Al-Ahram Hebdo, Idées | Les risques de l’instrumentalisation
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 Semaine du 26 mars au 1er avril 2008, numéro 707

 

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Idées

Littérature et Traduction. Une conférence à l’Institut supérieur des langues, tenue les 16 et 17 mars au Caire, a mis l’accent sur leurs rôles respectifs dans la construction des visions du monde et de l’image de l’autre.

Les risques de l’instrumentalisation

Initiative conjointe de l’Institut supérieur des langues à Héliopolis, dirigé par la doyenne Fawziya Al-Sadr, professeure de littérature anglaise et américaine, et l’Institut supérieur des langues, ville de la culture et des sciences au 6 Octobre, dont le doyen est le professeur Ossama Nabil, spécialiste de littérature francophone et comparée, la conférence des 16 et 17 mars derniers sur la littérature et la traduction a rassemblé des chercheurs arabophones, anglophones, francophones et même germanophones.

Intéressants et pertinents, les débats ont permis de jeter un éclairage à la fois critique et documenté sur la vision ethnocentrique du monde diffusée par l’Occident. Très conscient des enjeux de la traduction littéraire dans un nouveau contexte marqué par un supposé « conflit des civilisations », Ossama Nabil soulignait ainsi que « le choix des œuvres à traduire ne se fait pas sans arrière-pensées. Au contraire, ce choix reflète une prise de position a priori, ainsi que les appartenances idéologiques des orientalistes occidentaux qui tentent ainsi de construire une certaine image de l’Orient arabe ».

L’écrivaine Hala Al-Badri confirme pour sa part cette conception idéologique de la traduction littéraire. Elle dit, d’après une expérience vécue, avoir remarqué que « les chercheurs des centres de recherche sur l’Orient arabe aux Etats-Unis ne s’intéressent qu’aux travaux littéraires arabes qui abordent la soumission de la femme arabe, ainsi que le phénomène de l’excision. Le plus surprenant, c’est que la traduction de ces œuvres littéraires n’est pas publiée chez des maisons d’édition à grands tirages. La traduction de ces œuvres se fait plutôt sous la stricte direction de certaines fondations académiques, comme l’Université américaine au Caire qui ne publie que quelques milliers d’exemplaires de ces traductions qui s’inscrivent dans un contexte d’analyse américaine de la sociologie politique du monde arabe ». L’écrivaine Hala Al-Badri évoque une autre expérience représentative de ce choix idéologique. « Une professeure de littérature italienne à l’Université de Rome n’a pas été en mesure de publier une interview de l’écrivaine libanaise Hoda Barakat, tout simplement parce que Barakat soutenait la position du Hezbollah qui lutte contre l’occupant israélien ».

Co-président de la conférence, Ossama Nabil a animé le débat en commentant, en tant que critique littéraire et traducteur, une traduction effectuée par Hanane Mounib, enseignante à la Sorbonne Nouvelle et à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Il s’agit d’une pièce de théâtre intitulée Ce qui a eu lieu au mois de septembre 2001, écrite en dialecte égyptien par le dramaturge Aboul-Ela Al-Salamoni et transmise en un style français bien manié. Cette œuvre montre à quel point les mentalités en Orient et en Occident souffrent d’un fanatisme exacerbé, à l’origine du clivage entre ces deux mondes. Hanane Mounib est par ailleurs chargée d’un vaste projet de traduction en cours de préparation, représentant un véritable trait d’union entre la France et le monde arabe, auquel participera la maison d’édition l’Harmattan. Pour Mounib, « la traduction permet de mieux connaître l’autre. En ce sens, elle s’avère un médiateur incontournable entre les peuples ».

Khaled Abdel-Azim

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