Taïwan.
Le nouveau président élu Ma Ying-Jeou
prône le dialogue avec la Chine sur de nombreux domaines en
écartant une quelconque réunification.
Le pragmatisme de Ma
Sur les 17 millions d’électeurs appelés aux urnes samedi
dernier à Taiwan en vue de désigner leur nouveau président,
environ 80 % ont participé au scrutin. Ma
Ying-Jeou, qui a remporté 58 %
des voix lors de ce scrutin était d’ors et déjà donné favori
par divers sondages, son parti contrôlant dès lors
l’Assemblée. Ce triomphe pour le Parti nationaliste est
effectivement le deuxième succès électoral, après une
victoire écrasante lors des élections législatives de
janvier où il s’était emparé de la majorité des sièges au
Parlement.
Son rival, Frank Hsieh du Parti
démocrate progressiste (DDP), a été forcé de reconnaître
cette lourde défaite imputée au parti du président sortant
Chen
Shui-Bian.
Même si les deux partis reconnaissent l’importance
grandissante des relations avec la Chine, notamment dans le
domaine commercial, ils affichent cependant des points de
vue différents, nationaliste pour l’un et progressiste pour
l’autre. En revanche, tous deux sont considérés par des
analystes comme des candidats modérés au sein de leur parti
respectif.
Cette quatrième élection présidentielle au suffrage
universel direct organisée sur l’île a été marquée par une
campagne électorale axée sur les relations avec la Chine,
laquelle estime l’île comme un territoire devant être
réunifié malgré une indépendance de fait datant de près de
60 ans.
Ex-maire
de Taïpei et ancien ministre de
la Justice, Ma Ying-Jeou qui a
une approche plus conciliante vis-à-vis de son voisin
chinois a, tout au long de la campagne, exhorté à des
relations plus pacifiques, se gardant néanmoins d’évoquer
une quelconque réunification : « Nous voulons normaliser les
relations commerciales avec la Chine comme nous l’avons fait
avec d’autres pays. Si je suis élu, j’engagerai le dialogue
avec la Chine sur de nombreux sujets mais je garantirai
l’identité de Taïwan et sa
sécurité », avait-il déclaré après avoir voté.
Sur le plan économique, M. Ma a promis de lutter contre le
chômage et de mettre en place des réformes visant à
renforcer l’économie défaillante de
Taïwan, basée en majorité sur la haute technologie.
Alors que M. Ma jouit d’une réputation assez connue en terme
d’honnêteté et d’intelligence politique, son rival, Frank
Hsieh et son parti, le DDP fait
face à de nombreux scandales de corruption qui ont largement
contribué à ses deux défaites consécutives depuis les
législatives de janvier. Soutenant les positions
indépendantistes de son parti, et favorable à un
renforcement de l’identité taïwanaise de l’île, M.
Hsieh avait accusé l’opposition
de remettre en cause la souveraineté nationale et avait mis
en garde la population contre les dangers encourus pour
Taïwan si M. Ma parvenait à être
élu.
Au moment où de violentes émeutes frappent le Tibet qui
revendique son indépendance vis-à-vis du géant chinois, M.
Hsieh évoque le risque que
celles-ci ne s’étendent à Taïwan.
Il avait même brandi la menace quant au boycott des
prochains Jeux olympiques devant se dérouler à Pékin.
En revanche, il prônait un assouplissement des restrictions
imposées par le président sortant. Les huit ans de pouvoir
de ce dernier ont été marqués par une politique de défiance
et de provocation systématique à l’égard de la Chine.
Deux référendums ont eu lieu parallèlement au scrutin
présidentiel à l’initiative des deux partis en lice. Le DDP
invitait dans un premier temps les électeurs à se prononcer
sur une hypothétique adhésion de l’île à l’Onu sous le nom
de Taïwan. A l’initiative du
Kuomintang, le second référendum
proposait aux électeurs de se prononcer sur une adhésion du
pays à l’Onu et si oui, sous quelle dénomination. Ces
consultations qui requièrent au moins 50 % de participation
pour être validées ont été non seulement l’objet de
critiques de la part de la communauté internationale mais
ont également échoué, toutes deux, en raison d’une
participation insuffisante.
La République de Chine (ROC), nom officiel de
Taïwan, a perdu en 1971 son
siège à l’Onu au profit de la République populaire de Chine.
Toutes les tentatives de reconquête par Taipei de son siège
ont été systématiquement bloquées par la Chine. En effet,
même si le « oui » l’avait emporté, une adhésion de
Taïwan serait impossible, la
Chine étant un membre permanent du Conseil de sécurité, elle
dispose d’un droit de veto qu’elle s’empresserait d’utiliser
contre cette requête.
Taïwan
et la Chine se sont séparées à l’issue d’une guerre civile
en 1949, mais Pékin continue de revendiquer sa souveraineté
sur l’île. La Chine menace d’entrer en guerre si
Taïwan formalise son
indépendance de fait. Le Parlement chinois a adopté en 2005
une loi anti-sécession dans le but de légitimer le recours à
la force dans le cas d’une déclaration d’indépendance
formelle de l’île.
Lynda
Kartout