Président du Conseil national des
jeunes, Saféyeddine Kharbouch évoque la mission de cet organisme gouvernemental,
ses plans pour la sensibilisation politique et la lutte contre le chômage de la
jeunesse.
« Nous mettons les jeunes en contact
direct avec les hommes d’affaires »
Al-ahram hebdo : Qu’a présenté à la
jeunesse égyptienne le Centre national des jeunes, depuis sa création en 2005 ?
Saféyeddine Kharbouch : Depuis la création du Conseil à la fin de 2005, on a eu à
relever un grand défi, celui du développement des infrastructures dédiées aux
activités des jeunes, comme celles des camps et des centres de jeunesse, ainsi
que des centres de formation des jeunes dirigeants. Tout cela est, en fait, le
noyau de notre travail et vise en premier lieu le développement des capacités
des jeunes. En ce qui concerne les camps de jeunesse, on a complètement
modernisé le camp d’Abou-Qir à Alexandrie qui était formé de tentes depuis sa
construction dans les années cinquante. Maintenant, ce sont des bâtiments très
confortables qui peuvent accueillir jusqu’à 900 personnes, avec des salles
d’informatique et de gymnastique et une grande salle de conférence. Après ce
développement, on a changé le nom de ce camp qui s’appelle maintenant la Ville
de jeunesse d’Alexandrie. On vient aussi d’inaugurer des villes de jeunesse à
Ras Al-Bar (nord du Delta) et à Hurghada (mer Rouge). Au cours de 2008, nous
allons inaugurer les villes de jeunesse de Port-Saïd et de Louqsor.
— Quels services offrent ces villes de
jeunesse ?
— Ces
villes sont polyvalentes. Elles sont en même temps des centres de
divertissement et de formation pour beaucoup de jeunes, surtout ceux qui sont
d’un niveau social moyen ou même bas. La situation sociale et économique de
beaucoup de jeunes ne leur permet pas de passer un séjour au bord de la mer ou
de visiter les trésors archéologiques de Louqsor. Ces villes organisent de tels
voyages, hébergement et transport inclus, pour un prix qui représente presque
10 % du prix observé sur le marché. Ce n’est pas tout, puisque pendant ces
séjours, on organise des colloques et des séminaires au cours desquels les
jeunes peuvent rencontrer des responsables, de grands penseurs ou écrivains
pour discuter de tous les sujets qui les intéressent ou les préoccupent. Les
développements opérés dernièrement dans ces villes ont permis de les utiliser
pendant toute l’année et non pas seulement en été, comme auparavant. En outre,
on ne pouvait pas jadis recevoir les filles dans les tentes. Aujourd’hui, on
organise beaucoup de voyages réservés aux filles dans ces villes.
— Y a-t-il des activités particulières
réservées aux jeunes filles ?
—
Selon la loi du Conseil des jeunes, les activités sont réparties à 40 % pour
les filles contre 60 % pour les garçons. En plus, nous avons des centres qui
consacrent des jours ou des heures spéciaux aux filles et aux femmes en général
surtout celles de la Haute-Egypte. Ces jours permettent aux filles de pratiquer
les sports et les activités qu’elles désirent loin du regard des hommes afin
qu’elles soient plus à l’aise.
— Mais les centres de jeunesse ont souvent
souffert de négligence en plus d’être souvent inaptes à offrir les activités et
services nécessaires aux jeunes. Qu’en est-il aujourd’hui ?
—
Jusqu’à maintenant on a achevé la modernisation de plus de 4 460 centres de
jeunesse répartis sur l’ensemble du pays. On a construit plus de 400 nouveaux
centres dans des villages qui en étaient longtemps dépourvus. Nous poursuivons
le plan de construction de nouveaux centres, conformément aux dernières
directives du président Hosni Moubarak qui a insisté sur la nécessité de
construire un centre de jeunesse dans tout village dont la population dépasse
les 5 000 personnes, afin que les jeunes trouvent partout des endroits où
pratiquer leurs activités qu’elles soient sportives, artistiques ou sociales.
