de Hariri. Partant, s’il est vrai que la Syrie a le droit de chercher chez l’Iran la sécurité qu’elle n’a pas trouvée au cœur des Arabes, il incombe aux Arabes de la prévenir qu’elle est allée trop loin dans sa coalition avec l’Iran, jusqu’à un point qui menace l’avenir arabe et qui soulève des interrogations sur le destin de l’arabisme de Damas.

La coalition avec l’Iran ne pose pas de problème. Chercher son soutien pour faire face à une menace américaine aveugle ne pose pas de problème non plus. Le problème réside plutôt dans la participation à un projet iranien aux dépens des Arabes, abstraction faite des différends de Damas avec certaines capitales arabes.

La participation à ce projet iranien n’est pas forcément erronée. Elle porte un aspect positif du fait qu’il fait face au projet américain. Quant à son aspect négatif, il réside dans le fait que son objectif est de remplacer le pouvoir américain dans la région par une hégémonie iranienne.

Partant, il convient de révéler les aspects positifs et ceux négatifs de la relation avec l’Iran. Cette relation peut être positive et constructive si elle devient équilibrée. Mais cet équilibre ne peut avoir lieu en l’absence d’un projet arabe pour l’avenir de la région. Il est certain que l’absence de ce projet n’est pas la responsabilité de Damas seule. Il faut surtout blâmer les pays modérés qui ont laissé un grand vide régional qui est devenu l’une des principales sources de malheurs pour les Arabes. En effet, les ambitions américaines n’auraient pas atteint ce stade sans la tentation de remplir ce vide. De plus, l’échec du projet américain après sa défaite stratégique en Iraq n’aurait pas donné à l’Iran l’occasion historique d’élargir son pouvoir s’il n’avait trouvé un vide dans lequel il s’est installé et a détenu des cartes arabes importantes en Iraq, au Liban ou en Palestine. Et voilà que l’Iran a conclu ce 7 mars un accord militaire avec le Soudan pour étendre son pouvoir dans l’aile africaine du monde arabe.

Il incombait donc à Damas d’essayer d’élargir la surface de participation avec les pays arabes modérés, qui s’est rétrécie au cours des dernières années, pour assurer les fondements de l’instauration d’un projet arabe. Cela, au lieu de courir derrière un projet qui représente un danger pour les Arabes, car ses propriétaires veulent avoir la plus grande force régionale dans la région. C’est là le message de l’Iran aux Arabes qu’il répète à toutes les occasions, comme ce fut clair lors de la visite historique de son président en Iraq et dans le discours prononcé au cours du sommet du Golfe.

C’est là l’essence de la crise actuelle dont le sommet de Damas n’est que le miroir. La Syrie a trouvé son aise dans son emplacement dans le projet iranien. Elle s’y est enfoncée à un point qui se contredit avec son histoire et son image comme la citadelle de l’arabisme. Cependant, il incombe particulièrement à l’Egypte d’œuvrer à restituer la Syrie et à avorter les tentatives de certains d’ancrer la division et de diviser chaque pays en deux clans adverses comme c’est le cas au Liban et en Palestine.

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