Diplomatie.
Le président Moubarak a
entamé lundi une visite de deux jours à Moscou. Au centre
des discussions avec les dirigeants russes : la coopération
en matière d’énergie nucléaire civile et la situation au
Proche-Orient.
Paix et coopération énergétique
Deux
questions principales figuraient à l’ordre du jour de cette
visite présidentielle en Russie. Il s’agit de la signature
d’un projet d’accord sur la coopération dans le domaine de
l’énergie nucléaire et le projet russe d’une conférence
internationale sur la paix au Proche-Orient. Le chef de l’Etat,
arrivé lundi à Moscou accompagné de plusieurs ministres, a
eu des entretiens avec le président nouvellement élu Dmitri
Medvedev. Le successeur de Vladimir Poutine, élu le 2 mars,
doit prendre ses fonctions le 7 mai. La Russie et l’Egypte
ont signé le projet d’accord sur la coopération dans le
domaine de l’énergie nucléaire. Le document constituera une
base politique sur laquelle reposera la coopération dans le
domaine du nucléaire civil entre les deux pays et facilitera
la coopération entre les compagnies russes et égyptiennes.
En octobre 2007, le chef de l’Etat avait annoncé le
lancement du programme de construction de centrales
nucléaires en Egypte, qui permettra au pays de satisfaire
ses besoins en énergie. « L’Egypte cherche à diversifier ses
fournisseurs. C’est une politique générale qui ne concerne
pas seulement l’énergie nucléaire. Par exemple l’Egypte a
importé 40 % de son blé au cours des six derniers mois
de Russie », explique une source diplomatique ayant requis
l’anonymat. Le Caire s’oriente économiquement vers les pays
de l’est de l’Europe qui sont bon marché et dont la qualité
des produits a connu une nette amélioration. En matière de
technologie, Le Caire souhaite mettre à profit la
technologie russe en la matière. La première centrale
nucléaire égyptienne doit être mise en exploitation dans
huit ans. Pour sa part, le ministre de l’Electricité, Hassan
Younès, a annoncé plus tôt que son coût atteindrait entre
1,5 et 2 milliards de dollars. « La signature de cet accord
entre l’Egypte et la Russie dément les rumeurs de pressions
américaines sur l’Egypte pour la détourner de toute
coopération nucléaire avec Moscou », déclare la source
diplomatique. En fait, la signature de ce document ne
signifie pas que la construction de réacteurs nucléaires
sera automatiquement confiée à des compagnies russes. Ces
compagnies seront choisies au terme d’un appel d’offres
international lancé par le gouvernement égyptien à la fin de
l’année. Le Caire a jugé préférable de coopérer avec la
Russie dans le domaine de l’énergie plutôt qu’avec les
Etats-Unis, car Washington avance des conditions rigoureuses
notamment quant au contrôle régulier des réacteurs
égyptiens. La coopération russo-égyptienne dans le nucléaire
civil a été évoquée la semaine dernière lors d’une rencontre
au Caire entre le ministre russe de l’Energie et de
l’Industrie, Viktor Khristenko, et le président Moubarak. La
Russie peut fournir à l’Egypte une expertise pour assurer la
formation du personnel des centrales nucléaires et le
contrôle de la sécurité et de l’efficacité des installations
nucléaires. Le ministre russe a espéré que l’accord
permettrait aux sociétés russes d’accéder au marché
égyptien. Pour sa part, le ministre égyptien du Commerce
extérieur et de l’Industrie, Rachid Mohamad Rachid, a
déclaré que l’Egypte lancerait un appel d’offres
international pour la réalisation de son programme
nucléaire. « Mais le nombre de bons candidats est limité. Ce
sont avant tout la Russie et trois ou quatre autres Etats »,
a-t-il expliqué. Outre la coopération énergétique, l’Egypte
table sur un développement des investissements russes. Les
groupes pétrolier Loukoïl et gazier Novatek œuvrent déjà sur
le sol égyptien. En 2007, les échanges commerciaux
russo-égyptiens ont augmenté d’un tiers par rapport à 2006
pour s’élever à 2 milliards de dollars. Côté diplomatie , le
processus de paix au Proche-Orient a été au menu des
entretiens entre le président Moubarak et les dirigeants
russes. La visite du chef de l’Etat intervient à un moment
critique où le processus de paix entre Israéliens et
Palestiniens est pratiquement gelé et où la situation
s’aggrave à Gaza. Ezzat Al-Saïd ambassadeur d’Egypte à
Moscou, explique que : « A un tel moment, il est toujours
important pour l’Egypte d’avoir des consultations et
d’échanger des idées avec la Russie ». En fait, la Russie
ambitionne d’organiser une conférence sur le Proche-Orient à
Moscou afin de relancer le processus de paix israélo-syrien
gelé depuis 2000. « Nous pensons que nos relations avec la
Russie continueront à se développer », a déclaré
l’ambassadeur. Le projet russe d’une conférence
internationale à Moscou a été au centre des entretiens. Le
ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a
lancé le projet de cette conférence cette semaine lors de
ses rencontres avec les dirigeants israéliens. « L’objectif
central est d’aider aux négociations en cours pour créer une
atmosphère positive qui permettra au processus de paix
d’aboutir », a souligné le chef de la diplomatie russe.
Chérif Ahmed