Accidents de la Route.
Nids-de-poule, mauvais goudronnage, obscurité, l’autoroute
ouest de la Haute-Egypte, malgré sa réfection, reste
dangereuse et maintient sa réputation de chemin sanglant.
Danger tous azimuts
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555 km. C’est la longueur de l’autoroute de l’ouest Le
Caire-Haute-Egypte, intitulée la route la plus sanglante en
Egypte. A 15 minutes de la place Rimaya, à Guiza, commence
ce chemin qui paraît d’entrée de jeu très calme, désert et
bien goudronné. Mais cette atmosphère plus ou moins féerique
ne dure pas longtemps. Au kilo 25 à peine, un microbus est
renversé. Une dizaine de personnes sont regroupées et aident
à sortir les victimes par les vitres du véhicule. Cris,
bruit et clameurs. C’est le désordre en attendant
l’ambulance. Grâce à Dieu, il n’y a pas de morts. Juste cinq
blessés. Le désarroi règne. Mais aussi pour ces passagers,
c’est du déjà-vu. « C’est vrai que la route est devenue plus
sûre lorsqu’elle a été divisée en deux voies, l’une pour
l’aller, l’autre pour le retour. Mais le problème est
qu’elle est mal asphaltée », se plaint Sedqi Abdel-Hafez,
chauffeur du véhicule, une fois évacué, sain et sauf en
dehors de quelques égratignures. Un agent qui fait la ronde
arrive à bord de son motocycle. Il semble rassuré ? Il n’y a
pas de blessés graves. Et puis, cet accident n’est pas le
premier du genre. Ça ne l’étonne donc pas. « Avant de créer
l’autre voie, les voitures se heurtaient, aujourd’hui, elles
se renversent. C’est un défaut dans la voie. Je me demande
comment les responsables ont accepté que la route leur soit
remise dans cet état ? ». La foule s’est dissipée. Les
passagers, un peu étourdis, se soutenant un peu ont pris un
autre véhicule et poursuivi leur chemin. Rien de grave donc.
On n’a même pas vu l’ambulance arriver. La vie continue.
Tout au long du chemin, des plaques qui mettent en garde
contre les excès de vitesse, surveillés par des radars,
semblent invisibles pour les chauffeurs. Tous conduisent à
une grande vitesse. Les conducteurs semblent ne pas guère
tenir compte de ces consignes. Les véhicules de toutes
marques, dimensions et poids roulent à tombeau ouvert et
nous dépassent. Notre chauffeur a décidé de faire de même et
accéléré jusqu’à 120 km/heure, alors que la vitesse
réglementaire est de 90 km/h maximum, pour vérifier la
présence de radars, surtout qu’on n’a pas rencontré le
moindre barrage routier. Mais hop voilà. Un policier
embusqué entre deux barils longeant la route à la hauteur du
village de Gezra, appareil en main, nous a détectés.
Quelques mètres plus tard, c’est un barrage et le permis a
été retiré ? Un piège ? Seules les voitures privées ont été
sanctionnées ? Les camions et microbus l’ont franchi sains
et saufs. Ils étaient simplement au courant des lieux
d’installation du radar. Donc, c’est une fausse
surveillance.
A Wasta, toujours sur la même route, un camion-remorque
transportant des blocs de pierres est renversé. Des bris de
vitres partout, les pierres aussi. Un autre véhicule du même
type est arrêté à côté sans la moindre égratignure. Une
femme est à côté du poids lourd renversé cachant son visage.
« Mon mari, c’est le camionneur. Il a été surpris par
l’autre sorti brusquement sur la route, en tentant de
l’éviter, il s’est renversé ». Les deux chauffeurs sont
allés au poste de police pour établir un procès-verbal. En
fait, c’est toujours la route et son asphaltage qui semblent
être accusés.
Les accidents se suivent et se ressemblent sur les 180 km
parcourus jusqu’à l’approche de Minya. Un camion gisant par
terre. Que s’est-il passé ? « Je roulais à la vitesse
normale, mais c’est un nid-de-poule dans un virage qui m’a
fait basculer. Ils sont très nombreux, tout au long du
chemin je dirais et très dangereux notamment pour les poids
lourds », se défend le camionneur. Pour lui, les
responsables lorsqu’ils prennent réception d’une route, ils
la testent avec des véhicules privés et non des camions.
Bien qu’il s’agisse d’une nouvelle route devant être plus
sûre, elle semble plus ou moins défectueuse. Il y a moins de
morts, il est vrai, puisqu’il n’y a plus de collision, mais
ce sont les véhicules qui sont endommagés. Les usagers se
débrouillent parfois seuls pour se protéger. Des maçons sont
là en train de construire un mur à la lisière de la
chaussée, à la hauteur du village de Qasr Al-Bassel. Il y a
un virage aigu et à côté un fossé très profond, on dirait un
cimetière pour les voitures. Le plus beau, c’est qu’il est
tout près d’un poste ambulancier du Croissant-Rouge. Un
exemple type des problèmes de sécurité routière. Une
autoroute venant d’être inaugurée il y a deux mois et qui a
besoin d’importants travaux de réfection. Son entretien
aussi laisse à désirer. Et que dire de la nuit ? Il n’y a
aucun poteau d’éclairage. Un défaut corrigé par un autre
défaut pour que la route maintienne son surnom.
Chérine Abdel-Azim