Koweït.
La crise politique qui perdure depuis déjà plusieurs mois au
Koweït a conduit à la dissolution du Parlement. Des
élections législatives anticipées ont été décidées pour le
17 mai prochain.
Crises à répétition
Dans un discours adressé à la nation au cours d’une
allocution télévisée, l’émir du Koweït, le cheikh Sabah
Al-Ahmad Al- Sabah, a justifié son acte déclarant avoir agi,
« afin de protéger notre patrie et nos citoyens de conduites
irresponsables (...) et afin de défendre l’unité nationale,
j’ai décidé de dissoudre le Parlement (…). Nous espérions
que nos frères des deux autorités (législative et exécutive)
répondraient aux attentes de notre peuple lors de la période
écoulée, et nous nous sommes longtemps montrés patients ».
Cette dissolution intervient quelques jours après la
démission du gouvernement qui avait dénoncé un manque de
coopération du Parlement. Conformément à la Constitution,
l’émir peut accepter la démission du gouvernement, former un
nouveau cabinet ou dissoudre le Parlement et convoquer des
élections anticipées.
Les ministres ont présenté leur démission collective au chef
du gouvernement et neveu de l’émir, le cheikh Nasser
Mohammad Al-Ahmad Al-Sabah, le 17 mars, à la suite du vote
d’une loi sur une majoration des salaires des fonctionnaires
de 50 dinars (119 euros), alors que le gouvernement avait
déjà fait augmenter leurs salaires de 120 dinars (286 euros)
au mois de février dernier.
Ce nouvel événement au sein du gouvernement koweïtien fait
partie d’une série de crises politiques qui ont secoué
l’émirat au cours de ces deux dernières années.
Entre lutte de pouvoir au sein de la famille régnante, la
démission de quatre gouvernements, une dissolution du
Parlement et la tenue d’élections législatives anticipées en
juin 2006, le Koweït démontre que l’exécutif et le
législatif ont encore des difficultés à trouver un terrain
d’entente.
Parallèlement, le Koweït fait état de divergences
confessionnelles qui se font de plus en plus ressentir au
sein du gouvernement entre la majorité sunnite et la
minorité chiite.
Les chiites représentent environ 30 % des Koweïtiens sur une
population totale de 3,2 millions d’habitants. Ces tensions
existantes ont été attisées par la participation, le mois
dernier, de plusieurs activistes chiites en vue de
commémorer la disparition du chef militaire du Hezbollah
libanais, Emad Moughnieh. Ce dernier avait été victime d’un
attentat à la voiture piégée, imputé à Israël, le 12 février
dernier à Damas. Ce rassemblement a été très mal perçu par
le gouvernement dirigé par une dynastie sunnite, d’autant
plus que deux députés chiites Adnane Abdel-Samad et Ahmed
Lari, y ont participé.
Les deux intéressés sont soupçonnés d’appartenir à un
supposé « Hezbollah koweïtien ». Le Hezbollah libanais
accusé par la communauté internationale de perpétrer des
actes terroristes à travers le monde est montré du doigt par
les autorités koweïtiennes. Ces dernières l’accusent d’avoir
perpétré des attentats dans l’émirat au cours des années
quatre-vingt sous la direction de Emad Moughnieh entre
autres, et d’avoir détourné un avion en 1988, qui avait
coûté la vie à deux Koweïtiens.
Le Koweït, qui détient 10 % des réserves mondiales de brut
et qui produit 2,5 millions de barils par jour, espère dès à
présent mettre en place des réformes qui lui permettraient
non seulement de diversifier son économie, principalement
basée sur les revenus du pétrole, mais également de devenir
un pôle financier aussi important que ses voisins, Dubaï et
Bahreïn.
Lynda
Kartout