Ouganda.
Afin de mettre fin à l’un des plus longs conflits du
continent, le gouvernement et les rebelles ougandais
devraient signer vendredi prochain un accord de paix
définitif.
Le début de la fin ?
Débuté en juillet 2006, les négociations de paix
inter-ougandaises à Juba,
capitale du Sud-Soudan, ont fini
par aboutir. Les différentes parties devraient en effet
signer l’accord final de paix cette semaine. Le gouvernement
ougandais et la rébellion de l’Armée de résistance du
seigneur (LRA) ont reconduit un cessez-le-feu dans cette
optique. La signature formelle de l’accord est prévue le 28
mars mais il existe un point de divergence qu’ils négocient
encore. Il s’agit des mandats d’arrêts lancés en 2005 contre
cinq dirigeants de la LRA, pour crimes de guerre et crimes
contre l’humanité, par la Cour Pénale Internationale (CPI),
installée à La Haye (Pays-Bas).
Cette question constitue un obstacle à la conclusion de
l’accord pour l’état-major de cette rébellion qui terrorise
depuis 20 ans la population civile dans le nord de
l’Ouganda.
Caché dans l’extrême est de la République Démocratique du
Congo (RDC), le chef de la LRA, Joseph
Kony, a fait du retrait des mandats de la CPI un
préalable à la signature de l’accord de paix, tout en
indiquant être prêt à affronter un tribunal ougandais
traditionnel. Répondant à ces revendications, le président
ougandais, Yoweri
Museveni, a promis aux
responsables de la LRA de leur éviter un procès devant la
CPI, à la condition qu’ils signent l’accord de paix
définitif. Le gouvernement et la LRA ont signé fin février
un accord de désarmement, de démobilisation et de
réinsertion sociale des rebelles, dernière étape avant la
signature d’un accord de paix définitif. « S’il signe
l’accord de paix et revient sous notre juridiction, il
relèvera alors de notre responsabilité, et non de celle d’un
tiers, y compris de la CPI », a assuré le président
Museveni. En effet, un des
volets de cet accord prévoit la création d’institutions de
justice traditionnelle pour
traiter les crimes de moindre importance de la LRA et
surtout d’un tribunal spécial, abrité par sa Cour suprême,
pour juger les actes les plus graves.
Selon plusieurs analystes, l’armée ougandaise, montrée du
doigt pour l’exécution sommaire de civils et le déplacement
forcé de centaines de milliers de personnes, pourrait
également être poursuivie par la CPI si les leaders de la
LRA venaient témoigner devant la cour. « Le président
ougandais pourrait, en instituant ce tribunal spécial,
garder le contrôle de ces procès et ainsi dissimuler les
atrocités du gouvernement. Il est possible que l’Ouganda
puisse démontrer à la CPI qu’il est en mesure d’organiser
des procès dignes de ce nom, mais Joseph
Kony (chef de la LRA) pourrait
au final préférer un procès à La Haye,
avec une audience publique et une bonne défense », a exprimé
à l’AFP Tim Allen, chercheur à
la London School of
Economics et spécialiste du
conflit ougandais. « A La Haye,
des éléments à charge peuvent surgir sur les crimes contre
l’humanité de l’armée ougandaise qui amèneraient la
population à demander des comptes », a ajouté Allen. Pour
régler cette question juridique, une solution a été suggérée
: organiser un procès en Ouganda sous le contrôle
d’observateurs de la CPI. En effet, la LRA dispose depuis
des années de bases au Sud-Soudan
et a aussi établi des camps dans le nord-est de la RDC, où
elle fait de fréquentes incursions depuis septembre 2006. Ce
conflit ougandais a fait des dizaines de milliers de morts
et provoqué le déplacement de près de deux millions de
personnes.
Maha
Salem