Une accusation erronée
Morsi Attalla
Ce
ne sont pas uniquement les Arabes et les Palestiniens qu’il
faut surnommer « les rois des occasions perdues ». Le fait
de prétendre qu’ils sont les seuls à manquer les nombreuses
occasions qui leur ont été offertes afin de régler le
problème palestinien est injuste. Les Israéliens assument la
même part de responsabilité. Cependant, personne ne les en a
blâmés ou critiqués à l’ombre de leurs nombreux acquis et
des victoires tactiques qui leur ont probablement permis
d’annexer davantage de territoires. En dépit de cela, ils
n’ont jamais pu rêver de la sécurité qui est en fin de
compte l’objectif et la visée du projet sioniste. Si nous ne
faisons que pleurer au nom de l’autocritique et du blâme
pour les occasions perdues au niveau de la décision du
partage de 1947 en passant par les trois fameuses négations
arabes, les non à la réconciliation, aux négociations et à
la reconnaissance. Pour finir avec l’actuelle impasse de la
division aiguë dans les rangs palestiniens, qui est une
division sur le dossier du règlement plus qu’elle n’est un
partage entre Gaza et Ramallah.
Nous devons nous rappeler également qu’Israël a refusé
pendant de longues années de reconnaître l’existence du
peuple palestinien, voire de traiter avec l’OLP et son chef
Yasser Arafat. Jusqu’à ce qu’Ytzhak Rabin ait réalisé, alors
qu’il occupait le siège de premier ministre, que l’intérêt
d’Israël lui dictait de revenir sur son célèbre dicton «
Nous ne rencontrerons pas l’OLP et son chef Yasser Arafat
sauf dans les arènes de la guerre ». C’est à ce stade qu’ont
démarré les négociations secrètes d’Oslo qui se sont soldées
par les célèbres accords d’Oslo conclus entre Israël et
l’OLP en 1993.
En réalité, Rabin, le premier ministre en 1992, était à
l’opposé de celui de 1988, alors ministre de la Défense qui
adoptait la théorie de tuer dans l’œuf la première Intifada
palestinienne. Ensuite, il a commis sa plus grande erreur,
conformément à ses aveux, lorsqu’il a voulu affaiblir et
marginaliser le mouvement Fatah en essayant d’amadouer le
courant islamiste à Gaza en vertu d’un marché selon lequel
Israël fermerait les yeux sur la montée du courant islamiste
qui était plus modéré que le Fatah.
La fameuse rencontre a eu lieu en 1988, réunissant Rabin et
4 personnalités appartenant au courant islamiste à Gaza,
dont Dr Mahmoud Al-Zahar, l’éminent commandant du mouvement
Hamas. Israël a besoin d’un homme courageux de la carrure de
Rabin. Sinon le scénario des occasions perdues se répétera.
La preuve en est l’erreur commise par Israël avec le
Hezbollah, qu’il a décidé de ne pas reconnaître, ce qui a eu
pour conséquence son raffermissement qui se reproduira avec
le Hamas. Bien que Tel-Aviv négocie avec ce dernier
indirectement afin de libérer le soldat israélien prisonnier
Gilad Shalit.
Les Etats-Unis ont eux aussi leur part de responsabilité
dans les occasions manquées, mais d’une autre manière. Ce
sont eux qui ont insisté pour la tenue des élections
palestiniennes en 2006, ont contraint Abou-Mazen à accepter
leur décision et ont fait peu de cas de son point de vue :
celui-ci estimait qu’il valait mieux les reporter d’un ou de
deux ans. Le résultat a alors été la victoire du Hamas.
C’est également Washington, pour des calculs qui la
concernent, qui a précipité la tenue de la conférence
d’Annapolis pour la paix, fin 2007. Elle a fait l’oreille
sourde aux conseils appelant à ajourner la conférence
jusqu’à ce que les Frères en Cisjordanie et à Gaza renouent
leurs liens. D’autant plus que les événements ont affirmé
qu’Abou-Mazen n’avait pas la capacité de négocier, ni de
calmer le Hamas et Israël. Dans ce contexte, je voudrais
dire que de nombreuses voix ont commencé à s’élever au sein
d’Israël appelant à un réexamen sérieux de la situation face
aux dangers découlant de l’intransigeance israélienne. Les
Israéliens se sont rendus compte que cette intransigeance et
cet extrémisme dans les positions ont amené les Arabes à
changer les règles du jeu. Aujourd’hui, il n’y a plus de
guerres régulières, elles ont été remplacées en l’occurrence
par des opérations de dérangement et d’agacement, sapant le
rêve de sécurité recherché par les rêveurs de la terre
promise.
L’Histoire nous dit que les leaderships sont nés en temps de
crises. Les plus sages et plus avisés sont ceux qui
retiennent très tôt que les armes ne tracent pas à elles
seules l’Histoire des nations et des peuples. L’Histoire
étant en fin de compte celle de la liberté et de
l’indépendance de tous et non pas d’une partie aux dépens
des autres.