Al-Ahram Hebdo, Livres | Qosseir et les vicissitudes du temps
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 Semaine du 26 mars au 1er avril 2008, numéro 707

 

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Livre. C’est l’histoire d’une place forte sur la mer Rouge qui a longtemps été un point névralgique avant de devenir un site touristique.

Qosseir et les vicissitudes du temps

La forteresse ottomane de Qosseir est le thème d’une des récentes publications des presses de l’Université américaine du Caire (AUC Press) : Quseir an Ottoman and Napoleonic Fortress on the Red Sea Coast of Egypt (Qosseir une forteresse ottomane et napoléonienne sur la côte de la mer Rouge de l’Egypte). Cet imposant volume de Charles Le Quesne présente en fait les résultats des récentes études archéologiques et historiques sur cette place forte, qui fut à l’époque l’unique accès direct de la Haute-Egypte donnant sur la mer Rouge. Aujourd’hui, c’est le site archéologique majeur de la ville portuaire. L’établissement de ce fort était une partie des efforts déployés par l’Empire ottoman pour maintenir le contrôle du désert et des routes qui le sillonnent. Jusqu’au Xe siècle, Qosseir fut l’un des principaux ports de la mer Rouge et un lieu d’embarquement important pour les pèlerins se rendant à La Mecque. Elle joua aussi un rôle prépondérant dans le commerce entre la Vallée du Nil, la mer Rouge et d’autres contrées. Qosseir, qui se situe à 85 km au sud de Safaga, demeura suffisamment active pour que les Ottomans, au XVIe siècle, veuillent la fortifier.

Illustrée de plus de 100 cartes, dessins et photos, l’étude présente d’abord une introduction sur le projet de restauration de la forteresse mené depuis les années 1997–1998 par The American Research Center in Egypte (le centre américain de recherche en Egypte), en coopération avec le Conseil Suprême des Antiquités (CSA). Elle retrace l’histoire et le développement de l’un des plus importants forts ottomans édifié à proximité d’un célèbre port médiéval abandonné. Ce travail a été réalisé avec les contributions de cinq historiens et archéologues. Outre l’auteur de ce livre on peut citer Martin Hense, Ashraf Al-Senussi, Salima Ikram, Ruth Pelling et Willeke Wendrich.

Les études des vestiges archéologiques de la forteresse ont révélé des pierres réutilisées en provenance d’un temple gréco-romain. Elles ont d’autre part mis l’accent sur le rôle-clef qu’a joué la forteresse ottomane comme entrepôt régional des grains et port d’embarcation pour les pèlerins musulmans sur leur chemin vers La Mecque.

Ville chargée d’histoire, aujourd’hui assoupie, Qosseir dégage un charme absent des autres villes de la mer Rouge. Le front de mer est bordé de bâtiments anciens en balcons de bois, que domine la forteresse ottomane. Disséminés au milieu des habitations, les tombeaux de musulmans se dressent, ils sont pour la plupart des pèlerins morts sur le chemin de La Mecque. En face de la forteresse se dresse le tombeau d’un cheikh yéménite du XIXe siècle, cheikh Abdel-Ghaffar Al-Yamani.

Quseir an Ottoman and Napoleonic Fortress on the Red Sea Coast of Egypt se veut le portrait d’un endroit qui se trouve à la croisée de deux puissants systèmes de culture et d’économie. Au moment où elle servait comme le point de départ pour les pèlerins et l’exportation des produits de la Haute-Egypte, Qosseir jouait un rôle dans la mise en valeur de la culture maritime de la mer Rouge.

Cette étude révèle aussi pour la première fois, en détails, l’histoire de la lutte entre les Britanniques et les Français pour le contrôle de Qosseir lors de l’Expédition française en Egypte entre 1798 et 1801. La forteresse a reçu plus de 6 000 boulets de canons anglais avant que les Britanniques n’en chassèrent les Français et n’en prennent le contrôle. C’est par Qosseir que transitèrent alors les épices en provenance de l’Inde. Les Britanniques ajoutèrent à la forteresse une porte fortifiée pour la rendre plus imprenable. En 1869, l’ouverture du Canal de Suez mit un terme à ces activités et le déclin de la ville s’accéléra, interrompu au début du XXe siècle par quelques décennies prospères dues au traitement du phosphate.

Récemment restaurée, la forteresse abrite un centre d’accueil exposant l’histoire locale, l’exploitation minière dans la région, le rôle de la ville dans le commerce et l’histoire du hadj (le pèlerinage à La Mecque).

Amira Samir


 

Quseir an Ottoman and Napoleonic Fortress on the Red Sea Coast of Egypt. AUC Press.

 

 




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