Al-Ahram Hebdo, Afrique | Scrutin sur fond de banqueroute
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 26 mars au 1er avril 2008, numéro 707

 

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Afrique

Zimbabwe. Quelque 5,9 millions de Zimbabwéens sont appelés le 29 mars aux urnes pour élire leur président, leurs députés, sénateurs et conseillers municipaux. L’actuel président Robert Mugabe brigue un 6e mandat à la tête d’un pays dont l’économie s’est effondrée.

Scrutin sur fond de banqueroute

Quatre candidats sont en lice pour la présidentielle, dont l’actuel président, Robert Mugabe, 84 ans, qui vient en tête de liste, selon les estimations. Il se présente pour un sixième mandat, contre le chef de l’opposition Morgan Tsvangirai, le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC). Les deux autres candidats sont l’ancien ministre des Finances qui incarne la dissidence au sein du parti au pouvoir, l’ex-ministre Simba Makoni et enfin, Langton Toungana, un nouveau venu sur la scène politique. La campagne électorale a été exempte des violences qui avaient marqué celles des élections de 2000 et 2002, émaillées de mesures d’intimidation. Un second tour aura lieu dans les trois semaines si aucun des candidats n’obtient la majorité absolue. Et les analystes craignent que le Zimbabwe ne suive l’exemple du Kenya. Le Dr Nasr Ibrahim, professeur au Centre des études africaines au Caire, explique ainsi que les Zimbabwéens attendent un changement complet qui touche à tous les domaines. « Si ce n’est pas le cas, le pays est menacé de plonger dans les violences et le chaos », estime-t-il.

En effet, le principal enjeu de ces élections est la reconstruction d’une économie effondrée. L’économie du Zimbabwe, l’ancien modèle de développement pour ses voisins, est aujourd’hui en lambeaux avec une hyper-inflation, qui dépasse l’entendement à plus de 100 000 %, un chômage de 80 % et des pénuries récurrentes. Le Zimbabwe dépend aujourd’hui de l’aide alimentaire et les magasins sont vides. Le marasme est le plus palpable dans les villes, où les habitants peuvent passer plusieurs semaines sans eau courante, électricité, ni collecte des déchets. Faute d’approvisionnement en matériel, l’hôpital public a cessé les interventions. Plus de trois millions de personnes ont fui la misère, pour s’établir en Afrique du Sud et au Royaume-Uni notamment.

Malgré cette misère, le doyen des chefs d’Etat africains Mugabe, qui gouverne depuis l’indépendance du pays en 1980, a axé sa campagne sur le rejet de l’Occident, accusé de vouloir dicter l’avenir de son pays. Et malgré l’effondrement de l’économie, il a qualifié sa campagne de « marche vers une autre victoire électorale », balayant d’un revers les soupçons d’irrégularités dans l’organisation des élections. Bien qu’il ait affirmé à plusieurs reprises qu’il quitterait le pouvoir à la fin de son mandat en 2008, Mugabe a écarté un par un ses dauphins successifs et a annoncé au début de 2007 qu’il se représenterait. Ses rivaux ne sont pour lui que « des lécheurs de bottes des Britanniques », des « traîtres » ou des « prostitués politiques ». Mugabe a certes reconnu que son pays rencontrait des difficultés mais les attribue aux sanctions imposées par l’Occident et n’entend pas changer d’un iota de politique économique. Il s’est contenté de promettre des tracteurs et des engrais pour relancer la production agricole, en chute libre depuis la réforme agraire entamée en 2000. A cette époque, le gouvernement zimbabwéen avait adopté une réforme agraire qui s’était traduite par l’expulsion de plus de 4 000 fermiers blancs, souvent d’origine britannique. Leurs terres avaient été redistribuées à de petits paysans sans qualification ou à des proches du régime, qui n’avaient pas su ou pas pu maintenir les niveaux de production.

De l’autre côté, Tsvangirai et Makoni se sont tous deux engagés, s’ils sont élus, à revenir sur cette réforme et à essayer de faire rentrer les exilés. Makoni, exclu de la Zanu-PF après son entrée en lice, a évité d’attaquer de front le régime. Par ailleurs, le chef des services de sécurité a averti qu’il ne permettrait à personne d’autre que Mugabe de diriger le pays. De plus, le régime a refusé la présence des observateurs européens et américains, qui avaient qualifié de frauduleuse la réélection de Mugabe en 2002. Seuls ont été invités la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), l’Union Africaine (UA) et des pays amis comme la Chine, l’Iran ou la Russie. Déjà, Mugabe a assuré que le pays ne serait jamais dirigé par son rival Tsvangirai. En revanche, ce dernier a prédit la victoire de son mouvement aux élections et la fin de la « dictature ». « Tout pourrait dépendre de l’honnêteté du scrutin », a estimé Tsvangirai. Et, selon le MDC, les listes électorales comptent des dizaines de milliers d’électeurs fantômes. Aussi, le MDC a-t-il regretté que le président Mugabe ait autorisé la présence de policiers dans les bureaux de vote lors des élections générales, en contradiction avec un accord conclu l’an dernier. En effet, le chef de l’Etat a utilisé ses pouvoirs présidentiels cette semaine pour promulguer de nouvelles règles, permettant aux policiers d’entrer dans les bureaux de vote pour « aider les électeurs analphabètes et handicapés », a déclaré le secrétaire général du MDC, Tendai Biti, dans un communiqué. Les forces de l’ordre au Zimbabwe ont souvent fait usage de la force pour intimider ou réprimer les membres de l’opposition ou de la société civile critiques envers le régime.

Maha Salem

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