Al-Ahram Hebdo,Monde | Le pragmatisme de Ma
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 Semaine du 26 mars au 1er avril 2008, numéro 707

 

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Taïwan. Le nouveau président élu Ma Ying-Jeou prône le dialogue avec la Chine sur de nombreux domaines en écartant une quelconque réunification.  

Le pragmatisme de Ma 

Sur les 17 millions d’électeurs appelés aux urnes samedi dernier à Taiwan en vue de désigner leur nouveau président, environ 80 % ont participé au scrutin. Ma Ying-Jeou, qui a remporté 58 % des voix lors de ce scrutin était d’ors et déjà donné favori par divers sondages, son parti contrôlant dès lors l’Assemblée. Ce triomphe pour le Parti nationaliste est effectivement le deuxième succès électoral, après une victoire écrasante lors des élections législatives de janvier où il s’était emparé de la majorité des sièges au Parlement.

Son rival, Frank Hsieh du Parti démocrate progressiste (DDP), a été forcé de reconnaître cette lourde défaite imputée au parti du président sortant Chen Shui-Bian.

Même si les deux partis reconnaissent l’importance grandissante des relations avec la Chine, notamment dans le domaine commercial, ils affichent cependant des points de vue différents, nationaliste pour l’un et progressiste pour l’autre. En revanche, tous deux sont considérés par des analystes comme des candidats modérés au sein de leur parti respectif.

Cette quatrième élection présidentielle au suffrage universel direct organisée sur l’île a été marquée par une campagne électorale axée sur les relations avec la Chine, laquelle estime l’île comme un territoire devant être réunifié malgré une indépendance de fait datant de près de 60 ans.

Ex-maire de Taïpei et ancien ministre de la Justice, Ma Ying-Jeou qui a une approche plus conciliante vis-à-vis de son voisin chinois a, tout au long de la campagne, exhorté à des relations plus pacifiques, se gardant néanmoins d’évoquer une quelconque réunification : « Nous voulons normaliser les relations commerciales avec la Chine comme nous l’avons fait avec d’autres pays. Si je suis élu, j’engagerai le dialogue avec la Chine sur de nombreux sujets mais je garantirai l’identité de Taïwan et sa sécurité », avait-il déclaré après avoir voté.

Sur le plan économique, M. Ma a promis de lutter contre le chômage et de mettre en place des réformes visant à renforcer l’économie défaillante de Taïwan, basée en majorité sur la haute technologie.

Alors que M. Ma jouit d’une réputation assez connue en terme d’honnêteté et d’intelligence politique, son rival, Frank Hsieh et son parti, le DDP fait face à de nombreux scandales de corruption qui ont largement contribué à ses deux défaites consécutives depuis les législatives de janvier. Soutenant les positions indépendantistes de son parti, et favorable à un renforcement de l’identité taïwanaise de l’île, M. Hsieh avait accusé l’opposition de remettre en cause la souveraineté nationale et avait mis en garde la population contre les dangers encourus pour Taïwan si M. Ma parvenait à être élu.

Au moment où de violentes émeutes frappent le Tibet qui revendique son indépendance vis-à-vis du géant chinois, M. Hsieh évoque le risque que celles-ci ne s’étendent à Taïwan. Il avait même brandi la menace quant au boycott des prochains Jeux olympiques devant se dérouler à Pékin.

En revanche, il prônait un assouplissement des restrictions imposées par le président sortant. Les huit ans de pouvoir de ce dernier ont été marqués par une politique de défiance et de provocation systématique à l’égard de la Chine.

Deux référendums ont eu lieu parallèlement au scrutin présidentiel à l’initiative des deux partis en lice. Le DDP invitait dans un premier temps les électeurs à se prononcer sur une hypothétique adhésion de l’île à l’Onu sous le nom de Taïwan. A l’initiative du Kuomintang, le second référendum proposait aux électeurs de se prononcer sur une adhésion du pays à l’Onu et si oui, sous quelle dénomination. Ces consultations qui requièrent au moins 50 % de participation pour être validées ont été non seulement l’objet de critiques de la part de la communauté internationale mais ont également échoué, toutes deux, en raison d’une participation insuffisante.

La République de Chine (ROC), nom officiel de Taïwan, a perdu en 1971 son siège à l’Onu au profit de la République populaire de Chine. Toutes les tentatives de reconquête par Taipei de son siège ont été systématiquement bloquées par la Chine. En effet, même si le « oui » l’avait emporté, une adhésion de Taïwan serait impossible, la Chine étant un membre permanent du Conseil de sécurité, elle dispose d’un droit de veto qu’elle s’empresserait d’utiliser contre cette requête.

Taïwan et la Chine se sont séparées à l’issue d’une guerre civile en 1949, mais Pékin continue de revendiquer sa souveraineté sur l’île. La Chine menace d’entrer en guerre si Taïwan formalise son indépendance de fait. Le Parlement chinois a adopté en 2005 une loi anti-sécession dans le but de légitimer le recours à la force dans le cas d’une déclaration d’indépendance formelle de l’île.

Lynda Kartout

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