Al-Ahram Hebdo,Environnement | Encore au stade de l’ébullition
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 26 mars au 1er avril 2008, numéro 707

 

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Environnement

Journée Mondiale de l’Eau. Célébrée le 20 mars, elle a mis en relief les questions épineuses de l’assainissement. L’Egypte a voulu profiter de cette occasion pour sensibiliser les enfants, alors que sur le terrain, les résultats se font attendre.

Encore au stade de l’ébullition

Avec 750 m3 par an par personne (le seuil de pauvreté en eau est de 1 000 m3 par an par personne), et 4 500 villages privés de réseaux d’égout qui se débarrassent du drainage sanitaire à son état brut dans le Nil (la principale source d’eau potable dans le pays), des industries qui se débarrassent de leurs déchets industriels contenant des produits chimiques toxiques dans les cours d’eau les plus près pour faire des bénéfices au détriment de la santé et de l’hygiène de la population ... Autant de problèmes liés à l’eau qui assombrissent les festivités de la Journée mondiale de l’eau.

Karam, un jeune employé de 29 ans qui vit dans l’un des villages du gouvernorat de Ménoufiya, nous fait part de son expérience : « Notre village est privé de réseaux d’égout et les réservoirs souterrains qui sont assez anciens n’arrivent pas à assimiler les quantités d’eaux consommées par les habitants. Donc l’eau déborde de ces réservoirs, se mélange à l’eau souterraine et augmente son niveau. Résultat : les murs de tous les logements du village et des villages voisins souffrent d’une humidité permanente, et risquent l’effondrement à tout moment ». Dans son élan, il évoque les problèmes liés à l’eau potable. « Hier soir, j’ai voulu boire un verre de thé, ma femme dormait, à ma grande surprise l’eau du robinet faisait des bulles, à froid ! Je suis allé poser la question à ma femme qui m’a dit tout simplement que l’eau est comme ça chez nous, mais parce que je passe la journée au Caire, où je travaille, je ne l’ai jamais remarqué », explique Karam, tout en ajoutant que les 11 usines situées dans la ville industrielle de Moubarak se débarrassent de leur drainage dans les canaux, occasionnant une pollution plus dangereuse que les odeurs nauséabondes.

Selon les rapports de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), il existe une relation de cause à effet entre la propagation croissante de l’insuffisance rénale et l’augmentation de divers polluants dans l’eau. Le problème devient de plus en plus grave, surtout si l’on sait que dans les pays en développement, y compris l’Egypte, près de 20 % de la mortalité des enfants de moins de 5 ans a pour cause la pollution de l’eau.

Sayeda, une villageoise égyptienne vivant dans la région d’Al-Qanater Al-Khaïriya, dans le gouvernorat de Qalioubiya, a perdu deux de ses 8 enfants, un avant qu’il n’atteigne ses deux ans et l’autre à l’âge de 6 mois. « Les petits souffrent de diarrhée, on me dit que c’est à cause de l’eau, j’en ai perdu deux, mais j’ai peur pour la santé de mes autres enfants. Que quelqu’un me dise ce que je dois faire pour sauver la vie de mes enfants ».

« Je ne sais pas vraiment ce que le gouvernement attend pour nous trouver des solutions aux problèmes de l’eau et de l’assainissement dans la plupart des villages égyptiens », se demande Ahmed Al-Dessouqi, professeur de chimie, vivant dans le village d’Al-Bida, dans le gouvernorat de Daqahliya.

Selon lui, la vie au quotidien sans eau potable « propre » et sans réseau d’égout est contraire aux droits de l’homme, car l’eau c’est la vie et l’assainissement, c’est la dignité. « La plupart des Egyptiens souffrent de plusieurs maladies liées à la pollution de l’eau et de l’environnement en général, surtout l’insuffisance rénale », indique Al-Dessouqi.

En effet, le Centre national des maladies rénales révèle que les cas d’insuffisance rénale ont été multipliés de 200 % depuis l’an 2000. De plus, les chiffres ont démontré que l’insuffisance rénale en Egypte, dont le taux était de 10 cas pour un million en 1974, est arrivée à 225 cas pour un million en 2004. 30 000 nouveaux cas sont enregistrés annuellement pour des raisons liées à la pollution de l’eau et des aliments dont les cultures sont fréquemment irriguées par de l’eau polluée.

