Livre.
C’est l’histoire d’une place forte sur la mer Rouge qui a
longtemps été un point névralgique avant de devenir un site
touristique.
Qosseir et les vicissitudes du temps
La
forteresse ottomane de Qosseir est le thème d’une des
récentes publications des presses de l’Université américaine
du Caire (AUC Press) : Quseir an Ottoman and Napoleonic
Fortress on the Red Sea Coast of Egypt (Qosseir une
forteresse ottomane et napoléonienne sur la côte de la mer
Rouge de l’Egypte). Cet imposant volume de Charles Le Quesne
présente en fait les résultats des récentes études
archéologiques et historiques sur cette place forte, qui fut
à l’époque l’unique accès direct de la Haute-Egypte donnant
sur la mer Rouge. Aujourd’hui, c’est le site archéologique
majeur de la ville portuaire. L’établissement de ce fort
était une partie des efforts déployés par l’Empire ottoman
pour maintenir le contrôle du désert et des routes qui le
sillonnent. Jusqu’au Xe siècle, Qosseir fut l’un des
principaux ports de la mer Rouge et un lieu d’embarquement
important pour les pèlerins se rendant à La Mecque. Elle
joua aussi un rôle prépondérant dans le commerce entre la
Vallée du Nil, la mer Rouge et d’autres contrées. Qosseir,
qui se situe à 85 km au sud de Safaga, demeura suffisamment
active pour que les Ottomans, au XVIe siècle, veuillent la
fortifier.
Illustrée de plus de 100 cartes, dessins et photos, l’étude
présente d’abord une introduction sur le projet de
restauration de la forteresse mené depuis les années
1997–1998 par The American Research Center in Egypte (le
centre américain de recherche en Egypte), en coopération
avec le Conseil Suprême des Antiquités (CSA). Elle retrace
l’histoire et le développement de l’un des plus importants
forts ottomans édifié à proximité d’un célèbre port médiéval
abandonné. Ce travail a été réalisé avec les contributions
de cinq historiens et archéologues. Outre l’auteur de ce
livre on peut citer Martin Hense, Ashraf Al-Senussi, Salima
Ikram, Ruth Pelling et Willeke Wendrich.
Les études des vestiges archéologiques de la forteresse ont
révélé des pierres réutilisées en provenance d’un temple
gréco-romain. Elles ont d’autre part mis l’accent sur le
rôle-clef qu’a joué la forteresse ottomane comme entrepôt
régional des grains et port d’embarcation pour les pèlerins
musulmans sur leur chemin vers La Mecque.
Ville chargée d’histoire, aujourd’hui assoupie, Qosseir
dégage un charme absent des autres villes de la mer Rouge.
Le front de mer est bordé de bâtiments anciens en balcons de
bois, que domine la forteresse ottomane. Disséminés au
milieu des habitations, les tombeaux de musulmans se
dressent, ils sont pour la plupart des pèlerins morts sur le
chemin de La Mecque. En face de la forteresse se dresse le
tombeau d’un cheikh yéménite du XIXe siècle, cheikh
Abdel-Ghaffar Al-Yamani.
Quseir an Ottoman and Napoleonic Fortress on the Red Sea
Coast of Egypt se veut le portrait d’un endroit qui se
trouve à la croisée de deux puissants systèmes de culture et
d’économie. Au moment où elle servait comme le point de
départ pour les pèlerins et l’exportation des produits de la
Haute-Egypte, Qosseir jouait un rôle dans la mise en valeur
de la culture maritime de la mer Rouge.
Cette étude révèle aussi pour la première fois, en détails,
l’histoire de la lutte entre les Britanniques et les
Français pour le contrôle de Qosseir lors de l’Expédition
française en Egypte entre 1798 et 1801. La forteresse a reçu
plus de 6 000 boulets de canons anglais avant que les
Britanniques n’en chassèrent les Français et n’en prennent
le contrôle. C’est par Qosseir que transitèrent alors les
épices en provenance de l’Inde. Les Britanniques ajoutèrent
à la forteresse une porte fortifiée pour la rendre plus
imprenable. En 1869, l’ouverture du Canal de Suez mit un
terme à ces activités et le déclin de la ville s’accéléra,
interrompu au début du XXe siècle par quelques décennies
prospères dues au traitement du phosphate.
Récemment restaurée, la forteresse abrite un centre
d’accueil exposant l’histoire locale, l’exploitation minière
dans la région, le rôle de la ville dans le commerce et
l’histoire du hadj (le pèlerinage à La Mecque).
Amira
Samir