Municipales.
Les démissions se multiplient au sein du PND à la suite de
l’annonce des candidats investis. Le parti minimise la
portée de ce « mécontentement ».
La déception des anciens
Le
choix des candidats du Parti National Démocrate (PND, au
pouvoir) pour les élections législatives prévues le 8 avril
a suscité l’animosité de beaucoup de membres du parti qui
n’ont pas été investis. Une série de démissions, estimées à
plus d’un millier de membres, ont été annoncées, un chiffre
contesté par les responsables de ce parti qui minimisent
l’importance de ce mouvement de sécession, d’autant plus que
le PND revendique quelque deux millions d’adhérents.
D’habitude, la démission n’est qu’une mesure tactique
permettant aux démissionnaires de se présenter aux élections
en tant qu’indépendants, avant de rejoindre le parti à
nouveau en cas de réussite. Or, cette fois, le parti a fait
exprès d’annoncer les noms des candidats investis au jour
même de la clôture de la réception des candidatures, coupant
ainsi le chemin aux exclus.
Les membres démissionnaires accusent les dirigeants locaux
du parti d’avoir « ignoré » les cadres pour choisir parmi
leurs parents ou acolytes. Mais le responsable des
inscriptions au parti, Magued Al-Cherbini, souligne que le
parti a choisi ses candidats parmi plus de 83 000 membres. «
C’est très normal que sur ce nombre, 30 000 se retrouvent
déçus ». Il a assuré que la nouvelle politique du parti
consistait à choisir les candidats aux élections à travers
un vote interne au niveau des municipalités, et non en les
nommant. « Ce qui est arrivé est un résultat normal de cette
nouvelle expérience », a-t-il ajouté.
« C’est
la loi de l’évolution et du changement, le parti doit
injecter un nouveau sang dans ses rangs, et les jeunes
doivent y avoir leur place ... A un moment donné, il faut
intervenir délicatement pour dire à certains : assez … Il
est temps de donner la chance aux autres », a de son côté
commenté le secrétaire général du parti, Safouat Al-Chérif.
Des sources officielles affirment que les listes des
candidats proposés ont subi une modification qui a touché
plus de 60 % des candidats au Caire, et 100 % dans certaines
circonscriptions.
Par
ailleurs, les négociations vont bon train avec 15 députés à
l’Assemblée du peuple qui ont brandi leur démission, en
signe de protestations contre le mécanisme de choix des
candidats, injuste selon eux envers les activistes les plus
dévoués. Certains ont retiré leur démission à l’issue d’une
réunion avec le responsable des sélections et homme
d’affaires, Ahmad Ezz, alors que d’autres se sont contentés
de « suspendre » leur affiliation au parti. « Nous étions
mécontents parce que certains symboles du parti ne
figuraient pas sur les listes des candidats », affirme le
député PND, Hussein Awad. « Mais après notre réunion avec M.
Ezz, nous avons découvert que les élections internes étaient
correctes et finalement nous avons été convaincus qu’un
candidat ne devrait pas être nommé s’il ne bénéficiait pas
d’une popularité suffisante », ajoute Awad qui a retiré sa
démission.
«
Certes, le parti fait face à des troubles, mais cela
n’aurait aucun effet sur les résultats des élections, vu
l’absence de toute concurrence », estime l’analyste Amr Al-Choubaki,
du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d’Al-Ahram. « Le PND compte sur l’appareil étatique, les
gens ont l’habitude de voter pour ses candidats, ceux-ci
sont plus capables de leur offrir les services dont ils ont
besoin dans leur quotidien », ajoute Al-Choubaki.
Le PND
monopolise ces élections sans véritable enjeu, notamment
après l’invalidation des candidatures des Frères musulmans,
principale force d’opposition. Face à ces 50 000 candidats,
les autres partis de l’opposition laïque disputent ces
élections avec à peine quelques centaines de candidats
chacun.
Chérif Albert