 

Focus sur l’assainissement

Malgré ce sombre tableau, les responsables continuent de parler de sensibilisation des générations futures ... « Il est vrai qu’au moment où le monde parle d’action, nous parlons encore de sensibilisation, mais au moins nous essayons de rattraper le train en marche pour commencer une série de changements vers le bon chemin », explique Mohamad Séoudi, professeur d’arabe. En effet, la Journée mondiale de l’eau, qui a été célébrée cette année officiellement le jeudi 20 mars, a mis en relief les questions d’assainissement car l’Assemblée générale des Nations-Unies avait déclaré l’année 2008 Année internationale de l’assainissement.

L’Egypte a célébré cette journée à sa façon, dans le cadre de la campagne nationale pour l’éducation environnementale, « Notre Environnement ; Notre vie », lancée en janvier 2008 par une initiative du centre culturel Saqiet Al-Sawi et du Programme égyptien pour l’éducation environnementale ou E3OP (un programme de 2 ans financé par l’Agence américaine pour le développement international USAID) et en coopération avec le Partenariat égyptien de l’eau ou EWP (Egyptian Water Partnership).

Le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Irrigation, le Dr Mahmoud Abou-Zeid, celui de l’Environnement, Magued Georges, la directrice de l’USAID, Hilda Arellano, la directrice exécutive du Centre de l’environnement et du développement pour la région arabe et l’Europe (CEDARE), Nadia Makram Ebeid, et le président du Partenariat égyptien de l’eau, Ahmad Al-Goweili, ainsi que des représentants des ministères de l’Habitat et de l’Education ont inauguré la cérémonie, qui a eu lieu le 24 mars au siège d’Al-Saqiat, à Zamalek. L’événement avait pour thème « Créer des partenariats pour une gestion durable des ressources hydrauliques ».

Quelque 400 enfants de différents gouvernorats ont participé aux différentes activités liées à l’eau et à la pollution. Des chansons, des pièces de théâtre abordant le thème de l’eau et des documentaires ont été projetés aux enfants pour les sensibiliser à la conservation de l’eau, la ressource la plus précieuse sur terre.

« La vraie richesse de l’Egypte est sa richesse humaine. Aider les enfants à avoir un comportement ami de l’environnement est un vrai défi et ses fruits apparaîtront plus tard », souligne Cheryl Groff, directrice de l’E3OP.

Durant la cérémonie, un colloque a été tenu sur les effets de l’absence des réseaux d’égout sur la santé et l’environnement. Des experts de différents secteurs étaient là pour expliquer les différentes dimensions du problème.

Et les enfants semblent en avoir tiré un grand profit côté sensibilisation. Alors que l’action reste encore quasi inexistante. Cette célébration est l’initiative d’un centre culturel, d’un programme financé par l’USAID et d’une ONG, et le gouvernement dans tout cela ? Qu’est-ce que le ministère de l’Irrigation a fait pour résoudre les problèmes de l’eau ?

Qu’a fait le ministère de l’Habitat, qui est responsable des réseaux d’égout, pour résoudre les problèmes des gens privés de toilettes en Egypte ?

On pensait que les responsables penseraient à profiter de l’Année internationale de l’assainissement pour améliorer ce service. Il ne semble même pas qu’ils avaient entendu parler du message que vient d’adresser le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon, à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau et qui rappelle que les problèmes d’assainissement font souffrir une personne sur trois sur la planète terre. « Toutes les 20 secondes, un enfant meurt comme résultat des conditions misérables d’assainissement dont souffrent quelque 2,6 milliards de personnes dans le monde ». Le secrétaire général de l’Onu a rappelé aussi qu’il est vraiment difficile de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) concernant l’assainissement, et qui exige l’élimination du problème des personnes qui n’ont pas accès aux toilettes à l’horizon 2015. « Les experts prévoient qu’en 2015 quelque 2,1 milliards de personnes seront toujours privées de toilettes fiables. Pour l’Afrique subsaharienne, le problème est plus accru, cette région est censée atteindre cet objectif à l’horizon 2076 », souligne-t-il.

Ban Ki-moon était très optimiste, appréhendant l’Année de l’assainissement comme une occasion pour aller plus loin dans la sensibilisation, et exercer des pressions pour passer à l’action, afin de pouvoir enfin faire une différence mesurable dans notre vie quotidienne.

Dalia Abdel-Salam

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