D’autre
part, on a entamé la construction de 27 cercles pour les jeunes. Ce sont des
centres à caractère spécial dont tous les membres seront des jeunes, et qui
seront créés dans les grandes villes seulement. Ces cercles seront complètement
achevés d’ici 2012.
— Mais ce ne sont pas seulement les
édifices qui sont en cause. Il y a aussi le développement des activités de ces
centres ...
—
C’est vrai. C’est pourquoi nous sommes en train de développer les activités
dans les centres. On a ajouté plus de 3 000 bibliothèques aux différents
centres de jeunesse. De même, on a muni plus de 1 200 centres de clubs de
technologie afin de permettre aux jeunes d’entretenir des contacts avec le
monde extérieur, un impératif à l’heure de la globalisation. On a commencé
aussi un plan pour l’éclairage et l’aménagement des stades, ainsi que pour la
construction de piscines dans les centres de jeunesse des grandes villes, où la
demande est forte pour apprendre et pratiquer la natation. A vrai dire, notre
but est de former de jeunes champions, comme ce fut le cas avec le gardien de
but de la sélection nationale de football, Essam Al-Hadari, qui est sorti du
centre de Damiette (nord du Delta) ou avec Abou-Treika, le meneur de jeu de
l’équipe nationale, qui a joué le football pour la première fois de sa vie au
centre de Nahya dans le quartier de Boulaq, au Caire.
— Quel est le rôle joué par le Conseil dans
la sensibilisation politique des jeunes ?
— J’ai
déjà dit que le Conseil compte parmi ses institutions des centres de formation
de jeunes dirigeants ou, en d’autres termes, des centres d’instruction civique
qui ont pour but d’encourager les jeunes à prendre une part active à la vie
politique en Egypte et ce en leur expliquant par exemple la Constitution
égyptienne, la loi sur les partis, le code électoral, etc. C’est en coopération
avec l’Unicef que l’on organise des séminaires sur le régime politique
égyptien, les droits et les devoirs du citoyen, la citoyenneté et la
participation sociale.
— Malgré ces efforts, comment expliquez-vous
la participation trop faible des jeunes à la vie politique en Egypte ?
—
Avant d’être président du Conseil national des jeunes, je suis professeur de
sciences politiques et j’estime que la période où les partis politiques ont été
interdits en Egypte à la suite de la Révolution de 1952 a négativement
influencé la vie politique en Egypte. Les pays qui témoignent d’une vie
politique active sont ceux qui disposent de deux ou de plusieurs partis forts. Ceci
dit, si les partis égyptiens deviennent aussi importants que le Parti National
Démocrate (PND, au pouvoir), on aura sans doute une vie politique plus fertile.
Cela arrivera sans doute après la modification de l’article 76 de la
Constitution qui a permis la pluralité des candidatures à l’élection
présidentielle. Ce qui attirera l’attention des gens sur l’importance de la
politique et de leur participation. J’estime aussi que lors des prochaines
élections législatives qui auront lieu en 2010, les jeunes auront la main haute
dans le choix des représentants du peuple, puisque près d’un million de jeunes
se rajoutent chaque an sur les listes électorales.
— Quel rôle exerce le Conseil pour faire face
au problème du chômage dont souffrent les jeunes ?
— On a
signé un protocole avec le Fonds social de développement, suivant lequel les
jeunes seront exonérés de présenter de garanties financières lorsqu’ils
obtiendront des prêts du Fonds. C’est le Conseil national des jeunes qui va se
porter garant pour ces jeunes auprès du Fonds. On a aidé plus de 100 000 jeunes
à monter de petits projets. D’autre part, on organise régulièrement des forums
de recrutement dans lesquels les hommes d’affaires proposent des offres
d’emploi. Nous nous employons à établir des contacts directs entre ces hommes
d’affaires et les jeunes. Ces contacts directs ont davantage de crédibilité
pour les jeunes, qui ne font pas par exemple très confiance dans les offres
d’emploi publiées dans la presse. On est parvenu il y a quelques mois à
recruter plus de 600 jeunes pour une compagnie de téléphonie portable avec des
salaires satisfaisants.
Propos recueillis parDalia Farouk