Musique.
L’Orchestre philharmonique Royal de Londres ou Royal
Philharmonic Orchestra (RPO), l’un des plus prestigieux du
monde, se produit pour la deuxième fois en Egypte, célébrant
les 20 ans de l’Opéra du Caire.
Un orchestre et mille baguettes
L’Orchestre
philharmonique royal londonien garde jusqu’à présent la
stratégie mise en place par son fondateur et chef
d’orchestre Sir Thomas Beecham (1879-1961). Celle-ci
consiste à offrir au public, de par le monde, la puissance
d’une musique symphonique et lyrique notable, invitant
constamment des solistes remarquables pour accompagner ses
propres musiciens.
A cela s’ajoute une bonne direction orchestrale, par exemple
pour ces concerts en Egypte le RPO sera dirigé par le chef
d’orchestre mexicain Enrique Batiz. Réputé pour sa direction
très émotive, il a choisi de faire appel, les 26 et 27 mars
à l’Opéra du Caire, à trois solistes égyptiens : la soprano
installée à Paris Amira Sélim, le violoniste Karim Saleh et
le pianiste Mohamad Chams. Ainsi, le 26 mars, Amira Sélim
chantera l’air romantique de Gilda dans Rigoletto de Verdi,
celui de Cunégonde dans Candide de Bernstein tandis que
Karim Saleh jouera d’autres chefs-d’œuvre de Wagner,
Paganini et Dvorak. Le 27 mars, le pianiste Mohamad Chams
accompagnera l’orchestre, jouant des morceaux de Wagner et
de Mozart dans un programme marqué aussi par la symphonie
Numéro 5 de Tchaïkovski.
Fondé en 1946, l’Orchestre philharmonique royal a donné son
premier concert à Croydon en Grande-Bretagne, précisément le
15 septembre 1946, sous la direction de Sir Beecham. Figure
de proue de la vie symphonique et lyrique londonienne, ce
dernier a conduit lui-même l’orchestre entre 1946 et 1961.
La personnalité scintillante et autoritaire de Beecham a
particulièrement marqué l’orchestre, car le fondateur était
surtout apprécié pour ses lectures claires et dynamiques de
Tchaïkovski, Mozart, Haydn et Berlioz.
L’orchestre a réalisé une tournée aux Etats-Unis en 1950,
devenant alors le second orchestre britannique, en tournée,
sur le territoire américain, depuis l’Orchestre symphonique
de Londres, en 1912. Avec Beecham, l’orchestre a ensuite
commencé à développer une grande sensibilité, notamment dans
la section des instruments à vents, avec les fameux Jack
Brymer à la clarinette, Gwydion Brooke au basson, Terence
McDonagh au hautbois et Gerald Jackson à la flûte. Ce qui
comptait le plus pour Sir Beecham était de réussir à semer
une parfaite stabilité et cohérence entre ses musiciens,
qui, à leur tour, ont réussi à s’adapter aux innombrables
mutations dans les directions artistiques et chefs
principaux, à la différence de leur style.
Après la mort de Beecham, l’orchestre qui a confronté
quelques difficultés d’engagement et le départ de quelques
musiciens était conduit entre
1962 et 1975 par Rudolf Kempe. Cet assistant de Beecham a
tenté de rénover l’orchestre, présentant aux côtés des
interprétations symphoniques et des opéras lyriques, des
musiques de films, des arrangements orchestraux originaux.
Il a également eu recours à de fameux groupes internationaux
comme le suédois Abba et les britanniques : Pink Floyd et
Queen. Deux groupes de rock
progressifs et psychédéliques.
D’innombrables variations, entre musique classique et
contemporaine, ont été ajoutées au répertoire du RPO, sous
la baguette de chefs d’orchestres aux styles distincts. De
1975 à 1978, la direction de l’orchestre a été confiée au
maestro hongrois Antal Dorati dont la discographie compte
plus de 600 enregistrements, de ballets, de symphonies de
Tchaïkovski, avec les plus grands orchestres américains et
européens. Les directions se succèdent par la suite avec
l’Autrichien Walter Weller (de 1980 à 1985), l’Américain
d’origine allemande André Previn (de 1985 à 1992), le
pianiste et chef d’orchestre russe Vladimir Ashkenazy …
Grâce à ce dernier, l’orchestre a revisité tout le
répertoire de Beethoven à Rachmaninov entre 1987 et 1994.
Plus profond et moins violent, Ashkenazy savait marier
miraculeusement douceur et virtuosité. Doté d’une immense
technique, il ne recherchait pas l’héroïsme ou le
spectaculaire, mais plutôt une objectivité intensément
lyrique.
L’Italien Daniele Gatti, le principal chef d’orchestre
actuel et jusqu’à la fin de la saison 2008, se démarque par
un style dramatique et instinctif. Avec lui, l’orchestre
s’enthousiasme, dès 1996, à entreprendre plusieurs tournées
régionales et mondiales, consacrées à des fins humanitaires.
De quoi élargir les fans du RPO, notamment grâce au projet «
Société et éducation », lequel encourage les jeunes écoliers
et universitaires britanniques à assister gratuitement aux
concerts de musique classique. Dans ce même esprit, les
revenus de l’un des concerts animés par l’orchestre en
Egypte seront destinés à l’hôpital d’Aboul-Rich pour les
enfants cancéreux.
Ce flambeau humain tenu par le RPO, sera transmis, pour la
saison 2009-2010, au chef d’orchestre français Charles
Dutoit, au style autonome et interprétation élégante. Encore
une baguette magique qui marquera les musiciens du RPO.
Névine
Lameï