Al-Ahram Hebdo, Arts | Dans les coulisses d’une guerre
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 Semaine du 26 mars au 1er avril 2008, numéro 707

 

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Arts

Cinéma. Le documentaire Les Gangs de Bagdad, de Aïda Sclaepfer, est un témoignage poignant de l’imbroglio iraqien. La réalisatrice, d’origine libano-iraqienne, s’attaque aux nombreux kidnappings dont les auteurs demeurent inconnus.

Dans les coulisses d’une guerre

Projeté pour la première fois au Centre culturel russe au Caire, après les débats qu’il a soulevés lors de sa présentation à Hollywood, le documentaire Les Gangs de Bagdad s’inscrit dans le cadre d’un cinéma militant, reflétant les séquelles psychologiques de la violence et des guerres. Sa réalisatrice iraqo-libanaise, Aïda Schlaepfer, mène une enquête implacable à partir des massacres et kidnappings qui sont monnaie courante dans les quartiers de Bagdad.

Pendant 52 minutes, le film narre des situations tragiques. Dès les premières scènes, Rana, déjà victime d’un enlèvement, raconte comment elle a été kidnappée en plein jour par des amis. Plus tard, une femme plus âgée évoque la mort de son fils, tué par ses ravisseurs « chiites », car ne pouvant payer de rançon. La mère, en larmes, feuillette un album-photo, rappelant le souvenir de son fils, chanteur-amateur qui avait des beaux jours devant lui. Les entretiens se succèdent ainsi que les sanglots ; certains spectateurs sont émus, alors que d’autres ont l’impression d’être manipulés par l’image.

« Nous ne sommes pas là pour donner des leçons patriotiques ni des justifications politiques. Ce qui m’intéresse, c’est de parler du peuple iraqien en tant que simples citoyens et êtres humains, dont la psychologie est menacée nuit et jour d’être déformée par des actes de violence insensés et une cruauté gratuite », se défend la réalisatrice face aux critiques lui reprochant de ne pas aller plus loin dans son analyse ou son tournage. L’une des impressions fortes qui ressortent de ces entretiens est le sentiment amer d’une population abandonnée à son sort. « Quand on entend parler d’accidents pareils, on a peur de laisser nos enfants se promener dans la rue ou aller acheter à manger », témoigne l’un des personnages du film. De nombreux habitants de Bagdad affirment qu’ils craignent autant la police que les groupes armés. « D’une part, il y a les policiers, de l’autre il y a ces gangs et l’on ne sait plus à qui on a affaire. Quand il y a échange de tirs, on ne sait pas d’où viennent les balles. Cela vous rend fou », s’indigne l’une des victimes, filmées entre Le Caire et Bagdad. Cibles d’homicide, de viol, d’enlèvement et d’extorsion. « Aujourd’hui, la réalité dépasse la fiction ! », s’exclame Aïda Schlaepfer, ajoutant : « Le thème devient vite terrifiant, puisque la culture de l’argent s’impose au social et à l’humain ». Si on n’a pas de quoi payer les rançons, on meurt. Plus riches, on se permet de chercher refuge au Caire ou ailleurs.

De père iraqien et de mère libanaise, Aïda Sclaepfer a vécu entre ses pays d’origine et la Suisse dont elle porte la nationalité. Elle a passé également une période de sa vie au Caire où elle a étudié à l’Institut du cinéma vers 2003. Cet éloignement lui permet de poser un regard neuf sur l’Iraq. Les Gangs de Bagdad revêt donc un cachet personnel. C’est un peu l’œuvre d’une documentariste qui se sent dans l’obligation d’exprimer le désastre de son peuple, s’attaquant aux failles sécuritaires, aux rivalités religieuses et à la transformation d’un peuple souverain en peuple de réfugiés.

Les hommes, leurs rêves et leurs traumatismes l’emportent toujours dans ses œuvres, comme c’était le cas dans ses films précédents : Abyad we aswad (noir et blanc) en 2001, Sarkha saméta dakhel imraa (un cri muet aux tréfonds d’une femme) en 2002, Raqs charqi wa gharbi (danse orientale et occidentale) en 2003 et Marionnettes en 2005. Les témoignages saisissants qu’elle propose révèlent en effet la capacité de la réalisatrice de filmer les petites choses, de laisser tourner la caméra, de s’attacher aux détails apparemment insignifiants, mais assez révélateurs si on les suit de bout en bout. Elle donne la parole aux victimes, insérant l’avis du psychologue égyptien Alaa Morsi lequel commente l’état psychologique des kidnappés-réfugiés.

Ainsi a-t-elle opté pour la forme la plus simple du documentaire, ne voulant peut-être pas ajouter à la dureté du sujet.

Malheureusement, dans la deuxième partie, le ton devient plus démagogique. De quoi compromettre la crédibilité du discours ou donner la sensation de monotonie. Cela n’empêche que dans l’ensemble, le documentaire se présente comme une « vérité qui dérange ». Cinq ans après la chute de Bagdad, le pays sombre plus que jamais dans le chaos. Le film le rappelle, comme étant en quelque sorte le devoir de l’intelligentsia intellectuelle iraqienne à l’étranger. Il rend une image différente de ce qu’est devenu le citoyen iraqien, à qui on a collé pour longtemps l’image de l’homme de guerre. Ici, le guerrier rend ses armes et se transforme en réfugié et otage.

Yasser Moheb

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Une prochaine projection est prévue durant la première quinzaine d’avril, au CFCC de Mounira.

 




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