Al-Ahram Hebdo, Egypte | Sortir les terrains du frigo
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 Semaine du 26 mars au 1er avril 2008, numéro 707

 

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Egypte

Urbanisme. Le ministère de l’Habitat a décidé la semaine dernière de retirer les terrains aux propriétaires qui ne réussissent pas à les exploiter. Un arrêté qui vise à lutter contre les spéculations dans les nouvelles villes.

Sortir les terrains du frigo

8,5 millions de mètres carrés. C’est la surface totale de terrains destinés à la construction de logements, mais qui sont restés inexploités. Le ministère de l’Habitat qui avance ce chiffre précise qu’en gros, ces terrains se situent dans les nouvelles villes de Cheikh Zayed, à l’ouest du Caire, et dans la ville de Chourouq, et Al-Tagammoe Al-Awal, à l’est de la capitale. Le phénomène est dû à une pratique répandue parmi les spéculateurs qui achètent ces terrains à des prix dérisoires et qui, sans avoir rien fait ni dépensé, voient les prix de leurs terrains grimper au fil des années. C’est contre cette pratique qu’est intervenue la récente décision du ministère, publiée la semaine dernière, de priver ces « hommes d’affaires » de leurs terrains.

Selon Hassan Al-Guébali, directeur du secteur du logement auprès du ministère de l’Habitat, cette pratique a eu des conséquences fâcheuses, dont la plus importante est l’augmentation des prix des terrains dans les nouvelles villes. « Rien que l’année dernière, le ministère a reçu 80 plaintes d’hommes d’affaires qui ont échoué à trouver des terrains à des prix raisonnables pour construire des usines, ce qui affecte l’investissement dans le pays », explique Al-Guébali. En effet, la loi accorde aux investisseurs un délai de trois ans pour commencer les travaux de construction, une obligation facilement contournable. Il suffit d’« entamer les travaux » ou de ne construire qu’un rez-de-chaussée pour gagner du temps tout en évitant d’investir des sommes énormes.

A la demande personnelle du président Moubarak, une commission du ministère de l’Habitat a donc été formée la semaine dernière pour examiner les cas de ces terrains. Un délai de six mois sera garanti aux investisseurs en mesure de prouver leurs « difficultés financières », faute de quoi leurs terrains leur seront retirés.

La construction de villes nouvelles a commencé vers la fin des années 1970 pour faire face au problème de la surpopulation et la crise du logement qui en a découlé. Le premier ministère de la Reconstruction a vu le jour en 1976. L’emplacement de ces villes a été choisi à la périphérie du Caire, pour désengorger la métropole. D’abord, les nouvelles villes dépendaient des municipalités. Mais en vertu d’une loi adoptée en 1979, l’Organisme des nouvelles agglomérations urbaines fut créé dans l’objectif d’adopter les politiques et les programmes nécessaires à l’urbanisation de ces villes. C’est au début des années 1990 que l’Etat a adopté une politique visant à redonner un nouvel élan à l’émigration vers ces villes nouvelles et à en créer d’autres « plus réussies ». Suivant cette politique, l’Etat assurait l’infrastructure et les services essentiels et vendait à des prix très avantageux les terrains à des investisseurs pour construire des logements destinés à la classe moyenne. Il s’agissait également de relancer le marché immobilier dans ces nouvelles villes. Mais cette politique n’a pas porté ses fruits. En fait, beaucoup desdits investisseurs ont préféré « geler » leurs terrains pendant des années avec l’intention de les revendre à des prix plus élevés. Ceux qui se sont prêtés au jeu ont construit des habitations de luxe qui ne conviennent qu’aux couches aisées, laissant irrésolu le problème du logement auquel se heurtent la classe moyenne et les jeunes. Dans les deux cas, l’objectif des villes nouvelles n’a pas été atteint.

Théoriquement, le récent décret ministériel est destiné à rendre l’offre supérieure à la demande, ce qui aurait pour conséquence une baisse des prix des terrains. Mais les urbanistes estiment le problème beaucoup plus compliqué. Selon Milad Hanna, urbaniste, les politiques du ministère face à cette question sont contradictoires. « Depuis 2006, l’Etat a ouvert les portes de l’investissement aux entreprises immobilières arabes, notamment du Golfe. Ces investisseurs achètent les terrains aux enchères supervisées par le ministère de l’Habitat. Cette politique a engendré une terrible hausse des prix des terrains qui, associée à la hausse des prix des matériaux de construction, s’est répercutée immédiatement sur les prix des appartements ».

L’Egypte compte actuellement 22 nouvelles cités qui s’étendent sur 900 000 feddans pour un investissement de 25 milliards de L.E. Dans le Nouveau Caire, le prix du mètre carré varie entre 2 500 et 3 000 L.E. Même chose à la Cité du 6 Octobre où le prix du mètre carré a dépassé les 3 500 L.E. et à Cheikh Zayed où le prix du mètre oscille entre 2 000 et 2 500 L.E.

Loin des considérations urbaines, le décret ministériel a été aussi attaqué au niveau politique. « Ce genre de spéculations existait depuis les années 1990. Pourtant, l’Etat n’a pris aucune mesure pour y mettre fin. Il s’agit là d’un décret qui vise en premier lieu à absorber le malaise social régnant », analyse Nabil Abdel-Fattah, du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Marianne Youssef

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