Chômage des Femmes.
Sur le continent noir, deux situations opposées cohabitent.
C’est ce que vient de démontrer un récent rapport du Bureau
International du Travail (BIT).
Les Afriques en retard
Pour
des raisons différentes, le chômage des femmes s’accentue en
Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne. Pourtant à en
croire l’économiste Dorothea Schmidt, les pays ont tout à
gagner de l’activité des femmes.
Il y a des indicateurs qui témoignent particulièrement du
niveau de développement d’un pays. L’émancipation des femmes
en est un, révélateur. Or celle-ci passe notamment par une
présence améliorée sur le marché du travail. Pour faire le
point sur ces questions, le Bureau International du Travail
(BIT) a publié début mars son 3e rapport sur les tendances
mondiales de l’emploi des femmes. Cette étude met en
évidence des avancées globales : de plus en plus de femmes
dans le monde se trouvent en mesure d’accéder à un emploi.
Cependant, on ne peut pas se satisfaire de ces améliorations
disparates d’une région du globe à l’autre. Sur le continent
africain, deux situations totalement opposées cohabitent.
D’un côté, il y a l’Afrique subsaharienne. « Sur ces
territoires, on trouve un taux d’emploi des femmes très
élevé et un taux de chômage assez bas », affirme Dorothea
Schmidt, coauteur du rapport. Pour mémoire, le taux d’emploi
se calcule sur l’ensemble des femmes d’une région alors que
le taux de chômage ne prend en compte que celles qui
cherchent un emploi. « Pour 100 hommes économiquement
actifs, 75 femmes le sont aussi, continue-t-elle. Cela
représente un très petit écart ». La région se positionne
donc parmi celles aux plus forts ratios de femmes actives.
Il ne faut toutefois pas interpréter cette proportion
importante comme une donnée positive. « Les taux élevés
d’emploi des femmes sont liés aux forts taux de pauvreté.
Une personne pauvre doit travailler pour survivre »,
souligne la spécialiste de l’emploi au féminin. Les femmes
de la région cherchent ainsi à travailler pour survivre.
Elles n’ont donc pas le choix et doivent accepter n’importe
quelle tâche. « Là-bas, quand les femmes travaillent, cela
ne permet pas de sortir de la pauvreté », déplore Dorothea
Schmidt. On constate d’ailleurs en Afrique subsaharienne que
plus de huit femmes actives sur dix occupent des emplois
vulnérables. La plupart exercent leurs activités dans le
secteur de l’agriculture, essentiellement dans une
agriculture de subsistance. De plus, les jeunes filles
doivent aussi souvent contribuer au revenu familial. « Elles
pourraient, à la place, être scolarisées s’il existait des
solutions éducatives », ajoute l’experte.
Meilleure prise en charge éducative
« En Afrique du Nord, la situation est complètement inverse
», compare-t-elle. Les femmes ont davantage accès à des
tâches rémunérées, salariées et stables. Selon Dorothea
Schmidt, cela s’explique notamment par une meilleure prise
en charge éducative qu’il y a dix ans : « Au nord du Sahara,
on a investi sur les filles : maintenant, il y a beaucoup
plus de femmes qui ont reçu une éducation ». C’est pourquoi
on constate une répartition sectorielle de l’emploi des
femmes tout autre qu’en Afrique subsaharienne. Un peu plus
d’une femme active sur deux travaillent dans le secteur
tertiaire des services, principalement dans le service
public. Si la majorité des femmes actives occupent un emploi
plutôt valorisant, le taux d’emploi des femmes reste très
bas, et le taux de chômage atteint 16,2 % — le plus élevé
dans le monde. Une inactivité professionnelle qui accentue
la dépendance à l’égard du mari. Selon Dorothea Schmidt, la
faible présence des femmes sur le marché du travail
nord-africain « est le résultat d’une tradition culturelle
». L’argument répandu, prétexte à la discrimination à
l’embauche faite aux femmes, est que quand les femmes
travaillent, cela nuit aux hommes. « Mais cette idée est
totalement fausse », s’insurge le coauteur du rapport du
BIT.
Elle est d’autant plus fausse que l’on constate que la
région qui observe la plus grosse croissance économique
actuellement — l’Asie du Sud-Est — est également celle où
les femmes participent le plus au marché du travail. Les
pays ont donc tout intérêt à favoriser le travail des
femmes. Mais ce n’est toutefois pas le remède à tous les
maux. « La participation des femmes n’est pas la solution
miracle. Il n’y a pas automatiquement de la croissance
économique quand elles sont actives, tempère Dorothea
Schmidt. Mais ce qui est sûr, c’est que quand les femmes
travaillent, elles peuvent contribuer à la croissance et
c’est mieux pour toute l’économie ». Alors que faire ? Par
la voix de son économiste, le BIT préconise des solutions
différentes selon les zones : « En Afrique subsaharienne, il
ne faut pas essayer de créer du travail pour les femmes dans
les grandes villes. En effet, les hommes sont là et ils ne
trouvent déjà pas d’emploi. Il faut plutôt se concentrer sur
l’agriculture dans les petits villages. Au contraire, en
Afrique du Nord, il y a de la place dans les villes pour que
les femmes travaillent. Le défi, c’est de leur ouvrir les
professions dans les secteurs modernes, les nouvelles
technologies par exemple ».
Jean-Philippe Chognot (MFI)