Journée Mondiale de l’Eau.
Célébrée le 20 mars, elle a mis en relief les questions
épineuses de l’assainissement. L’Egypte a voulu profiter de
cette occasion pour sensibiliser les enfants, alors que sur
le terrain, les résultats se font attendre.
Encore au stade de l’ébullition
Avec
750 m3 par an par personne (le seuil de pauvreté en eau est
de 1 000 m3 par an par personne), et 4 500 villages privés
de réseaux d’égout qui se débarrassent du drainage sanitaire
à son état brut dans le Nil (la principale source d’eau
potable dans le pays), des industries qui se débarrassent de
leurs déchets industriels contenant des produits chimiques
toxiques dans les cours d’eau les plus près pour faire des
bénéfices au détriment de la santé et de l’hygiène de la
population ... Autant de problèmes liés à l’eau qui
assombrissent les festivités de la Journée mondiale de
l’eau.
Karam, un jeune employé de 29 ans qui vit dans l’un des
villages du gouvernorat de Ménoufiya, nous fait part de son
expérience : « Notre village est privé de réseaux d’égout et
les réservoirs souterrains qui sont assez anciens n’arrivent
pas à assimiler les quantités d’eaux consommées par les
habitants. Donc l’eau déborde de ces réservoirs, se mélange
à l’eau souterraine et augmente son niveau. Résultat : les
murs de tous les logements du village et des villages
voisins souffrent d’une humidité permanente, et risquent
l’effondrement à tout moment ». Dans son élan, il évoque les
problèmes liés à l’eau potable. « Hier soir, j’ai voulu
boire un verre de thé, ma femme dormait, à ma grande
surprise l’eau du robinet faisait des bulles, à froid ! Je
suis allé poser la question à ma femme qui m’a dit tout
simplement que l’eau est comme ça chez nous, mais parce que
je passe la journée au Caire, où je travaille, je ne l’ai
jamais remarqué », explique Karam, tout en ajoutant que les
11 usines situées dans la ville industrielle de Moubarak se
débarrassent de leur drainage dans les canaux, occasionnant
une pollution plus dangereuse que les odeurs nauséabondes.
Selon les rapports de l’Organisation Mondiale de la Santé
(OMS), il existe une relation de cause à effet entre la
propagation croissante de l’insuffisance rénale et
l’augmentation de divers polluants dans l’eau. Le problème
devient de plus en plus grave, surtout si l’on sait que dans
les pays en développement, y compris l’Egypte, près de 20 %
de la mortalité des enfants de moins de 5 ans a pour cause
la pollution de l’eau.
Sayeda, une villageoise égyptienne vivant dans la région d’Al-Qanater
Al-Khaïriya, dans le gouvernorat de Qalioubiya, a perdu deux
de ses 8 enfants, un avant qu’il n’atteigne ses deux ans et
l’autre à l’âge de 6 mois. « Les petits souffrent de
diarrhée, on me dit que c’est à cause de l’eau, j’en ai
perdu deux, mais j’ai peur pour la santé de mes autres
enfants. Que quelqu’un me dise ce que je dois faire pour
sauver la vie de mes enfants ».
« Je ne sais pas vraiment ce que le gouvernement attend pour
nous trouver des solutions aux problèmes de l’eau et de
l’assainissement dans la plupart des villages égyptiens »,
se demande Ahmed Al-Dessouqi, professeur de chimie, vivant
dans le village d’Al-Bida, dans le gouvernorat de Daqahliya.
Selon lui, la vie au quotidien sans eau potable « propre »
et sans réseau d’égout est contraire aux droits de l’homme,
car l’eau c’est la vie et l’assainissement, c’est la
dignité. « La plupart des Egyptiens souffrent de plusieurs
maladies liées à la pollution de l’eau et de l’environnement
en général, surtout l’insuffisance rénale », indique
Al-Dessouqi.
En effet, le Centre national des maladies rénales révèle que
les cas d’insuffisance rénale ont été multipliés de 200 %
depuis l’an 2000. De plus, les chiffres ont démontré que
l’insuffisance rénale en Egypte, dont le taux était de 10
cas pour un million en 1974, est arrivée à 225 cas pour un
million en 2004. 30 000 nouveaux cas sont enregistrés
annuellement pour des raisons liées à la pollution de l’eau
et des aliments dont les cultures sont fréquemment irriguées
par de l’eau polluée.
