Cinéma.
Deux nouveaux thrillers en salles,
Ghorfa 707 (Chambre n°707) et
Charie 18 (Rue n°18), s’affranchissent des grands
noms de la comédie. Mais le standard laisse à désirer.
Le suspense comme mot d’ordre
Le
succès récent des films policiers a encouragé plusieurs
jeunes cinéastes à investir ce genre qui demeure
sous-exploité. D’où deux thrillers actuellement en salles.
Regroupant plusieurs jeunes comédiens sans recourir aux
stars confirmées, Ghorfa 707
(chambre n°707), écrit par Samira
Mohsen et réalisé par Ihab
Radi, présente pour la première
fois la chanteuse libanaise Rola
Saad en tant qu’actrice et Magdi
Kamel dans son premier grand
rôle, après une veine de seconds rôles. L’intrigue repose
sur une histoire d’amour pleine d’embûches, entre Ahmad,
professeur à la faculté de médecine et son étudiante Sara. A
partir de là, on passe au trafic d’organes, prenant place
dans la chambre n°707, celle d’un hôpital cairote. La
tyrannie des riches s’oppose à la misère des petites gens,
au sein d’une société ravagée par les crises économiques. Le
suspense nourri par des aventures rocambolesques fait que
l’on prévoit la fin dès le commencement.
Pourtant, le début du film ne s’annonçait pas trop mal, même
si la trame s’avère assez conventionnelle, le scénario
relève du déjà-vu, les rebondissements tombent à plat et les
acteurs pataugent un peu.
La Chambre 707 est une vraie déception pour un public en
quête d’œuvres différentes durant cette période « hors
saison ». Le film semble réellement manquer d’ambition, se
contentant d’être une inspiration hitchcockienne à la sauce
teenager.
On y retrouve trop de scènes piochées dans d’autres films,
ce qui fait que les événements ne surprennent guère. Malgré
la belle image, les essais des acteurs qui ont fait de leur
mieux et ceux du réalisateur visant à sauver son œuvre, le
film est sans épaisseur dramatique et sans surprises
artistiques. Bref, c’est le genre de fiction qui passe vite
au petit écran, par l’intermédiaire des chaînes satellites
arabes un samedi après-midi et que l’on peut regarder en
grignotant sur son canapé.
Le deuxième thriller en question Charie
18 (rue n°18), écrit par Omar Chama
et réalisé par Hossam
Al-Gohari, s’inspire d’une
aventure à la Agatha Kristie.
Aya — interprétée par Donia
Samir Ghanem — est témoin de
l’assassinat feint de son amie Rawya,
interprétée par Mayss
Hemdane. C’est
Aymane, le frère de cette
dernière et le petit copain de la première, qui a mis en
scène cette mort fabriquée de toutes pièces pour éviter
qu’il soit lui-même tué pour une histoire d’héritage.
Le choix des acteurs parait judicieux : le jeune Ahmad
Falawkas (dans le rôle d’Aymane)
fait preuve d’être un vrai comédien et non un acteur
relevant d’un simple effet de mode.
Donia Samir Ghanem, elle
aussi, montre que l’époque où elle se contentait d’incarner
de simples petits rôles est belle et bien révolue.
Sameh
Al-Séreiti excelle dans le jeu du vilain et donne
l’impression que ce genre de rôle lui va comme un gant.
Derrière un scénario typiquement policier et loin de briller
par son originalité, se dissimule une œuvre
cinématographique d’une beauté claire portant le style
propre du réalisateur.
Le thème du départ n’est pas grandement inédit mais l’œuvre
est loin d’être banale. Sur fond de romance des plus
ordinaires, se greffent de nombreux éléments aussi
surprenants que sophistiqués et le résultat n’en est que
plus savoureux. Son véritable atout apparaît au niveau de
l’émotion et des expressions qui se dégagent tout au long du
film, émotion notamment transmise grâce à la sincérité et à
la retenue de l’interprétation des protagonistes. La
véritable réussite de ce film se situe également au niveau
de la mise en scène, d’une magnificence et d’une élégance
saisissantes.
Mention particulière bien méritée à la bande musicale signée
Amr Ismaïl, qui a réussi à bien seconder les différentes
émotions des personnages en secondant le suspense et le
mystère qui était le mot d’ordre dans la majorité de
l’œuvre.
En dépit de quelques défauts, il y a quelque chose à
découvrir, loin des nouvelles œuvres cinématographiques,
basées presque toutes sur le burlesque, pour arracher les
rires du public et essayer de plaire.
Le deux drames hitchcockiens Chambre n°707 et Rue n°18 ont
voulu puiser dans le genre policier, mais beaucoup reste à
faire. Il s’agit là d’un registre à explorer par plein de
jeunes talents à la recherche de personnalité.
Yasser
Moheb