Al-Ahram Hebdo, Littérature | Abdel-Moneim Ramadan,  L'Ode
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 26 mars au 1er avril 2008, numéro 707

 

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Littérature

Dans ces poèmes extraits de son dernier recueil, le poète égyptien Abdel-Moneim Ramadan joue avec brio des métaphores empruntées aux textes sacrés pour dépeindre la complexité du rapport amoureux. 

L'Ode

(...)

Alors si mes pas s’empressent

Si mon ramier est monté sur ma canne

Et s’est contenté de donner du souci

N’affame pas le ramier

Cuisine-lui le son des lettres

Dans ta gorge chaude

N’affame pas le ramier

Remplis-lui l’air avec l’embrun

Et lave-le avec la rosée

Et donne-moi de la force

Donne de la force à ma main

De ton sanglot qui se répand à la rencontre des deux seins

De ton sanglot qui se répand aux deux côtés

Baisse les paupières sur le berceau des paupières.

 

Deux palmiers

Quand nous nous sommes lassés d’être assis dans le salon

Quand nos yeux sont devenus

Exténués

De trop regarder et trop observer

Quand il n’y avait plus devant nous

Qu’esquiver l’écume des deux corps

L’envie de quitter le lieu nous est venue par hasard

De cacher dans les rues estivales notre désarroi

Et de marcher dans la direction du musée des arts

De le visiter

Au rez-de-chaussée, l’employé du musée était désespéré

Et il était épris de l’imitation du policier

Et le détective

Et les contrebandiers

Il était désespéré

A l’étage supérieur du lieu

Des artistes surréalistes

Nous accompagnaient

Et nous laissaient regarder dans leurs yeux

Et nous laissaient regarder dans nos yeux

Et agir en tyrans

D’autres artistes surréalistes

Descendaient des escaliers du désir

Nous les ouvraient largement

Il est arrivé que je suis monté derrière elle

Lorsque nous nous sommes lassés de notre montée

Et qu’il n’y a plus eu devant nous que la possession de l’écume des deux corps

Elle a dit allez viens.

 

Loin des créatures

 

Le trophée

Je crains d’arpenter la rue seul

Je crains que les policiers me demandent

Où est ta carte d’identité ?

Celle-ci

Est-ce que tu portes dans ta poche la photo de celui qui nous intéresse ?

Je me fouille

Non, je ne la porte pas

Le connais-tu ?

Je sais

Il me couvrait dans la nuit

Et à l’école il me présentait des rêves

Et des chants

Et des biscuits

Et des pâtisseries

Il me demandait de marcher sur ses mains

Et de m’habituer aux voix de la chorale

Lorsque ma tête s’est approchée des épaules de l’officier

Je les voyais brillantes

Je ne savais pas que l’officier lui ressemblait

Quel âge as-tu ?

Depuis peu mes jours s’étendaient

Et je ne les guettais pas

Il y a peu de temps j’avais eu seize ans

Et je craignais de les quitter

Lorsque est passé le quatrième mois après les seize années

Mes vaisseaux ont chaviré

Le connais-tu ?

Je sais

Il me couvrait dans la nuit

Et quand mes vaisseaux ont chaviré

Il est venu à moi souvent

Il a frappé à la porte et je ne l’ai pas ouverte

Il a attendu et je ne l’ai pas ouverte

Il est parti

Et il a tenté de faire un tour sur l’eau

Et l’eau s’il la regardait

Semblait comme une corde tendue

Et quand il a marché sur l’eau

Un sillon s’est révélé

Il a essayé d’errer sur la rosée des mots

Alors il est mort

Le connais-tu ?

Je sais

Il me couvrait dans la nuit

Et quand il est mort

Je suis allé à lui, lui rendant les derniers devoirs

Et j’ai beaucoup pleuré

J’avais peur pour mes rêves

Qu’il se réveille à nouveau et qu’il revienne

 

As-tu vu des pantins dans les jardins ?

