Zimbabwe.
Quelque 5,9 millions de Zimbabwéens sont appelés le 29 mars
aux urnes pour élire leur président, leurs députés,
sénateurs et conseillers municipaux. L’actuel président
Robert Mugabe brigue un 6e mandat à la tête d’un pays dont
l’économie s’est effondrée.
Scrutin sur fond de banqueroute
Quatre
candidats sont en lice pour la présidentielle, dont l’actuel
président, Robert Mugabe, 84 ans, qui vient en tête de
liste, selon les estimations. Il se présente pour un sixième
mandat, contre le chef de l’opposition Morgan Tsvangirai, le
chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC). Les
deux autres candidats sont l’ancien ministre des Finances
qui incarne la dissidence au sein du parti au pouvoir,
l’ex-ministre Simba Makoni et enfin, Langton Toungana, un
nouveau venu sur la scène politique. La campagne électorale
a été exempte des violences qui avaient marqué celles des
élections de 2000 et 2002, émaillées de mesures
d’intimidation. Un second tour aura lieu dans les trois
semaines si aucun des candidats n’obtient la majorité
absolue. Et les analystes craignent que le Zimbabwe ne suive
l’exemple du Kenya. Le Dr Nasr Ibrahim, professeur au Centre
des études africaines au Caire, explique ainsi que les
Zimbabwéens attendent un changement complet qui touche à
tous les domaines. « Si ce n’est pas le cas, le pays est
menacé de plonger dans les violences et le chaos »,
estime-t-il.
En effet, le principal enjeu de ces élections est la
reconstruction d’une économie effondrée. L’économie du
Zimbabwe, l’ancien modèle de développement pour ses voisins,
est aujourd’hui en lambeaux avec une hyper-inflation, qui
dépasse l’entendement à plus de 100 000 %, un chômage de 80
% et des pénuries récurrentes. Le Zimbabwe dépend
aujourd’hui de l’aide alimentaire et les magasins sont
vides. Le marasme est le plus palpable dans les villes, où
les habitants peuvent passer plusieurs semaines sans eau
courante, électricité, ni collecte des déchets. Faute
d’approvisionnement en matériel, l’hôpital public a cessé
les interventions. Plus de trois millions de personnes ont
fui la misère, pour s’établir en Afrique du Sud et au
Royaume-Uni notamment.
Malgré cette misère, le doyen des chefs d’Etat africains
Mugabe, qui gouverne depuis l’indépendance du pays en 1980,
a axé sa campagne sur le rejet de l’Occident, accusé de
vouloir dicter l’avenir de son pays. Et malgré
l’effondrement de l’économie, il a qualifié sa campagne de «
marche vers une autre victoire électorale », balayant d’un
revers les soupçons d’irrégularités dans l’organisation des
élections. Bien qu’il ait affirmé à plusieurs reprises qu’il
quitterait le pouvoir à la fin de son mandat en 2008, Mugabe
a écarté un par un ses dauphins successifs et a annoncé au
début de 2007 qu’il se représenterait. Ses rivaux ne sont
pour lui que « des lécheurs de bottes des Britanniques »,
des « traîtres » ou des « prostitués politiques ». Mugabe a
certes reconnu que son pays rencontrait des difficultés mais
les attribue aux sanctions imposées par l’Occident et
n’entend pas changer d’un iota de politique économique. Il
s’est contenté de promettre des tracteurs et des engrais
pour relancer la production agricole, en chute libre depuis
la réforme agraire entamée en 2000. A cette époque, le
gouvernement zimbabwéen avait adopté une réforme agraire qui
s’était traduite par l’expulsion de plus de 4 000 fermiers
blancs, souvent d’origine britannique. Leurs terres avaient
été redistribuées à de petits paysans sans qualification ou
à des proches du régime, qui n’avaient pas su ou pas pu
maintenir les niveaux de production.
De l’autre côté, Tsvangirai et Makoni se sont tous deux
engagés, s’ils sont élus, à revenir sur cette réforme et à
essayer de faire rentrer les exilés. Makoni, exclu de la
Zanu-PF après son entrée en lice, a évité d’attaquer de
front le régime. Par ailleurs, le chef des services de
sécurité a averti qu’il ne permettrait à personne d’autre
que Mugabe de diriger le pays. De plus, le régime a refusé
la présence des observateurs européens et américains, qui
avaient qualifié de frauduleuse la réélection de Mugabe en
2002. Seuls ont été invités la Communauté de développement
d’Afrique australe (SADC), l’Union Africaine (UA) et des
pays amis comme la Chine, l’Iran ou la Russie. Déjà, Mugabe
a assuré que le pays ne serait jamais dirigé par son rival
Tsvangirai. En revanche, ce dernier a prédit la victoire de
son mouvement aux élections et la fin de la « dictature ». «
Tout pourrait dépendre de l’honnêteté du scrutin », a estimé
Tsvangirai. Et, selon le MDC, les listes électorales
comptent des dizaines de milliers d’électeurs fantômes.
Aussi, le MDC a-t-il regretté que le président Mugabe ait
autorisé la présence de policiers dans les bureaux de vote
lors des élections générales, en contradiction avec un
accord conclu l’an dernier. En effet, le chef de l’Etat a
utilisé ses pouvoirs présidentiels cette semaine pour
promulguer de nouvelles règles, permettant aux policiers
d’entrer dans les bureaux de vote pour « aider les électeurs
analphabètes et handicapés », a déclaré le secrétaire
général du MDC, Tendai Biti, dans un communiqué. Les forces
de l’ordre au Zimbabwe ont souvent fait usage de la force
pour intimider ou réprimer les membres de l’opposition ou de
la société civile critiques envers le régime.
Maha
Salem