Al-Ahram Hebdo,Monde | Les prémices d’une lutte
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 26 mars au 1er avril 2008, numéro 707

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Francophonie

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Monde

Pakistan. Le choix d’un nouveau premier ministre, Yousouf Raza Gilani, promet des jours difficiles au président Musharraf, dont les soutiens politiques se laminent au fil des jours.

Les prémices d’une lutte

Après de longs mois de chaos et d’instabilité, les derniers traits du paysage politique pakistanais ont enfin commencé à se tracer avec le choix, lundi dernier, du futur premier ministre pakistanais, Yousouf Raza Gilani, ancien président de l’Assemblée nationale et ancien ministre : « Yousouf Raza Gilani a remporté la majorité des voix des députés », a annoncé Fahmida Mirza, au milieu des cris des députés de l’Assemblée nationale, qui scandaient « Longue vie à Bhutto » et « Va-t-en Musharraf ».

M. Gilani, candidat du Parti du Peuple Pakistanais (PPP) de Benazir Bhutto, a été élu premier ministre du Pakistan par l’Assemblée nationale à une écrasante majorité, 264 des 342 voix des députés, l’emportant facilement sur son unique concurrent, Chaudhry Pervaiz Elahi, partisan du président Pervez Musharraf, qui n’a eu que 42 voix, les soutiens politiques du chef de l’Etat ayant été balayés aux élections.

A peine élu, M. Gilani a aussitôt engagé un bras de fer avec le président Musharraf, en ordonnant la libération de tous les juges placés en résidence surveillée lors de l’imposition de l’état d’urgence par M. Musharraf en novembre 2007. Ces magistrats étaient à l’époque sur le point de se prononcer sur la validité de sa récente réélection. En effet, la libération de ces juges constitue le plus grand danger pour Musharraf, en particulier celle du président de la Cour suprême, Iftikhar Muhammad Chaudhry.

Tenant à minimiser le rôle du président dès la première minute, le premier ministre a affirmé : « Nous allons nous battre pour faire reconnaître la suprématie du Parlement et faire en sorte que le dernier mot lui revienne en ce qui concerne la politique du pays, parce qu’il reflète la volonté populaire ».

Déjà, la plupart des experts ont pronostiqué que M. Gilani irait mener une lutte sans merci contre le président, dont les soutiens politiques ont été laminés aux élections. D’autant plus que M. Gilani a passé cinq ans en prison sous le régime de Musharraf sous l’accusation de corruption, avant d’être relâché sans avoir été condamné.

Tenant à se proclamer « démocrate fervent » malgré toutes les menaces imminentes, le président Musharraf a réitéré, dimanche, son soutien au nouveau gouvernement, qui sera formé par ses adversaires politiques, affirmant qu’il avait fondé les principes de la démocratie dans le pays : « Nous sommes fiers de constater qu’au cours des huit dernières années, nous avons aussi mis le Pakistan sur la voie du progrès et de la prospérité », a déclaré M. Musharraf, au cours d’un défilé militaire célébrant dimanche la fête nationale pakistanaise. « Qui que soient les membres du prochain gouvernement, ils auront mon soutien », a encore promis le président, en émettant l’espoir que le nouveau premier ministre maintiendra la paix civile, la croissance économique et combattra vigoureusement le terrorisme.

 

Dialogue avec les islamistes

En effet, le choix de M. Gilani n’était pas une surprise car déjà il a été présenté, dès le début de la semaine, comme un « candidat de consensus » entre le Parti du Peuple Pakistanais (PPP) de l’ex-premier ministre Benazir Bhutto qui a remporté les élections législatives le 18 février et les autres formations du gouvernement de coalition, notamment la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N) de Nawaz Sharif, renversé en 1999 par un coup d’Etat du président Musharraf.

Tout au long de cette semaine, les principaux quotidiens pakistanais ont salué le choix de M. Gilani tout en espérant qu’il ne sera pas une « marionnette » d’Asif Zardari. Pour autant, certains observateurs estiment qu’il pourrait n’être qu’un premier ministre par intérim, chauffant la place pour son ami Asif Ali Zardari. M. Zardari ne pouvait pas prétendre lui-même aux fonctions, car il n’était pas candidat aux législatives et le premier ministre doit être choisi parmi les députés. Il pourrait cependant se présenter dans la circonscription de Benazir Bhutto, où une élection partielle doit être organisée en mai, alimentant les spéculations sur une future désignation au poste de premier ministre.

Loin de toutes les spéculations futures, une chose est désormais sûre et certaine : le nouveau premier ministre aura à assumer une lourde tâche, à savoir, la lutte contre le terrorisme qui constitue un défi et une priorité pour le gouvernement pakistanais. Surtout que depuis janvier 2007, au moins 1 066 personnes ont été tuées dans une vague de violences sans précédent.

Réalisant le sérieux de la situation, les dirigeants du nouveau gouvernement de coalition pakistanais ont affirmé cette semaine leur intention d’entamer des négociations avec les islamistes dans l’espoir de faire cesser une série d’attentats au Pakistan. M. Zardari et M. Sharif ont affirmé, dimanche, qu’« ils ne vont recourir à la force qu’en dernier recours ». Analysant cette volonté du gouvernement de dialoguer avec les islamistes, le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté de sciences politiques et économiques, affirme qu’il s’agit d’une tentative de la part du nouveau gouvernement pour isoler les éléments les plus extrémistes du courant islamiste et dialoguer avec les plus modérés pour freiner cette frénésie de violence qui plante ses griffes dans le pays.

Là, une question s’impose : l’idée d’un rapprochement éventuel avec les islamistes — ou même avec une minorité d’entre eux — va-t-elle plaire à un Washington qui a toujours opté pour la politique du bâton avec ces « terroristes » ? Bien sûr que non. Déjà, les prémices d’une politique de relâchement avec les islamistes ont alerté les responsables américains, qui craignent que cela n’engendre des problèmes concernant la guerre contre le terrorisme menée par Washington, au moment même où le président Musharraf a laissé plus de liberté aux Américains pour frapper les islamistes avec des drones Predator. Le premier à manifester son inquiétude cette semaine était le vice-président américain, Dick Cheney, qui a rappelé cette semaine au Pakistan son engagement dans la guerre antiterroriste, espérant que le nouveau gouvernement pakistanais serait « un ami et un allié efficace des Etats-Unis comme le précédent gouvernement » : « Je n’ai aucune raison de douter de leur engagement à combattre les difficultés qui se présentent », a ajouté M. Cheney.

Maha Al-Cherbini

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.