 

Quand je suis allé

Je me suis imaginé comment sortiront de lui

Et nageront en lui

Des chiens

Et des chaussures

Et des soldats.

 

Des arbres et des pierres sur les chemins

Deux hommes devant la porte

Et un homme sur la pente

Une femme passera certainement dans peu de temps

Elle dira : Bonjour

Bonjour

La femme, sa jupe est de laine bleue

Et sa blouse est comme l’eau

La femme est pressée

Et les deux hommes devant la porte

Vont se retirer au café

Et l’homme debout sur la pente

Restera sur la pente

Une autre femme sort

Portant certains désirs

L’homme debout sur la pente la verra

Et elle passera devant le café

Les deux hommes se retournent

La femme du sous-officier

Le sous-officier est là-bas à faire la guerre, pense-t-elle à lui ?

Non, je ne sais pas, je sais que le sous-officier est là-bas à faire la guerre.

Mais les grands pays ont mis fin à la guerre

Il est vrai que les grands pays ont arrêté la guerre

Et les corps des morts sont revenus, tous nos soldats sont reve nus, et le sous-officier ?

Oui, le sous-officier s’est absenté

Est-il égaré ?

J’ignore cela, nous lui demandons, vraisemblablement le sous-officier s’est absenté d’elle

La femme du sous-officier

Oui la femme du sous-officier

Une femme paraît à la fenêtre

Il y a peu de temps elle passait

Sa jupe était d’une laine bleue

Et sa blouse comme l’eau

Elle rira lorsque passera devant elle un jeune homme et la saluera

L’homme debout sur la pente le verra

Et il passera devant le café

Les deux hommes se retournent :

L’étudiant

Oui l’étudiant

Il ne parle à personne, timide ou vaniteux ?

Les deux ensemble

Est-ce qu’il marche derrière la femme du sous-officier et la suit ?

Il est certain qu’il marchera derrière la femme du sous-officier et la suivra

Ses jambes

Je sais, ses jambes

Et la poitrine

Oui, et la poitrine

Voilà qu’ils se sont arrêtés, éloignés, pour attendre l’autobus

Oui

Est-ce qu’elle se souvient comment est venu à elle le sous-officier   perdu ?

Cela ne me concerne pas

Ses hanches au soleil, ses mains sont douces

Peut-être qu’elle ne se rappelle pas comment viendront à elle les

            étudiants et comment donc ...

Mon vieux, il suffit qu’elle se rappelle comment elle va haleter

Voilà qu’ils se sont arrêtés rapprochés pour attendre le bus

Très beau

Regarde ils sourient et échangent des regards furtifs

Très beau

Sa bouche est rouge, ses hanches au soleil, ses mains douces

Le bus est arrivé, ils ont disparu

La femme du sous-officier

Oui, la femme du sous-officier

(...)

Traduction de Suzanne Lackany

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Abdel-Moneim Ramadan

Abdel-Moneim Ramadan, poète égyptien, appartient à la génération des années 1970. Il était membre du groupe Voix influencé par la poésie de Rimbaud, et s’est distingué par une utilisation de la métaphore transgressant le tabou. Mais depuis, il s’est déclaré indépendant, il écrit une poésie qui se veut une percée dans les zones troubles, celles des pouvoirs les plus difficiles à contourner.

Il a publié Le Rêve l’ombre du temps, le rêve l’ombre de l’espace (1980), La Poussière (1994) et dans la même année Avant l’eau sur le bord et Pourquoi passé, tu dors dans mon jardin (1995).

La publication d’un poème Le Talisman, en 1995, dans le magazine Ibdaa lui a valu une accusation d’impiété devant la Cour de cassation. Al-Nachid (l’ode), suivi de Baïdane an al-kaïnate (loin des créatures), est son dernier recueil, publié chez Dar Al-Nahda Al-Arabiya (Beyrouth, 2007)

 




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