Focus sur l’assainissement
Malgré ce sombre tableau, les responsables continuent de
parler de sensibilisation des générations futures ... « Il
est vrai qu’au moment où le monde parle d’action, nous
parlons encore de sensibilisation, mais au moins nous
essayons de rattraper le train en marche pour commencer une
série de changements vers le bon chemin », explique Mohamad
Séoudi, professeur d’arabe. En effet, la Journée mondiale de
l’eau, qui a été célébrée cette année officiellement le
jeudi 20 mars, a mis en relief les questions
d’assainissement car l’Assemblée générale des Nations-Unies
avait déclaré l’année 2008 Année internationale de
l’assainissement.
L’Egypte a célébré cette journée à sa façon, dans le cadre
de la campagne nationale pour l’éducation environnementale,
« Notre Environnement ; Notre vie », lancée en janvier 2008
par une initiative du centre culturel Saqiet Al-Sawi et du
Programme égyptien pour l’éducation environnementale ou E3OP
(un programme de 2 ans financé par l’Agence américaine pour
le développement international USAID) et en coopération avec
le Partenariat égyptien de l’eau ou EWP (Egyptian Water
Partnership).
Le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Irrigation,
le Dr Mahmoud Abou-Zeid, celui de l’Environnement, Magued
Georges, la directrice de l’USAID, Hilda Arellano, la
directrice exécutive du Centre de l’environnement et du
développement pour la région arabe et l’Europe (CEDARE),
Nadia Makram Ebeid, et le président du Partenariat égyptien
de l’eau, Ahmad Al-Goweili, ainsi que des représentants des
ministères de l’Habitat et de l’Education ont inauguré la
cérémonie, qui a eu lieu le 24 mars au siège d’Al-Saqiat, à
Zamalek. L’événement avait pour thème « Créer des
partenariats pour une gestion durable des ressources
hydrauliques ».
Quelque 400 enfants de différents gouvernorats ont participé
aux différentes activités liées à l’eau et à la pollution.
Des chansons, des pièces de théâtre abordant le thème de
l’eau et des documentaires ont été projetés aux enfants pour
les sensibiliser à la conservation de l’eau, la ressource la
plus précieuse sur terre.
« La vraie richesse de l’Egypte est sa richesse humaine.
Aider les enfants à avoir un comportement ami de
l’environnement est un vrai défi et ses fruits apparaîtront
plus tard », souligne Cheryl Groff, directrice de l’E3OP.
Durant la cérémonie, un colloque a été tenu sur les effets
de l’absence des réseaux d’égout sur la santé et
l’environnement. Des experts de différents secteurs étaient
là pour expliquer les différentes dimensions du problème.
Et les enfants semblent en avoir tiré un grand profit côté
sensibilisation. Alors que l’action reste encore quasi
inexistante. Cette célébration est l’initiative d’un centre
culturel, d’un programme financé par l’USAID et d’une ONG,
et le gouvernement dans tout cela ? Qu’est-ce que le
ministère de l’Irrigation a fait pour résoudre les problèmes
de l’eau ?
Qu’a fait le ministère de l’Habitat, qui est responsable des
réseaux d’égout, pour résoudre les problèmes des gens privés
de toilettes en Egypte ?
On pensait que les responsables penseraient à profiter de
l’Année internationale de l’assainissement pour améliorer ce
service. Il ne semble même pas qu’ils avaient entendu parler
du message que vient d’adresser le secrétaire général des
Nations-Unies, Ban Ki-moon, à l’occasion de la Journée
mondiale de l’eau et qui rappelle que les problèmes
d’assainissement font souffrir une personne sur trois sur la
planète terre. « Toutes les 20 secondes, un enfant meurt
comme résultat des conditions misérables d’assainissement
dont souffrent quelque 2,6 milliards de personnes dans le
monde ». Le secrétaire général de l’Onu a rappelé aussi
qu’il est vraiment difficile de réaliser les Objectifs du
Millénaire pour le Développement (OMD) concernant
l’assainissement, et qui exige l’élimination du problème des
personnes qui n’ont pas accès aux toilettes à l’horizon
2015. « Les experts prévoient qu’en 2015 quelque 2,1
milliards de personnes seront toujours privées de toilettes
fiables. Pour l’Afrique subsaharienne, le problème est plus
accru, cette région est censée atteindre cet objectif à
l’horizon 2076 », souligne-t-il.
Ban Ki-moon était très optimiste, appréhendant l’Année de
l’assainissement comme une occasion pour aller plus loin
dans la sensibilisation, et exercer des pressions pour
passer à l’action, afin de pouvoir enfin faire une
différence mesurable dans notre vie quotidienne.
Dalia
Abdel-Salam