Bilan
L’Iraq est entré jeudi dans sa 6e année de guerre. Le
président George W. Bush parle toujours de « victoire »,
alors que les factions iraqiennes peinent à parvenir à
une entente politique propre à enrayer les violences. Si
la guerre a mis fin à près d’un quart de siècle d’une
brutale dictature et éliminé Saddam Hussein, les
promesses de stabilité et de prospérité faites aux
Iraqiens sont restées largement insatisfaites.
La
violence a diminué au cours des derniers mois, notamment
à Bagdad, mais la capitale est encore le théâtre
d’attentats sanglants, où les victimes civiles se
comptent par dizaines. L’armée américaine, qui maintient
un contingent de près de 160 000 soldats et qui a perdu
près de 4 000 hommes, est presque quotidiennement visée
par des attaques audacieuses.
La
relative accalmie est attribuée à l’envoi de renforts
américains dès février 2007, et à une stratégie de
mobilisation, moyennant finance, de groupes d’insurgés
sunnites et à une trêve unilatérale de la principale
milice chiite. Cette baisse de la violence est fragile,
et le nombre de civils iraqiens tués — qui se chiffre à
au moins 80 000 depuis cinq ans — est reparti à la
hausse au début de 2008, après une décrue continue fin
2007.
Seule à même de consolider les gains en matière de
sécurité, la réconciliation entre factions politiques se
fait attendre. La conférence de réconciliation tenue la
semaine dernière, et boycottée par les principaux partis
sunnites qui se considèrent défavorisés, a souligné le
fossé qui reste à combler. Même des formations chiites
puissantes, comme le mouvement du chef radical Moqtada
Sadr, se disent marginalisées par un gouvernement accusé
de favoritisme.
Dans
d’autres domaines, les progrès se font encore largement
attendre, pour ce conflit qui a déjà coûté quelque 500
milliards de dollars et érodé la crédibilité des
Etats-Unis au Moyen-Orient. La relance de l’économie,
souci primordial des 25 millions d’Iraqiens après la
sécurité, est en panne. Les services publics comme l’eau
et l’électricité n’ont pas été rétablis, des quartiers
entiers de Bagdad sont encore totalement privés de
courant. Et les appels du gouvernement pour que les
millions d’Iraqiens ayant fui leur pays reviennent
contribuer à son redémarrage ont eu peu d’écho.